Brexit : de nombreuses entreprises des Pays de la Loire vont souffrir

Selon les douanes, plusieurs centaines d'entreprises des Pays de la Loire ne seraient prêtes pour un Brexit dur. / © France Télévisions Anaïs Crusson
Selon les douanes, plusieurs centaines d'entreprises des Pays de la Loire ne seraient prêtes pour un Brexit dur. / © France Télévisions Anaïs Crusson

Brexit dur ou Brexit mou ? Sauf nouveau report, c'est le 31 octobre que l'on saura à quoi s'en tenir. Ce qui est sûr, c'est qu'en Pays de la Loire les entreprises qui commercent avec le Royaume-Uni ont plutôt tendance à parier sur l'Australie... en faisant l'autruche. Beaucoup ne sont pas prêtes.

Par Olivier Quentin

Quand on parle Brexit, on a coutume en Pays de la Loire de citer parmi les secteurs potentiellement les plus en danger, la viticulture et la pêche. 

Il semblerait que le secteur viticole se soit réorienté depuis quelques années vers le marché américain, ce qui diminuerait les dommages en cas d'augmentation importante des droits de douanes vers le Royaume Uni.

Mais pour la pêche, il est établi que les bateaux français réalisent  40 % de leurs prises dans les eaux territoriales britanniques. Que se passera-t-il si ces zones ne sont plus accessibles ? 
 
Les pêcheurs ligériens pourraient ne plus avoir accès au zones de pêche du Royaume-Uni / © C.François France 3 Pays de la Loire
Les pêcheurs ligériens pourraient ne plus avoir accès au zones de pêche du Royaume-Uni / © C.François France 3 Pays de la Loire

En Pays de la Loire, deuxième région française pour la pêche, la question est suffisamment sensible pour qu'une délégation ait rencontré le 24 septembre dernier des membres de la commission pêche au Parlement Européen.

Composée d'élus régionaux, du Département de Vendée et du Président du Comité Régional des Pêches, cette délégation a demandé que "les régions et départements français dont l'économie maritime dépend de la pêche puissent être associés de manière plus étroite aux discussions menées par Bruxelles avec le Royaume-Uni."
 

Des conflits dans le golfe de Gascogne


En fait, il y a très peu de bateaux ligériens qui vont pêcher en eau britannique. Mais si tous les bateaux européens abandonnent de force les eaux du Royaume-Uni pour se diriger vers le golfe de Gascogne, alors cet afflux risque bien de poser de gros problèmes aux pêcheurs de Loire-Atlantique ou Vendée qui y jettent déjà leurs filets. Il y aura des conflits.

"Le Brexit s'annonce dur, estime Claire Hugues, Conseillère Régionale membre de la commission pêche. C'est un grand flou, on ne sait pas ce qui va arriver. On ne regarde pas assez les effets indirects, en particulier sur la zone de pêche du Golfe de Gascogne."
 

Explosion des formalités


De même ailleurs, que ce soit à la Chambre de Commerce des Pays de la Loire ou à la Direction Régionale des Douanes, on ne cesse d'alerter les dirigeants d'entreprises qui échangent avec le Royaume-Uni.

Exporter vers ces pays après le Brexit, ce sera comme exporter vers les Etats-Unis. Beaucoup plus compliqué. 

Au moins en terme de formalités.

Aujourd'hui, lorsqu'une entreprise ligérienne exporte vers le Royaume-Uni comme vers tout pays d'Europe, elle remplit une déclaration d'échanges de biens qui précise les volumes de ce qui est exporté ou importé.

Avec un Brexit dur, sans accords commerciaux, le Royaume-Uni sera considéré comme les 150 autres pays tiers avec lesquels l'Europe commerce. 
M.H. Meunier, douanes Pays de la Loire, estime que plus de 400 entreprises ne seront pas prêtes en cas de Brexit dur. / © Direction Régionale des Douanes Pays de la Loire
M.H. Meunier, douanes Pays de la Loire, estime que plus de 400 entreprises ne seront pas prêtes en cas de Brexit dur. / © Direction Régionale des Douanes Pays de la Loire

Ce qui implique, pour les importations un document avec 54 rubriques à renseigner ! 

"Ces rubriques ne sont pas faciles à remplir prévient Marie-Hélène Meunier, Chef du pôle action économique à la direction régionale des douanes. Il faut avoir des notions douanières qui ne s’acquièrent pas du jour au lendemain."

