Le coronavirus dans les squats : une bombe a retardement selon un collectif d'associations de Nantes

Comment éviter la propagation du covid-19 dans les squats ? Comment isoler ceux qui présentent des symptômes inquiétants et qui vivent en communauté dans ces lieux ? A Nantes, des associations tentent de trouver des solutions pour éviter le pire.
Sortir les personnes fragiles des squats est une priorité selon l'association L'Autre Cantine.
Sortir les personnes fragiles des squats est une priorité selon l'association L'Autre Cantine. © Maxppp
"Le squat, dit Christophe Jouin, c'est un peu comme un bateau de croisière. Quand le coronavirus y entre..."

Il ne faut pas longtemps pour qu'il infecte tous les occupants.

L'image fait référence au Celebrity Apex, le paquebot bloqué à quai à Saint-Nazaire avec ses 1400 membres d'équipage dont certains sont infectés par le virus. A moins que ça ne soit une référence au paquebot Greg Mortimer ancré au large de Montevideo en Uruguay avec, à ce jour, 128 cas de covid sur les 200 passagers et membres d'équipage. Mais c'est une autre histoire.. La comparaison que fait Christophe Jouin permet d'imaginer la rapidité avec laquelle le virus peut se propager dans une communauté où les règles de confinement sont impossibles à respecter.

Et c'est le cas notamment dans le squat de la rue Moquechien, quartier Talensac à Nantes où vit une centaine de migrants. 

"On a distribué des masques lavables à tout le monde, des produits de désinfection" explique le co-fondateur de l'association L'Autre Cantine qui aide depuis deux mois les occupants des lieux. 

Le 3 avril dernier, un premier cas de covid-19 a été détecté et testé positif au CHU. 

"Dès le samedi après-midi, poursuit Christophe Jouin, on a organisé une sorte de diagnostic de tous ceux qui étaient dans le gymnase mais aussi dans d'autres squats."
 

15 personnes à isoler d'urgence

Une quinzaine de personnes ont, selon des médecins bénévoles, été identifiés comme fragiles, c'est à dire présentant un historique médical ou un profil à risque. Ces personnes, si elles venaient à être infectées par le covid-19, pourraient être rapidement en grande difficulté.

"Ce serait bien que ces personnes sortent des squats, explique Christophe, si elles tombent malades, ce sera potentiellement grave."

Le collectif d'associations a sollicité les pouvoirs publics pour mettre à l'abri ces quinze personnes. Silence radio de la Préfecture et de l'Agence Régionale de Santé. La Ville de Nantes a répondu ce mardi qu'elle allait chercher un lieu, un bâtiment vide dont elle pourrait confier la gestion. Mais depuis, plus de nouvelles.

Dans un communiqué, la Ville fait néanmoins savoir que :

"Aujourd’hui, au cœur de l’épidémie de coronavirus, Johanna Rolland a effectivement exprimé sa préoccupation auprès de l'Etat sur la situation de plusieurs squats, et elle a par ailleurs renouvelé son accord de principe pour un soutien de la Ville à toute initiative qu'il pourrait prendre pour répondre à cette urgence."

De son côté, le collectif ne reste pas sans chercher.

"On a fait des recherches pour pouvoir prendre à notre charge des places d'hôtel, ajoute Christophe Jouin, mais tous refusent ou sont fermés." 
 

Un centre d'accueil à Saint-Aignan de Grand Lieu

A noter que, près de Nantes, à Saint-Aignan de Grand Lieu, l'Agence Régionale de Santé a confié la gestion d'un centre à la Protection Civile. D'ordinaire dédié à des séminaires ou des classes de découverte, ce centre composé de chalets est depuis le 27 mars un lieu d'accueil pour des personnes, migrants et sans-abris, ayant été infectées par le covid-19 ou présentant des symptômes mais dont l'état ne nécessite pas l'hospitalisation.

Ces personnes qui ne peuvent pas s'isoler, y sont logées le temps que les symptômes disparaissent.

Deux personnes du squat de Talensac ont pu y être prises en charge.

Pour les SDF, la Ville de Nantes a, de son côté, prêté le gymnase Emile Morice, géré par la Protection Civile. Quant au 115, le numéro d'appel d'urgence pour les sans-abris, il ne propose pas de nouvelles places.

L'intercollectif "Personne à la Rue" se trouve donc sans solution à ce jour pour "isoler" les plus fragiles. 

"Ça va être une catastrophe" prévient Christophe Jouin.



 L'association L'Autre Cantine ne bénéficie d'aucune subvention publique mais vit uniquement des dons.

Si vous souhaitez aider cette association, rendez-vous sur le site helloasso.com.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
covid-19 santé société migrants immigration