Coronavirus : pour certains professeurs de Nantes "le bac en contrôle continu renforce la pression sur les élèves"

Le bac sera, cette année, évalué en contrôle continu. La décision a été annoncée ce vendredi 3 avril par le ministre de l'Education Nationale. Une mesure exceptionnelle qui ne rassure ni les enseignants ni les syndicats.

Bac et brevet des collèges 2020 en contrôle continu
Bac et brevet des collèges 2020 en contrôle continu © Canva
C'est une première, le bac en contrôle continu. Une mesure exceptionnelle annoncée ce vendredi matin par Jean-Michel Blanquer.
           
"Les incertitudes sont nombreuses, notamment sur la date du retour à la normale", a souligné le ministre. Même si les cours, arrêtés le 16 mars, "reprenaient le 4 mai à la fin des vacances de printemps, ce qui n'est qu'une hypothèse" a-t-il insisté, les élèves auraient été "privés de cinq semaines normales de cours".
           
Pour valider les examens prévus en fin d'année dans les différents niveaux, il a donc proposé au Président de la République et au Premier ministre, une solution "qui permette de concilier la sécurité des élèves et leur réussite future".
           
Les décisions ont été prises en fonction de plusieurs critères, a-t-il précisé: "ne pas léser les élèves", "garantir la qualité et l'équité du diplôme du bac", "s'assurer qu'il y ait le maximum de semaines de cours, notamment au mois de juin".
           
Les 550 000 élèves de Terminales en voies générale et technologique seront notés en fonction de leurs bulletins des trois trimestres de l'année, "hors période de confinement".
           
"Nous avons écarté une situation mixte" qui aurait consisté à associer au contrôle continu la tenue d'une ou deux épreuves écrites à la fin de l'année, "car nous ne pouvons garantir de façon absolue l'organisation d'écrits", a expliqué Jean-Michel Blanquer.

"C'est tout sauf une surprise. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. En revanche, les organisations syndicales n'ont pas été concertées de façon efficiente. Il y a bien eu des réunions mais le débat n'a pas eu lieu. On a été écouté mais ça s'est arrêté là. La solution c'était peut-être de reporter les examens au mois de septembre", réagit Bernard Valin, délégué syndical FSU 44.

"Il y a bien une équité entre les trois bacs des filières technologique, générale et professionnelle, c'est à souligner. Mais il va falloir être vigilant. Le ministre veut prendre en compte les trois années de lycée pour l'obtention du bac, or, certains élèves ont eu du mal à s'adapter à leur arrivée au lycée, leur démarrage a été problématique", poursuit le syndicaliste.

"Il reste des questions en suspend. Quid par exemple, des changements d'orientation pendant le cursus scolaire ? Que deviennent ceux qui sont passés d'un bac général à un bac technologique, ou d'un bac général à un bac professionnel ?" s'interroge Bernard valin.

Il ne faut pas que la période soit l'occasion de faire de nouvelles économies et que l'exception devienne la norme. Jean-Michel Blanquer a déjà détricoté le bac avec les E3C. il ne faudrait pas que le bac soit dévalorisé. Il reste le premier diplôme universitaire - Bernard Valin délégué syndical FSU
 

"On devient juge et partie de nos élèves"

"Ne faire que du contrôle continu, c'est un peu injuste. On devient juge et partie de nos élèves. Tout au long de l'année on essaie d'être bienveillant avec eux, de ne pas les mettre en difficulté avec les notes. Le but c'est de ne pas les décourager. Quand il n'y a pas l'anonymat de la notation du bac national, il y a un prof qui connait son élève. Cela va nous obliger à nous poser des questions sur l'attribution des notes. Sans parler des parents inquiets que, d'un établissement à l'autre, le système de notation soit plus ou moins sévère", explique Michel Decha, professeur de Lettres au Lycée Guist'hau de Nantes.

On apprend tous sur le tas, les familles, les profs, les élèves, avec des ratés bien évidemment. Là il va falloir apprendre aussi ce qu'est un bac en contrôle continu en peu de temps, sachant qu'il y a assez peu de chance en réalité que l'on reprenne les cours le 4 mai même si nous n'avons aucune indication pour l'instant - Michel Decha, professeur de Lettres au Lycée Guist'hau

MIchel Decha enseigne chaque jour à distance. Etonné par l'assiduité de ses élèves, il estime que le contrôle continu va déstabiliser les futurs bacheliers.
MIchel Decha enseigne chaque jour à distance. Etonné par l'assiduité de ses élèves, il estime que le contrôle continu va déstabiliser les futurs bacheliers. © DR Michel Decha

              

Les cours continuent jusqu'au 4 juillet 

Un jury examinera les livrets de chaque élève. L'assiduité sera notamment vérifiée. Ce sera une condition pour pouvoir prétendre aux oraux de rattrapage, qui se tiendront comme d'habitude début juillet, si les conditions sanitaires le permettent, pour les élèves ayant obtenu entre 08 et 10/20.
           
