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Enquêtes de région

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1 million d'auto-entrepreneurs et moi et moi et moi

Thierry Briand, auto-entrepreneur / © éric guillaud
Thierry Briand, auto-entrepreneur / © éric guillaud

Les chiffres de l'Agence Centrale des Organismes de Sécurité sociale sont précis, les auto-entrepreneurs étaient 914 489 en août dernier. Au rythme des immatriculations actuelles, il devraient être bientôt 1 million. Pourquoi un tel plébiscite ? Réponse avec William, Frédéric, Thierry et Marine.

Par Eric Guillaud

Créé dans le cadre de la loi de modernisation de l'économie du 4 août 2008, le dispositif d'auto-entrepreneur a connu un succès fulgurant. Près de 310 000 immatriculations au régime ont ainsi été enregistrées la première année selon l'Acoss, l'Agence Centrale des Organismes de Sécurité sociale. On en dénombrait plus de 910 000 en août 2013 - 39189 pour les seuls Pays de la Loire - un chiffre qui devrait logiquement atteindre le million en ce début d'année 2014.

Et même si le nombre de nouvelles affiliations se tasse depuis quelques mois au niveau national, le chiffre d'affaires global continue lui de progresser, atteignant 1570 millions d'euros au deuxième trimestre 2013. Une augmentation de 5,2% par rapport au deuxième trimestre 2012.

Etudiants, chômeurs, salariés, retraités, qui sont donc ces auto-entrepreneurs qui ont, comme le souligne une étude récente de l'INSEE, "renouvelé le profil des créateurs d'entreprise". Et pourquoi un tel succès ? Réponse avec les principaux intéressés...

"Le statut d'auto-entrepreneur n'est pas une baguette magique"

Frédéric Bouchereau, 37 ans, diplômé d'un BTS de service en espace rural, est aujourd'hui livreur de produits bio en triporteur sur Nantes. Le statut d'auto-entrepreneur, il le connaît bien, il a même été parmi les premiers (milliers) à l'adopter en 2009. Après une activité de vélo-taxi puis de livreur de colis pour des entreprises aujourd'hui disparues, Frédéric décide de se lancer à son compte avec une activité toujours liée au vélo. Il propose à un supermarché bio dont il est par ailleurs client, d'effectuer ses livraisons avec un triporteur. Il signe un contrat de partenariat avec l'enseigne, demande son statut d'auto-entrepreneur et se lance.

"Au début, il y a bien eu quelques couacs, quelques surprises notamment au niveau du pourcentage de charges mais c'était le début du dispositif". La première année, Frédéric se dégage un salaire dérisoire, 50 euros le premier mois, mais il tient grâce à l'Accre, une aide au chômeur créant ou reprenant une entreprise et consistant en une exonération partielle de charges sociales pendant les premières années d'activité. "Au bout d'un an, j'ai renégocié avec l'enseigne de façon à atteindre un seuil de rentabilité qui me permettait de continuer l'activité dans de bonnes conditions".  Mise à part un temps partiel pendant quelques mois, temps partiel qui s'est révélé difficilement gérable, la livraison de produits bio est son unique activité, un trois quarts temps qui lui rapporte en moyenne les trois quarts d'un SMIC.

Des difficultés ? Des contraintes ? "Pas plus que si j'avais un autre statut. Il est certain que de ne pas cotiser pour le chômage, comme tous les travailleurs indépendants, créé une certaine insécurité. Après, il faut savoir qu'avec le statut d'auto-entrepreneur comme avec d'autres statuts de travailleurs indépendants, on peut très vite se retrouver dans une forme d'auto-esclavage, à bosser pour moins que le SMIC et rester dans cette situation en se disant que c'est mieux que rien. Dès le début je m'étais fixé le critère de gagner au moins le SMIC horaire. C'est le cas".

Changer de statut, Frédéric n'en voit pas l'intérêt. Il pense même y perdre d'un point de vue financier et d'un point de vue fonctionnement. Des conseils ? "Le statut évitant les tracasseries administratives, il est important de bien se concentrer sur l'activité. C'est ça qui fera la différence, qui décidera sur la durée si le projet est viable ou pas. Le statut n'est pas une baguette magique. Par contre, il permet de se lancer dans de bonnes conditions. Pour moi, ça peut marcher comme ça encore plusieurs années. Je ne regrette rien. Au final, j'ai créé mon emploi tout seul, c'est aussi une satisfaction personnelle !".

"L'auto-entrepreneuriat comme tremplin"

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William Jezequel 24 ans, diplômé d'un master communication en 2012, travaille depuis peu à l'Agence régionale des Pays de la Loire à Nantes comme webmaster. Il s'occupe du site culturesciences.fr. Avant cela, William travaillait à Médialibs comme community manager. Bref le web c'est son truc ! A la faveur d'une période de chômage, William décide de prendre le statut d'auto-entrepreneur pour donner un cadre à une activité complémentaire qu'il exerçait depuis quelques temps déjà. "Je faisais de la photo et un peu de rédaction pour des sites web d'entreprises. Le dispositif d'auto-entrepreneur se révélait parfaitement adapté à cette activité ponctuelle".

Son statut d'auto-entrepreneur, WIlliam l'obtient en octobre 2013, il y a donc quatre petits mois. Malgré le peu de recul, William se dit satisfait même s'il a dû reprendre un travail salarié : "Je ne me faisais aucune illusion en prenant ce statut. Je savais très bien qu'il serait difficile de dégager un salaire avant plusieurs mois. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est de pouvoir poursuivre cette activité, de la tester et peut-être un jour de créer mon entreprise. C'est en quelques sortes une entreprise-test, assurément un tremplin".

