Culture en Pays de la Loire : le monde du spectacle plus que jamais dans l'incertitude en ce début 2022

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Écrit par Vincent Calcagni

Alors qu'un appel est lancé à Nantes pour la mobilisation des acteurs culturels mercredi 19 janvier à 14h devant la Cité des Congrès, où devait se tenir les Biennales Internationales du Spectacle, les organisateurs de concert et les salles de spectacle sont dans l'expectative. Jusqu'au 24 janvier seuls les concerts assis sont autorisés jusqu'à 2 000 personnes.

"C'est pas clair" tonne Christophe Davy alias Doudou patron angevin, entre autres, de O Spectacles, structure d'organisation de spectacles basée à Nantes qui s'occupe de la billetterie d'une trentaine de salles dans l'ouest comme le Zénith de Nantes, l'Arena Loire Trélazé près d'Angers ou encore le Liberté à Rennes.

"Les jauges assises avec pass sanitaire et masquées oui à 2 000 personnes, non à plus de spectateurs je ne comprends pas" rajoute t-il.

Elargir les jauges en spectacle assis

Exemple du casse-tête imposé au secteur, le spectacle de Muriel Robin programmé le premier février 2022 au Zénith de Nantes. Maintenu... jusqu'à présent.

"On parle de 40 00 personnes assises, masquées et avec, à cette date, le pass vaccinal (NDLR: à cette date le pass vaccinal doit entrer en vigueur d'ici la fin du mois de janvier)".

Le patron de O Spectacles attend donc avec impatience la tenue du prochain Conseil de Défense, prévu ce jeudi 20 janvier 2022.

Sans aucune certitude que les mesures actuelles valables jusqu'au 24 janvier soient reconduites ou assouplies.

Au grand dam de Christophe Davy.

"Qu'on nous explique au moins pourquoi on ne peut pas rouvrir les jauges en tout assis, masqué et pass vaccinal" interroge l'organisateur.

"Dans cette configuration en tout assis (NDLR : exemple le spectacle de Muriel Robin) on est en mesure de garantir que les gens sont rentrés avec un pass vaccinal, avec un masque qu'ils garderont sur le nez pendant tout le spectacle".

En quelque sorte une garantie de moyens mais aussi de résultat.

Pourtant, "Muriel Robin veut faire son spectacle, elle a maintenu ses dates parisiennes et l'ensemble de sa tournée, jusqu'au moment où on lui dira qu'elle n'a pas le droit" dénonce Christophe Davy.

Zénith fermé, Cité des Congrès ouverte

Officiellement le Zénith de Nantes où doit se produire Muriel Robin est fermé jusqu'au 24 janvier. En effet tous les spectacles s'y produisant sont d'une jauge supérieure à 2 000 personnes.

Ce qui n'est pas le cas de la Cité des Congrès de Nantes. 

La salle principale, comme son nom officiel l'indique (salle 2 000) pouvant contenir... 1 990 spectateurs.

La Folle Journée de Nantes pourra donc s'y dérouler à partir du 26 janvier.

Un Covid long pour le secteur culturel

Du côté de la salle de musiques actuelles Stereolux de Nantes le constat est aussi amer.

"On est dans une situation grise" détaille son directeur Eric Boistard, "puisqu'en fait la très grande majorité des lieux culturels est ouverte".

Avec deux salles, d'une capacité de 400 places pour la plus petite, la salle Micro, et une jauge de 1 300 places, pour la plus grande, la salle Maxi, Stereolux est touchée par les restrictions de jauges car, pour sa partie musiques actuelles, de nombreux concerts se déroulent  debout.

"Nous avons cependant cette particularité d'avoir d'autres activités comme la danse. Et en ce moment nous accueillons le festival Trajectoires pour des spectacles assis comme celui du chorégraphe David Rolland qui se déroule les 22 et 23 janvier prochain".

En revanche le festival Bise qui devait se dérouler les 18 et 19 janvier prochain a été annulé en raison des annonces gouvernementales.

Quand on l'interroge sur la levée ou non des restrictions de jauge après la date butoir du 24 janvier, Eric Boistard se ne fait pas d'illusion.

