Grez-en-Bouère, la justice s'en mêle

Pollution au PCB en Mayenne : ouverture d'une information judiciaire à Laval

Par Christophe Turgis avec AFP

Le procureur de Laval a annoncé mercredi l'ouverture d'une information judiciaire pour "mise en danger de la vie d'autrui et pollution", après des émissions anormales de PCB sur le site de l'usine Aprochim du groupe Chimirec de Grez-en-Bouère en Mayenne.

"Le juge d'instruction de Laval a été saisi" à la suite de deux plaintes avec constitution de partie civile déposées par des riverains "très inquiets sur le risque qui pouvait être encouru", a indiqué Raphaël Sanesi au cours d'un point de presse.

Parallèlement, le préfet de Mayenne, Eric Pilloton a annoncé aujourd'hui mercredi que les dernières analyses menées au sortir des cheminées de l'usine spécialisée dans le traitement de déchets contaminés avaient une "tonalité encourageante", avec des "résultats en deçà des seuils fixés à l'entreprise en termes de polluants émis".

Le plan de surveillance renforcé lancé en janvier sera prolongé sur plusieurs mois, avec "des contrôles répétitifs à fréquence rapprochée, assortis de contrôles inopinés pour échapper à toute tentation de passer entre les mailles du filet par une stratégie de process industriel". Des résultats non conformes avaient conduit les autorités à menacer l'usine de fermeture en novembre dernier.

Des rejets réduits du fait d'une baisse de la production

Actuellement, "la production d'Aprochim reste bridée à 50% de son activité" et l'usine qui emploie 80 personnes pourra reprendre à plein régime quand les autorités auront une "série de résultats positifs" dans le temps, a souligné le préfet.

Avec la crise économique et la mauvaise publicité liée à l'affaire de pollution, la production d'Aprochim a de facto chuté de moitié depuis l'an dernier, avec entre 450 et 500 tonnes de déchets traités par mois, a indiqué le PDG de l'entreprise, Alain Keravec.

Animaux et salariés contaminés

Au total onze fermes ont été placées sous séquestre total ou partiel depuis la détection, début janvier, de taux anormalement élevés de concentration en polychlorobiphényles (PCB) dans leurs productions (lait, viande et oeufs) et 300 bovins contaminés ont été abattus. Actuellement, il reste trois exploitations sous séquestre total ou partiel, selon les autorités.

Alors que, selon la préfecture, le suivi médical des salariés a permis de déceler depuis 2007 des taux d'imprégnation aux PCB supérieurs aux normes chez une vingtaine de techniciens en production depuis plus de cinq ans, les riverains ont obtenu récemment de bénéficier d'une campagne de dosage sanguin pour savoir si leur santé a pu être affectée.

Jusqu'à présent, Aprochim, par ailleurs poursuivi pour ses "pratiques déviantes dans l'élimination de déchets" a contesté sa responsabilité dans la pollution.

Un impact connu sur l'homme

Une vingtaine de ses salariés "consternés" par "l'exploitation subjective et médiatique de cette affaire" ont déployé une banderole "sauvons les emplois" devant la préfecture de Mayenne à Laval.

Les polychlorobiphényles (PCB), plus connus sous le nom de pyralène, sont des dérivés chimiques utilisés à partir des années 30 dans l'industrie, notamment comme isolants dans les transformateurs électriques.

Ces molécules, stables dans l'environnement, peuvent se fixer dans l'organisme des animaux, avec un impact sur l'homme en cas de consommation répétée.

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