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DOCUMENTAIRE. Tous à l'usine, histoires d’ouvriers volontaires : la galerie des personnages

© What'up productions
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Alors que Mai 68 se termine, que les ouvriers retournent aux usines et les étudiants dans les amphis, il est un petit groupe pour qui la lutte ne s’achève pas là. Découvrons qui sont ceux que l'on appelle alors "les établis".

Par Claude Bouchet

Ils ont à peine 18 ans, sortent tout juste de la Sorbonne ou de Louis Le Grand et ne connaissent de la « révolution » que les écrits de Marx, Lénine ou Mao. Mais ils sont convaincus que pour mener la lutte, il ne faut pas se contenter de tracter à l’extérieur des usines, il faut s’y faire embaucher.


Ces "établis" rejoignent donc, grands idéaux en tête et petit livre rouge en poche, les plus grands sites industriels : Flins, Sochaux, Saint-Nazaire... C’est là-bas, croient-ils, qu’ils rencontreront la fameuse "classe ouvrière". C’est là-bas, espèrent-ils, qu’ils rallumeront la flamme de la révolution. Aujourd’hui, ces anciens militants nous racontent leurs années d’établissement, leur engagement total, leur rencontre avec la classe ouvrière, leurs espoirs, et leurs désillusions.

►Les Personnages

Claire Brière-Blanchet

Fille d’ingénieur dans la métallurgie, elle passe son enfance dans diverses usines de Saint Etienne à la Courneuve. Etudiante en histoire à la Sorbonne, elle s’engage dès 1964 auprès des Maoïstes puis de la Gauche Prolétarienne. Elle s’établie ensuite dans une des antennes de Thomson dans le Vercors, puis à Peugeot-Sochaux. Elle finira par quitter l’usine en 1972 et entre à Libération en 1975. Elle entamera alors une carrière de journaliste spécialiste des zones de conflits et de dictatures. Elle est aujourd’hui encore journaliste et écrivain.
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Juliette Campagne

Née dans la grande noblesse mais mise en nourrice chez une famille ouvrière, Juliette s’engage très tôt au Parti Communiste, qu’elle quittera rapidement pour rejoindre l’UJC(ml). Parmi les pionnier-e-s de l’établissement, elle travaillera dès janvier 1968 dans diverses usines à Paris puis dans la région de Roubaix. Arrêtée lors d’échauffourées avec la police et condamnée à de la prison ferme, elle se désétablira à sa sortie pour rester chef du groupe de la Gauche Prolétarienne de Roubaix. Elle continuera ensuite à être très engagée, notamment pour la cause des femmes à Roubaix et créera finalement l’association « Lis avec moi » pour faire découvrir à ceux, petits et grands, qui n’ont pas forcément accès aux livres, le plaisir de la lecture.
 

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Nicolas Dubost

Né d’un père « petit-bourgeois, intellectuel de gauche parisien », lycéen à Henri IV puis étudiant en Histoire à Censier, il milite auprès des Jeunesses Communistes révolutionnaires (JCR). En 1971, il décide de s’établir chez Renault à Flins. Il y reste plusieurs années, malgré les doutes concernant l’utilité effective de sa présence sur les lieux. En 1979, toujours établi, il publie « Flins sans fin », qu’il vendra jusque dans les murs de l’usine. Licencié de Renault en 1981 pour « arrêts maladies répétés perturbant l’organisation du travail », il refuse une embauche à Libération et finira par créer une société de conseil pour les comités d’entreprises.
 

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Nicolas Hatzfeld

Fils d’un professeur d’histoire et d’une assistante sociale engagés à gauche, il étudie l’Histoire à l’université de Lyon et adhère au PCMLF, un courant « concurrent » de la Gauche Prolétarienne. En 1970, il lâche ses études pour s’établir chez Peugeot à Sochaux. En 1975, le parti lui demande de quitter l’usine pour revenir militer à Paris. Déconnecté du terrain, et donc de ce pourquoi il militait, il s’écarte peu à peu du groupe politique et reprend ses études. Docteur en histoire, il se réembauchera 3 mois à Peugeot Sochaux en 1996 pour les besoins d’une étude sociologique. Il est aujourd’hui historien à l’Université d’Evry.
 

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Fabienne Lauret

Etudiante en histoire et en philosophie, militante au sein des JCR, elle s’établit à Renault Flins en 1971. Bien intégrée dans l’entreprise, elle devient déléguée syndicale à la CFDT. Contrairement à la plupart des établis, elle continuera son travail à l’usine bien après le milieu des années 70. Elle est également très engagée en dehors de l’usine auprès du MLAC notamment. En 1983, lassée de son travail manuel mais ne désirant nullement quitter Flins, elle travaillera au sein du CE. Toujours aussi combative aujourd’hui, elle vient de publier un livre qui raconte sa vie d’engagement.
 

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Jean-Pierre Martin

Nantais issu d’un milieu modeste, il fait son année d’Hypokhâgne à Louis-le-Grand puis une Licence de philosophie à la Sorbonne. Il adhère à la Gauche Prolétarienne durant ses années parisiennes et revient s’établir en Pays de la Loire, notamment à Sud-Aviation. Puis il rejoint Saint-Etienne où il s’établit à nouveau dans diverses usines de la métallurgie. Il finit par quitter l’usine pour « s’engager » dans une vie à la campagne. Poursuivant ses études par correspondance, il est admis à l’agrégation de Lettres, publie plusieurs ouvrages dont Le Laminoir sur son expérience d’établi. Il est aujourd’hui écrivain et Professeur émérite à l’Université de Lyon 2.

 

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