Certes, les entreprises pourront solliciter des spécialistes du dédouanement. Ces "Représentants en Douane Enregistrée", RDE, sont agréés par l’administration des douanes. Ils pourront faire la démarche pour elles. Mais ce ne sera pas gratuit. Et on ne fait pas ça sur un claquement de doigts.

Il ne faut pas perdre de temps car c’est long de recenser toutes les informations nécessaires, précise-t-on aux douanes.
 

2200 entreprises touchées par le Brexit


Les douanes ont identifié environ 2200 entreprises en Pays de la Loire concernées par le Brexit. La plupart connaissent les formalités à l'international mais 438 n'ont jamais fait de formalités douanières. Celles-là risquent d'être secouées en cas de Brexit dur.

Pour le groupe Manitou (chariots élévateurs) dont le siège est à Ancenis et qui exporte vers le Royaume-Uni depuis des décennies (une filiale y a été implantée en 1972), on ne craint pas tant les formalités adiministratives que la hausse de la taxation des produits européens. 
 

l’activité a ralenti voire s’est arrêtée...


"Tout dépendra des négociations. Si c’est un « hard Brexit » les droits de douane passeront à 20 % s'inquiète Hervé Rochet, Secrétaire Général de Manitou. Nos concessionnaires sur place ont été prudents, ils ont fait des stocks. Mais aujourd’hui ils écoulent ces stocks et l’activité a ralenti voire s’est arrêtée. »

L'incertitude liée aux négociations du Brexit a donc déjà commencé à éroder l'activité sur le Royaume Uni. Pour Manitou, ce marché représente 8 % de son chiffre d'affaire.

 

D'importants stocks ont été faits par les concessionnaires britanniques de chariots Manitou en prévision du Brexit / © Manitou
D'importants stocks ont été faits par les concessionnaires britanniques de chariots Manitou en prévision du Brexit / © Manitou


Mais après-tout, prenons le problème dans l'autre sens : le principal concurrent de Manitou est JCB, un groupe britannique dont le siège est dans le Staffordshire, un comté du centre de l'Angleterre. 

En cas de Brexit dur, Manitou pourrait bien récupérer les parts de marché de son concurrent britannique en Europe...

Un logiciel "spécial Brexit"


Ce que craint aussi Hervé Rochet, c'est une conséquence très concrète du rétablissement des douanes : « S’il faut repasser par des douanes, on est garanti de l’embouteillage et donc de retards dans les délais de livraison. »

Une crainte qui n'a pas lieu d'être selon la cheffe du pôle action économique à la direction régionale des douanes :

" Nous avons créé un logiciel de dédouanement spécifique brexit, une déclaration anticipée de chargement (baptisé Frontière Intelligente et créé spécifiquement pour le Brexit.) Pour les exportations, le but c’est que les marchandises soient immobilisées le moins possible avec le moins de contrôles douaniers possibles grâce à une déclaration anticipée."

Un logiciel qui toutefois n'évitera pas aux produits concernés les contrôles vétérinaires et sanitaires.
 

L'attentisme des entreprises ligériennes inquiète à la Chambre de Commerce et d'Industie / © Maxppp BERTRAND BECHARD
L'attentisme des entreprises ligériennes inquiète à la Chambre de Commerce et d'Industie / © Maxppp BERTRAND BECHARD

A la Chambre de Commerce et d'Industrie de Nantes-Saint-Nazaire on s'inquiète du "wait en see" qui est de mise depuis le début de la procédure de sortie de l'Europe des Britanniques.

« On organise des séminaires et des ateliers de formation depuis des mois et les entreprises ne viennent pas, se désole Fabrice Le Louvier, Directeur International de la CCI.. Les gens n’y ont pas cru. On sent cependant un frémissement depuis quelques jours. »

Alors, faudra-t-il un éléctrochoc pour que les entreprises concernées réagissent et se mettent en ordre de bataille ? 

Personne en tout cas ne pourra dire "on ne savait pas".


 

Les outils pour le Brexit

Il existe plusieurs outils pour aider les entreprises à se préparer au Brexit :

Le site Brexit.gouv peut aider à mieux comprendre ce qui se prépare.

La Direction des Douanes met à disposition des entreprises un numéro de téléphone : 097 02 75 114

et une adresse mail : cce-nantes@douane.finances.gouv.fr

 

Sur le même sujet

Chasse : les sangliers de la discorde

Les + Lus