Une session du baccalauréat aura aussi lieu en septembre pour les candidats libres et les élèves du privé hors contrat. Sur décision du jury, cette session pourra aussi être ouverte aux candidats dont la moyenne est inférieure à 08/20. "Les mentions du bac seront maintenues", a aussi précisé le ministre de l'Education nationale.

Je suis très agréablement surpris, les élèves sont ultra présents malgrès le confinement. Sur 32 élèves j'ai 30 élèves qui m'envoient très régulièrement le travail que je leur demande. Je pense en fait que les élèves sont plutôt stressés par cette histoire de contrôle continu en se disant mais là j'ai pas eu de note depuis un mois, je comptais sur le troisième trimestre pour remettre un petit coup, les élèves sont dans cet esprit là - Michel Decha professeur de Lettres au lycée Guist'hau

Dans la semaine qui vient, Michel Decha s'attend a être trés sollicité par ses élèves, sans doute encore plus que d'habitude : "Ils vont avoir beaucoup d'interrogations. Par exemple savoir si le bac va être coefficienté ? C'est possible mais pour l'instant on ne sait pas."

On va être particulièrement à l'écoute de nos élèves dans les jours qui viennent, leur répondre le plus possible. Et puis il faut leur dire que vendredi prochain, ils seront en vacances. On va leur donner un peu de travail comme on l'aurait fait en temps normal. Il faut aussi leur dire absolument de se poser, de se reposer et de profiter d'un vrai temps libre. Il y a des élèves qui bossent sans arrêt. Il y aura sans doute encore du confinement après les vacances, il faut savoir respirer pour ne pas mal finir - Michel Decha, professeur de Lettres au Lycée Guist"hau.


"L'obtention  finale du brevet sera suspendue à un contrôle d'assiduité"

L'ensemble des épreuves du brevet sera également validé en contrôle continu pour les élèves de Troisième, à partir de la moyenne des notes obtenues durant les trois trimestres, qui ne prendra pas en compte la durée de confinement. "L'obtention finale sera suspendue à un contrôle d'assiduité", a insisté le ministre. "Les examens sont maintenus mais selon des modalités différentes", a souligné Jean-Michel Blanquer. "La solution présentée est à mes yeux la solution la plus simple, la plus sure, la plus juste", a-t-il estimé.

"Il était urgent qu'une annonce soit faite. En ce qui concerne le brevet la mesure n'enlève en rien la pression sur les élèves. Le ministre s'est empressé de dire que l'assiduité serait un critère d'évaluation pour obtenir le brevet. On voit bien que les collégiens les plus fragiles sont ceux qui ont le plus de mal à rester accrochés en ce moment. C'est vraiment doublement pénalisant pour eux", dénonce Marie Haye enseignante de Français au collège Pont Rousseau de Rezé et professeur principale d'une classe de 3ème.
 

"Le risque de l'effet d'aubaine"

Dans le contexte actuel de crise sanitaire, Marie Haye reconnait tout de même qu'il n'y a pas de bonne solution. Il n'empêche les choix du ministre l'inquiète.

L'évaluation qui est proposée est la plus discriminante. Le système choisi est celui qui va le moins prendre en compte les origines sociales des élèves, les effets géographiques. C'est pour moi la solution la plus inégalitaire. Nous ne sommes pas dupes. Il y a le risque de l'effet d'aubaine. Le ministre peut très bien vouloir imposer le tout contrôle continu comme il a voulu le faire avec la réforme du bac. En attendant la compétition continue, la pression continue au détriment des élèves les plus fragiles dans un contexte où Jean-Michel Blanquer ne cherche pas la solution qui va être la plus pertinente, il cherche à passer en force. C'est profondément irresponsable - Marie Haye, professeur principale d'une classe de 3ème au collège Pont Rousseau        

 

"L'épreuve orale des Premières maintenue dans la mesure du possible"


Pour les 185 000 élèves des lycées professionnels, les épreuves de BEP, CAP, de bac pro seront "validées sur la base du contrôle en cours de formation déjà passé et du livret scolaire". Ce sera la même chose pour les élèves de BTS. Les notes seront attribuées par un jury d'examen.
           
Pour les élèves de Première, l'épreuve orale sera maintenue "dans la mesure du possible" fin juin-début juillet, avec un nombre de textes restreint (15 en voie générale, 12 en voie technologique). La note de l'épreuve écrite sera la moyenne obtenue dans l'année dans cette discipline (hors période de confinement).
           
Les épreuves communes de contrôle continu (les E3C) que passent cette année les Premières seront, pour certaines d'entre elles, évaluées également en contrôle continu. Notamment celle portant sur la spécialité qu'ils décident d'abandonner en fin d'année.
Les chiffres clés de l'académie de Nantes
  • 386 000 écoliers
  • 197 000 collégiens (dont plus de 50 000 passent le brevet)
  • 125 400 lycéens (dont plus de 40 000 passent le bac)
  • 135 000 étudiants
  • 31 700 apprentis
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