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25 ans d’efforts pour sauver le saumon sauvage de Loire

 Salmo salar, souche unique du saumon sauvage de Loire / © JM Bach / Logrami
Salmo salar, souche unique du saumon sauvage de Loire / © JM Bach / Logrami

Victime des barrages construits sur la Loire et de la surpêche, le saumon sauvage a failli disparaître. Si le plan d’aménagement de la Loire, lancé il y a 25 ans, a permis de sauver l’espèce, de nombreux obstacles persistent pour repeupler durablement le fleuve.

Par Fabienne Even et Alain Heudes

Au début des années 90, seule une centaine de saumons parvenait à remonter le cours de la Loire, un périple de 800 kilomètres pour atteindre les frayères, leurs lieux de reproduction. Cette situation critique faisait craindre l'extinction pure et simple de l’espèce, le Salmo Salar, souche unique considérée par les chercheurs comme la plus ancienne espèce génétique de ce poisson en Europe.

Pour protéger la ressource, la pêche au saumon sauvage est interdite dès 1994 sur les rives et dans l’estuaire de la Loire. La même année voit la mise en oeuvre du premier plan "Loire Grandeur Nature".
 
Financé par l’Etat pour une période de cinq ans, il avait pour objectif de sécuriser les populations confrontées aux risques d’inondations et d’assurer les besoins en eau. Les revendications de la société en faveur de la protection de l’environnement et de la restauration de la biodiversité apparaissaient aussi dans le programme.

Pour une "Loire sauvage"

A cette époque le saumon devient l'emblême de la lutte pour une "Loire sauvage", un fleuve libéré de sa gangue de béton, digues et autres barrages devenus des murs infranchissables pour les saumons.
 
A Chisseaux, en Touraine, l'année 1994 est un repère majeur pour Philippe Boisneau. Ce biologiste de formation s'installe sur les bords de Loire en tant qu'artisan pêcheur, tout en poursuivant ses activités d'observateur attentif du milieu naturel et de militant écologiste.

Pour lui aussi le saumon est un étendard. Il lie le destin de l'espèce à celui du fleuve. Les obstacles à la remontée du saumon dans le fleuve sont catastrophiques pour la biodiversité de ce milieu aquatique. Le "salmo Salar" a beau être un athlète de haut niveau, comparé à d'autres espèces de poissons, ces "champions qui, âgés de deux ou trois ans, tentent la remontée du fleuve jusqu'aux frayères de l’Allier, font face à de multiples difficultés" explique-t-il.

La tâche est effectivement rude pour ces saumons sauvages qui doivent éviter de redoutables carnassiers, surtout les silures, slalomer entre les hameçons de quelques pêcheurs indélicats et dépenser l'énergie restante pour franchir les obstacles construits par l’homme avant d'atteindre leurs lieux de reproduction.

Avec de tels handicaps artificiels placés sur sa route comment voulez-vous que le saumon puisse vraiment se développer ?

conclut Philippe Boisneau. 
 

De Saint-Nazaire au Mont Gerbier de Jonc

Les multiples ouvrages hydrauliques et retenues d'eau construits sur la Loire et ses affluents ont mis fin à l'abondance de l'espèce, évaluée à plusieurs dizaines de milliers d'individus au tournant du 19è siècle.

Dans les années 20, le barrage de Maisons-Rouges a ainsi condamné l'axe Vienne / Creuse / Gartempe, nous explique Aurore Baisez, directrice du Logrami (Association Loire Grands Migrateurs), "engendrant la disparition de tous les poissons migrateurs sur ce bassin. Sur l'axe historique, le barrage de Villerest a condamné toute la Loire amont, encore aujourd'hui inaccessible", ajoute-t-elle.

Grâce au Plan Loire Grandeur Nature, plusieurs barrages sont détruits ou réaménagés à partir de 1994, à l’exemple du barrage mobile de Blois, identifié comme l’un des points noirs dans la migration des saumons, dont l'effacement est effectué en 2005.la 

Depuis 25 ans de nombreux ouvrages ont été détruits ou aménagés, mais il reste encore une vingtaine de sites problématiques dont trois sont particulièrement bloquants pour la migration des poissons, tel que le barrage de Poutès en Haute-Loire dont les travaux d'abaissement ont débuté en 2017.

On est aux portes de la réussite, mais on n'a pas fini

déplore Aurore Baisez.

Salmoniculture de Chanteuges - Haute-Loire / © J.M. Bach/Logrami
Salmoniculture de Chanteuges - Haute-Loire / © J.M. Bach/Logrami


La bouteille à moitié pleine ?

Malgré un quart de siècle d'efforts pour fluidifier la circulation des grands migrateurs, les résultats sont frustrants.
"Salmo Salar" est toujours en vie, en revanche les espoirs de reproduction annoncés lors du premier Plan Loire, au moins 3000 individus remontant le fleuve chaque année, sont loin d'être atteints (600 en moyenne annuelle récente).

Une salmoniculture a d'ailleurs été créée à Chanteuges, en Haute-Loire, pour fournir des alevins correspondants aux critères génétiques de l'espèce.
Ce Conservatoire du saumon sauvage est unique en Europe mais son existence est bien la preuve d'un échec partiel du plan de sauvegarde du saumon de Loire.
 
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#home #Chanteuges #peaceandquiet

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