La continuité écologique des cours d'eau en Pays de la Loire se constate parfois la nuit

© France Televisions-Christophe François
© France Televisions-Christophe François

Depuis 2015,  un combat est engagé pour reconquérir une eau de qualité dans les ruisseaux et rivières des Pays de la Loire. Cela passe par la restauration de la continuité écologique des cours d'eau. Elle est assurée par différents acteurs dont l'Office National des Forêts, y compris la nuit. 

 

Par Christophe François

L'eau est notre bien commun le plus précieux après l'air. Il est possible de se passer de presque tout, mais pas d'air, ni d'eau.

La qualité de celle-ci, au robinet comme dans les cours d'eau, devrait nous préoccuper au plus haut point. Si des progrès ont été faits ces dernières années, il reste bien des gestes à accomplir.

En attendant que les citoyens adoptent tous ces gestes de préservation de l'eau et de sa qualité, certains organismes veillent pour nous, et par là même, veillent sur nous.

Si la qualité de l'eau du robinet nous intéresse immédiatement, il est urgent de comprendre que la qualité de l'eau dans les cours d'eau doit être aussi au coeur de nos préoccupations.

Si la qualité atteint un niveau trop bas, la vie disparait petit à petit. Animale ou végétale. La biodiversité ne peut être préservée qu'avec une eau de qualité dans les cours d'eau. Quels que soient ces cours d'eau et où qu'ils soient.

Exemple en forêt domaniale du Gâvre où l'ONF suit depuis des années l'évolution de la qualité de l'eau d'un petit cours d'eau affluent du Perche, le principal ruisseau traversant la forêt.

 
Ce chargé de projet environnement de l'ONF suit l'évolution de la biodiversité dans ce cours d'eau en forêt du Gâvre / © C.François France Televisions
Ce chargé de projet environnement de l'ONF suit l'évolution de la biodiversité dans ce cours d'eau en forêt du Gâvre / © C.François France Televisions

Mickaël Ricordel est chargé de projet environnement à l'Office National des Forêts, agence des Pays de la Loire.

Là où passerait tout promeneur ou cueilleur de champignons sans prêter attention, lui s'arrête sur la berge et scrute le fond de l'eau. Dans le courant ou derrière une branche échouée, il sait qu'il ne va pas trouver les mêmes espèces animales.

Dans une eau peu profonde et propice au réchauffement rapide, il nous montre des larves de salamandres et nous explique la fabuleuse évolution qui les attend : en provenance du milieu aquatique, elles vont perdre leurs branchies et respirer grâce à des poumons pour mener leur vie terrestre !

 
Cette larve de salamandre est né dans l'eau et mènera bientôt une vie terrestre / © C.François France Televisions
Cette larve de salamandre est né dans l'eau et mènera bientôt une vie terrestre / © C.François France Televisions

Mais la présence de ces larves de salamandre ne fait pas partie des critères de suivi scientifique du technicien ONF sur la qualité de l'eau.

Il nous invite à nous retrouver à la nuit tombée au même endroit, pour d'autres rencontres....

 
La nuit est le moment opportun pour apercevoir les poissons qui sortent pour se nourrir ou se déplacer / © C.François France Televisions
La nuit est le moment opportun pour apercevoir les poissons qui sortent pour se nourrir ou se déplacer / © C.François France Televisions

Il est 21h30, Mickaël Ricordel entame son parcours le long du cours d'eau. Sur un tronçon de 300 m, depuis plusieurs années, il observe la vie aquatique.

La nuit est propice à l'observation de petits poissons qui se déplacent, se nourrissent ou profitent, immobiles, de l'oxygène du courant.

Vairon, Chabot, Chevesne, Loche Franche....leur présence est riche d'informations. La première de ces informations est la qualité de l'eau. 

Si celle-ci est insuffisante, les poissons meurent ou quittent le secteur. Si elle est suffisante, ils pourront s'y nourrir et s'y reproduire.

Un cours d'eau a besoin d'un minimum de courant pour garder son oxygène, si l'eau est trop stagnante, elle finira par les asphyxier.

Pour garder cette dynamique, il est nécessaire de garantir au cours d'eau une continuité écologique, en veillant par exemple à ce que les obstacles ne freinent pas trop le courant, source de vie. 

 
La présence du chabot est un indice de qualité du cours d'eau / © ONF
La présence du chabot est un indice de qualité du cours d'eau / © ONF

Les relevés effectués et saisis sur place par Mickaël Ricordel seront envoyés à  l’Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN) et partagés par les différents acteurs de la qualité de l'eau. 

L'INPN est une structure placée sous la tutelle du Muséum d'Histoire Naturelle, du CNRS ainsi que de l'agence française de la biodiversité (AFB).

   

La continuité écologique expliquée



Depuis 2015,  l’Office National des Forêts des Pays de la Loire oeuvre à la restauration de la continuité écologique des cours d'eau dans les forêts domaniales de la région.

(avec le soutien financier de l'Agence de l'Eau  Loire-Bretagne et de la Région des Pays de la Loire (via les Contrats Régionaux de Bassins Versants).

Le Code de l’environnement (article L.211-1) identifie le rétablissement de la continuité écologique au sein des bassins hydrographiques comme l’un des objectifs de la gestion équilibrée et durable de la ressource en eau.

