Loire-atlantique : à Saint-Colomban, les habitants ne veulent pas d'une d'extension des carrières de sable

Le maraîchage industriel et l'extraction de sable font plutôt bon ménage au sud de la Loire-Atlantique. Mais à Saint-Colomban, l'association "La tête dans le sable" s'inquiète des dérives et des conséquences sur l'environnement. Le sable, objet de toutes les convoitises.

20 tracteurs et une centaine de personnes lors de la journée de mobilisation, le 17 juin 2020
20 tracteurs et une centaine de personnes lors de la journée de mobilisation, le 17 juin 2020 © Association "La tête dans le sable"
Les membres de l’association "La tête dans le sable" n’ont pas l’intention de faire l’autruche. À Saint-Colomban, commune du sud-Loire, les appétits des sabliers pour de nouveaux sites d’extraction inquiètent les habitants.

Depuis une vingtaine d’années, deux poids-lourds du secteur, Lafarge et GSM, se partagent deux gisements de sable sur la commune. Sur les deux sites de 50 hectares chacun, ils extraient chaque année 350 000 tonnes pour Lafarge et 400 000 tonnes pour GSM.

Mais la ressource n’est pas infinie. Déjà des tractations financières et des offres de rachat de terres agricoles sont en cours. De quoi inquiéter Benjamin Boileau, agriculteur bio et voisin du site de Lafarge. D'autant que les maraichers industriels convoitent eux aussi de nouvelles parcelles.

Le foncier, objet de toutes les convoitises

"À l’avenir, au nord de la commune de Saint Colomban, il ne restera plus que notre ferme en polyculture élevage. Les parcelles sont très prisées par les maraichers en raison des terres très sableuses. Il y a de l’eau et c’est proche des grandes villes", explique Benjamin Boileau.
"150 hectares sont déjà partis en maraichage industriel. D’autres fermes sont en cours de vente", s’alarme-t-il. À ce rythme, près de la moitié des terres agricoles de la commune pourrait être transformée en maraîchage industriel.

Les conséquences sur la valeur du foncier sont sans appel. Dans cette zone, les prix des terres agricoles varient entre 1500 et 2000 euros l’hectare. "Les maraichers proposent entre 5 et 10 000 euros et les sabliers 5 à 10 fois de plus", confirme Benjamin Boileau. Difficile dans ces conditions de résister à ces propositions financières lorsque les fermes doivent être vendues.
Une centaine de personnes contre l'extension des carrières, à Saint-Colomban, le 17 juin 2020
Une centaine de personnes contre l'extension des carrières, à Saint-Colomban, le 17 juin 2020 © Isabelle Pellé

Le 17 juin dernier, l’association "La tête dans le sable" a réuni une centaine de personnes et une vingtaine de tracteurs lors d'une randonnée-sable. La mobilisation citoyenne s'organise pour réclamer l’arrêt de l’extension des carrières et la préservation des terres agricoles.

L’occasion aussi d’interpeller les élus de la commune sur les enjeux environnementaux, car le flou persiste sur les intentions de l’équipe municipale. "Ces entreprises ont un pouvoir énorme, mais nous sommes inquiets parce que les élus n’ont pas une position claire", souligne Sylvain Jallot, membre du collectif.
 

"Nous sommes au début d’une longue bataille"

La problématique majeure dont se fait l’écho l’association concerne le plan local d’urbanisme (PLU). "Nous sommes au début d’une longue bataille", reconnait Sylvain Jallot.

Autorisés par la préfecture et la commune aux débuts des années 2000, les deux sites d’extraction sont aujourd’hui en fin de gisement. Logiquement, les entreprises Lafarge et GSM recherchent de nouveaux périmètres d’exploitation, car le sable est un matériau très recherché dans la construction. Les maraichers industriels sont eux aussi de grands consommateurs. Ils achètent près d’un tiers de la production des carriers locaux.
 
Une vingtaine de tracteurs contre l'extension de la sablière à Saint-Colomban,le 17 juin 2020
Une vingtaine de tracteurs contre l'extension de la sablière à Saint-Colomban,le 17 juin 2020 © Association "La Tête dans le sable"

Les militants craignent donc que les préoccupations environnementales et la préservation d'une agriculture raisonnée ne fassent pas le poids face aux appétits des industriels.

"Ils vont chercher à s’agrandir parce qu’il y a du sable partout. Ils rachètent du foncier un peu partout. Ils signent des promesses de vente avant même d’avoir les autorisations. En l’état ils ne peuvent pas s’étendre mais ils préparent le terrain".

Sylvain Jallot

"Si on ne le prend pas à Saint-Colomban, on le prend où ?"

L’extraction de la ressource est très encadrée par les pouvoirs publics. Le périmètre et le volume d’extraction sont autorisés par arrêté préfectoral et par la commune selon le Plan Local d’Urbanisme (PLU) et le Schéma de Cohérence Territoriale (SCoT) du Pays de Retz. Celui-ci définit en particulier les espaces agricoles pérennes.

"La tête dans les sable" craint justement que la commune modifie le PLU et le SCoT pour permettre à de nouveaux sites d’extraction d'être créés. Leur mobilisation vise aussi à peser sur les décisions du conseil municipal. L'association est d'ailleurs conviée cette semaine à une réunion avec la commission environnement de la commune.

"Le sujet est compliqué, explique Patrick Bertin, le maire de la commune. On est en manque de sable dans le secteur et les sabliers vont certainement demander des extensions. Le souci aujourd’hui, si on ne le prend pas à Saint-Colomban, on le prend où ?", s'interroge-t-il.
"Du point de vue environnemental, prendre du sable en mer c’est la pire solution. L’extraction est plus compliquée parce qu’il faut trouver des gisements et le transport coûte cher". 

Concernant la problématique des terres agricoles, le maire rappelle que les décisions d'installation sont du ressort de la Chambre d'Agriculture et de la SAFER. Il souligne aussi la difficulté de trouver des repreneurs. "Aujourd’hui, il y a trois ou quatre agriculteurs qui vont arrêter leur activité sur la commune mais on ne trouve pas de jeunes agriculteurs. On a une grosse ferme de 120 à 150 hectares qui s’est transformée en maraichage. L’exploitant a cherché pendant deux ans un repreneur, sans succès."

Outre la préservation des terres agricoles, l’association souhaite également alerter sur les dégradations de l’environnement provoqué par cette demande croissante de sable. Les ressources en eau sont particulièrement impactées.

Dans les carrières, les sabliers creusent parfois jusqu’à 15 mètres pour extraire le matériau. "L’eau s’infiltre dans le sable, le sous-sol s’assèche et les mares se vident. Nous avons des baisses de rendement et des difficultés à abreuver nos animaux", déplore Benjamin Boileau.

"Dans les villages alentours, les puits sont à sec à certaines périodes de l’année. Les habitants n’avaient jamais connu cela avant", conclue l’agriculteur.
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