Vous l'aurez compris, l'ambition de William est ailleurs que dans l'auto-entrepreneuriat. "Je pense que la dispositif est intéressant pour une activité ponctuelle comme c'est le cas aujourd'hui, moins pour une activité à plein temps, ne serait-ce qu'en raison des plafonds de chiffres d'affaires".

Des conseils ? Difficile pour William de donner des conseils mais sa jeunesse parle à la place de son expérience : "Ne pas trop réfléchir, foncer, le statut fait qu'il n'y a pas trop de risques, notamment dans le secteur des services, en profiter pour tester".

"Pas de patron sur le dos, pas d'ouvriers à gérer"

 / © éric guillaud
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Thierry Briand, 52 ans, titulaire d'un CAP tôlier formeur en automobile a travaillé pendant 22 ans dans une fabrique de cierges de dévotion. "J'ai pris le statut d'auto-entrepreneur en septembre 2011 pour créer une petite entreprise qui devait me permettre d'arrondir les fins de mois et d'occuper mon temps libre. Après des problèmes de santé, j'ai été licencié pour inaptitude. C'était en septembre 2013. Finis les cierges, je me suis alors lancé à 100% dans mon affaire".

Plomberie, électricité, peinture, jardinage, entretien de sépultures... Thierry intervient là où les autres professionnels n'interviennent pas forcément, sur quantité de tout petits travaux. "Qui interviendrait pour déboucher des toilettes, déplacer des meubles, ramasser des feuilles mortes ? Ma clientèle est constituée principalement de personnes âgées et d'invalides qui ont besoin de coups de main au quotidien. Les petites mamies me font confiance, me laissent leurs clés quand elles partent en vacances et m'invitent à prendre le café. C'est très important le côté relationnel. Alors le café, même si ça me prends du temps, je ne le refuse pas".

Même s'il a rencontré quelques soucis au démarrage avec l'Urssaf et le RSI, à cause d'un dossier égaré, Thierry se félicite de la simplicité du système et ne regrette rien, absolument rien, ni l'odeur des cierges, ni le poids de la hiérarchie. "L'important pour moi est de ne pas avoir de patron sur le dos et pas d'ouvriers à gérer. Je suis totalement autonome, c'est ce qui me motive".

Côté salaire, Thierry gagne entre 700 et 800 euros par mois mais espère rapidement atteindre une somme plus correcte. D'ailleurs, il fait tout pour... à commencer par une bonne communication, depuis la distribution de flyers jusqu'à l'insertion de publicités dans la presse, en passant par l'achat d'une Renault 4L fourgonnette jaune et noire qui se remarque de loin. De très loin même ! "C'est très important de se faire remarquer, cette vieille auto que j'ai racheté à un brocanteur de la Sarthe permet de me faire connaître localement. Si j'avais un conseil à donner à quelqu'un qui souhaite se lancer dans l'entrepreneuriat, ce serait celui-ci : faites en sorte de sortir de l'ordinaire".

Des idées pour la suite ? Thierry n'en manque pas. "Je suis par ailleurs moniteur de plongée loisirs, j'ai un brevet de plongeur professionnel scaphandrier, j'aimerai donc développer une activité liée aux petits travaux sous-marins comme le nettoyage de coques de bateaux.  J'ai une autre idée aussi dans le domaine de la restauration à emporter mais chut...".

"auto-entrepreneur ? Plutôt deux fois qu'une"

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Marine, 24 ans, titulaire d'un DUT en communication et information et d'une licence en communication web a enchaîné les jobs alimentaires pendant 2 ou 3 ans, notamment dans la vente et la communication, avant de prendre le statut d'auto-entrepreneur et de se lancer dans la fabrication de bijoux. "Tout est partie du fait que j'aime les jeux vidéos et que je ne trouvais pas de bijoux à mon goût dans cet univers-là".

Des bagues en forme de touche de clavier, en forme de légo ou d'oiseau bleu bien connu des internautes, Marine imagine toute une collection pour geekettes et gameuses qu'elle teste autour d'elle et finalement met en vente sur son site internet.

Un choix judicieux ? "Oui le statut d'auto-entrepreneur est vraiment approprié à ce genre de projet, les charges sont très réduites et en plus, ayant moins de 25 ans, je peux bénéficier de l'Accre (l'aide au chômeur créant ou reprenant une entreprise, ndlr)Je gagne actuellement très peu, entre 100 et 200€ par mois, mais je compte bien développer mon activité. D'ailleurs, je suis actuellement une formation de développement web qui va me permettre de créer un véritable site internet".

En attendant que cette activité décolle, Marine compte développer une autre activité, toujours sous son statut d'auto-entrepreneur, une activité liée à la communication et au community management. 

Des difficultés ? "Aucune, je n'ai pas rempli mon dossier sur internet mais directement à l'Urssaf. Là, on m'a tout expliqué, informé sur mes droits, sur l'Accre... C'est essentiel de bien se renseigner. Le statut n'est pas contraignant et si on ne gagne rien, on ne paye rien".

Si elle le pouvait, Marine créerait deux auto-entreprises pour développer ses deux activités en parallèle, l'idée pour elle étant bien entendu de les faire monter en puissance et de basculer à terme vers un statut d'entreprise classique.

Les chiffres de la région

Dans les Pays de la Loire, les auto-entrepreneurs étaient au nombre de 39189 fin août 2013, 16883 en Loire-Atlantique, 8052 dans le Maine et Loire, 2461 en Mayenne, 5033 dans la Sarthe et 6760 en Vendée.

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