"Nous ne croyons pas qu'on pourra rouvrir normalement après la date du 24 janvier en considérant que lorsque nous avons été fermé il y avait à peu près 60 000 cas par jour et qu'aujourd'hui nous sommes bien au delà" détaille t'il.

Et de dénoncer au passage le mirage d'une reprise immédiate des activités culturelles dès l'annonce d'une hypothétique réouverture complète des salles.

Je pense que le secteur culturel va faire face à un Covid long

Eric Boistard - directeur de Stereolux

"Il y a d'autres gens qui ont trouvé d'autres loisirs, ou avec d'autres usages comme les plateformes numériques" lâche Eric Boistard.

"Il y a aussi tout simplement des spectateurs qui ont déjà leur billets pour des concerts reportés, ce qu'on avait déjà vus le précédent trimestre" ajoute-t-il.

Enfin, il y a la mécanique des tournées d'artistes internationaux qui ne peuvent se dérouler en raison des contraintes sanitaires différentes suivant les pays.

Ainsi le concert de Blood Red Shoes prévu le premier février à Stereolux est déjà annulé par le groupe anglais.

La tournée du groupe devait passer par les Pays-Bas où les concerts sont toujours interdits, la Belgique où il sont autorisés jusqu'à 200 spectateurs et l'Allemagne où les restrictions sont différentes suivant les länder.

Et Eric Boistard d'appeler à une réouverture des concerts debout en dénonçant un deux poids deux mesures pesant sur une seule esthétique musicale.

"On ne comprend pas pourquoi une nouvelle fois on sacrifie ces musiques-là, ce public-là, ces artistes-là", dénonce le directeur de Stereolux.

Graslin en lutte... à la Cité des Congrès

Une situation qui pousse le monde de la culture nantais à se rassembler devant la Cité des Congrès de Nantes le mercredi 19 janvier à partir de 14h.

Afin de tenter de peser sur une prise en compte de la situation précaire dans laquelle vivent un nombre croissant d'acteurs du secteur.

Il s'agit de garder la main après l'annulation des Biennales Internationales du Spectacle qui devaient se dérouler au même endroit.

Ce salon professionnel géant rassemble au niveau national tous les acteurs de la filière culturelle.

"Les BIS devaient ouvrir le 19 janvier. Elles ont été annulées. Nous tiendrons donc les nôtres en demandant à la Ministre de la Culture de venir nous rencontrer" expliquent les organisateurs.

"L’idée est de construire une mobilisation autour de revendications culturelles au sens large pour combattre le projet de société globale de la peur que l’on veut nous imposer : stigmatisation d’une catégorie de la population, contrôle accru des personnes, rétrécissement du cadre de liberté, droits fondamentaux bafoués et restriction de l'accès à la culture."

Noémie Daunas-Montgiraud fait partie du collectif Graslin en lutte qui a occupé le Théâtre Graslin de Nantes de mars à juin 2021.

Elle dit se mobiliser de nouveau car le secteur culturel "est systématiquement stigmatisé alors qu'on a prouvé qu'on pouvait appliquer des protocoles stricts".

Noémie Daunas-Montgiraud est responsable d'action culturelle et de billetterie à la salle Le Nouveau Pavillon de Bouguenais, à côté de Nantes.

Malgré son statut de permanente elle dit se mobiliser par solidarité car "l'écosystème culturel est en train de se casser la figure".

"Beaucoup de camarades ont des conditions de travail difficiles voire pas de travail du tout" explique-t-elle.

"Souvent ce sont des contrats courts comme les intermittents, et si eux disparaissent, nous aussi les permanents on ne pourra plus travailler" ajoute cette professionnelle de la culture.

Elle évoque aussi une reprise qui se fera de manière très progressive en cas de retour à des jauges normales pour tous car "les spectateurs ont perdu l'habitude d'aller dans les salles de spectacle".

Elle sera donc présente ce mercredi 19 janvier à partir de 14h devant la Cité des Congrès de Nantes pour "demander des moyens pour accompagner la reprise".

Une initiative baptisées les "BISquiLUtte" par les organisateurs : Les occupants et occupantes de Graslin - Culture en lutte, la fédération CGT spectacle Pays de La Loire et Bretagne, le SYNAVI.