La notion de continuité écologique recouvre tous les échanges et les circulations qui permettent le bon fonctionnement des hydrosystèmes.

Dans le cadre de l’application de ce même Code, tous les obstacles à la continuité écologique doivent être effacés ou corrigés pour favoriser la libre circulation des espèces et faciliter le transport naturel des sédiments.

 
Le courant passant dans les méandres du cours d'eau répartit les sédiments qui protègent ainsi les rives / © C.François France Televisions
Le courant passant dans les méandres du cours d'eau répartit les sédiments qui protègent ainsi les rives / © C.François France Televisions

 


La continuité écologique financée


Dans les forêts domaniales ligériennes, l'ONF a réalisé, depuis 2015, différents travaux oeuvrant pour la continuité écologique. Montant de ces travaux : 120 000 euros H.T.
 
Financement assuré par le Conseil Régional des Pays de la Loire et l'Agence de l'Eau du bassin Loire-Bretagne.

Nature des travaux : effacement d'étangs dans le lit des cours d'eau ( de manière à lisser le lit du cours d'eau et assurer la continuité du courant).

Effacement d'ouvrage de franchissement de cours d'eau (passages busés essentiellement)

Remplacement par des ouvrages compatibles avec le franchissement d'espèces piscicoles et une dynamique sédimentaire naturelle des cours d'eau (un courant suffisant pour assurer naturellement le roulage des petits cailloux qui servent à la fraie de certains poissons).

Exemples de d'opérations de restauration de continuité écologique : en Sarthe les forêts de Sillé, Perseigne et Bercé ; en Vendée, les forêts du Bocage et de Mervent et enfin, en Loire-Atlantique, le Gâvre.
 

Des projets de réalisation



En 2019, de nombreux travaux vont encore être réalisés, notamment sur le Gâvre (44), Bercé (72) et Perseigne (72).

Ces travaux ont pour but de permettre une libre circulation de la faune piscicole et astacicole (écrevisses) .

Les principales espèces qui bénéficient de ces travaux sont : la Truite fario (Salmo trutta fario), la Lamproie de Planer (Lampetra planeri), l'Ecrevisse à pieds blancs (Austropotamobius pallipes) et le Chabot (Cottus gobio).

Ces trois dernières espèces sont inscrites à l'annexe II de la Directive Habitat Faune Flore (DHFF) et l'Écrevisse à pieds blancs est également sur la liste rouge des espèces menacées en France (Catégorie Vulnérable).

 
La forêt protège l'eau qui le lui rend bien, une complémentarité indispensable à la vie dans les cours d'eau / © C.François France Televisions
La forêt protège l'eau qui le lui rend bien, une complémentarité indispensable à la vie dans les cours d'eau / © C.François France Televisions

 

La forêt protège l'eau


Le milieu forestier joue un rôle primordial en matière de préservation de la qualité de l'eau.

Il en assure l'écoulement avec un parcours dynamique et varié. Sous un couvert de feuilles protégeant des rayons du soleil et donc du réchauffement et de la photosynthèse, le cours d'eau échappe ainsi à une prolifération de plantes aquatiques et un ralentissement accru du courant. 
 

En attendant la pluie...


Les cours d'eau, en forêt comme ailleurs, sont tributaires de la pluie.

Ces dernières années, la pluviométrie n'a pas vraiment été au rendez-vous. En forêt, les arbres, les plantes, les animaux consomment leur part et si la pluie tarde trop, tout le monde souffre.

Si les poissons ont le temps de dévaller pour rejoindre la rivière ou le fleuve, ils seront saufs. Sinon, ils restent prisonniers de quelques mares et l'oxygène devient rare.

Mais quand revient la pluie, il est d'autant plus important qu'elle circule dans des cours d'eau dont la continuité aura été préparée en amont.

Le Perche et ses affluents sont en tête de bassin versant, non loin de leur source. Une garantie de qualité de l'eau normalement assurée par l'écosystème qu'offre la forêt, moins sujette à transformation rapide que le reste du territoire.



Il reste à prolonger le travail sur ces petits cours d'eau ainsi que sur les grandes rivières afin que l'eau des Pays de la Loire gagne en qualité, dans l'intérêt de tous.


Le reportage de M. N'Guenor, C.François et V.Brut
 
La continuité écologique des cours d'eau en Pays de la Loire se constate parfois la nuit

 

Pour en savoir plus sur la continuité écologique
La continuité écologique en vidéo
La continuité écologique en vidéo - Agence de l'Eau Rhône Méditerranée Corse

Si vous souhaitez vous informer ou en savoir plus sur l'eau ....

Vous pensez savoir beaucoup de choses sur l'eau dans votre région? Voici un memento appelé Mement'eau pour faire le point sur vos connaissances en la matière. 

 
38 questions et autant de réponses dans ce mémento sur le thème des cours d'eau et des bassins versants / © C.François France Televisions
38 questions et autant de réponses dans ce mémento sur le thème des cours d'eau et des bassins versants / © C.François France Televisions


Il a été conçu par le CPIE Loire Océane, le Syndicat du Bassin Versant du Brivet, et le Parc Naturel Régional de Brière. Vous pouvez le trouver dans les mairies de la presqu'ile guérandaise, n'hésitez pas à le demander, il n'est pas forcément en libre service au milieu des autres documents ou flyers. L'idée est de pouvoir échanger avec vous autour de l'eau.

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