Liste d'avocats "à éliminer" : les avocats du barreau de Nantes rassemblés pour soutenir leurs confrères et consœurs menacés

A l'appel de l'ordre des avocats de Nantes, une centaine d'avocats s'est rassemblée devant la palais de justice de la cité des Ducs. Une manifestation en soutien à leurs confrères et consœurs menacés de mort sur un site d'extrême droite.

Sur le parvis du Palais de Justice de Nantes, une centaine de robes noires est attroupée devant les portes d'entrée. Une image symbolique et marquante. Marquante c'est le mot car s'ils sont debout là, tous ensemble réunis, c'est pour marquer le coup.

Manifester leur indignation. Et leur soutien aux confrères et consœurs qui ont été visés, menacés de mort sur un site d'extrême droite.

Des avocats "à neutraliser"

Les faits se sont déroulés mercredi 3 juillet. Le site d'extrême droite 'Réseau libre' a publié un article contenant une "liste (très partielle) d'avocats à éliminer". Sous ce titre, une photo ancienne d'une guillotine évoquant la peine de mort. Et juste en dessous ce texte : " A envoyer dans un fossé ou dans un stade, ces avocats déclarent déjà ne pas respecter le verdict des urnes en cas de victoire du RN"

Le texte se poursuit en ces mots: "ces pourritures se sont constituées en 'brigade du droit contre le Rassemblement national' (...)

Un article fermement condamné par le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti sur son compte X dans lequel il poste une capture d'écran de cet article.

Un avocat du barreau de Nantes visé

Face à la gravité de ces propos, les réactions ne sont pas faites attendre.

Car le site d'extrême droite a publié cet article après que plusieurs dizaines d'avocats ont signé une tribune dans le journal Marianne, la veille, mardi 2 juillet. Une tribune collective intitulée "Avocats, nous nous constituons en brigade du droit contre le Rassemblement national"

Parmi les signataires de cette tribune, l'un des ténors du barreau de Nantes, l'avocat pénaliste Dominique Raimbourg.

Loin d'être intimidé, il déplore cependant lui aussi la gravité des propos: "D'abord je remercie tous ceux qui m'ont soutenu. Ensuite je maintiens ce qui est affirmé dans la tribune sur le caractère irréaliste des propositions du Rassemblement national, sur la double nationalité, sur les peines plancher, sur la suspension des allocations familiales.

Tout ça, c'est irréel. C'est contre les principes de la République et en plus ça ne sert à rien". 

ll faut que le débat public se calme et qu'il n'y ait pas d'invectives de ce type là

Dominique Raimbourg

Avocat au barreau de Nantes, signataire de la tribune

A Nantes, le bâtonnier de l'ordre des avocats de Nantes, Emmanuel Follope a suivi l'appel national au rassemblement de soutien.

Dans un communiqué il explique : "Parce que des menaces ne sont jamais anodines et parce que la profession ne doit jamais céder devant des actes d'intimidation, je vous invite toutes et tous, à un rassemblement en robe ce jour à 11h50 devant le palais de justice de Nantes afin de marquer notre solidarité et notre soutien à nos consœurs et confrères"

C'est toute la profession qui se sent visée

Emmanuel Follope

Bâtonnier de l'ordre des avocats de Nantes

La conférence régionale des bâtonniers de l’ouest, qui regroupe l’ensemble des bâtonniers de la cour d’appel de Rennes et de la cour d’appel d’Angers s'est également exprimée via un communiqué pour condamner sévèrement la publication de la liste d'avocats "à éliminer".

Pour Emmanuel Follope, ces menaces représentent un réel danger : "Nos confrères ont contribué au débat public en signant en leur nom une tribune, en leur qualité d'avocat.

Cette tribune a suscité un message de haine, un message menaçant, un message d'intimidation, un message en réalité qui est extrêmement grave et qui s'accompagne de la communication des noms des confrères qui sont ainsi livrés à la vindicte de tous ceux qui peuvent accéder à ce contenu".

Pour le bâtonnier de Nantes, un cap a été franchi: "Il y a une parole qui se libère, qui s'exprime de façon décomplexée. 

On s'en prend aux avocats dont la mission est de défendre l'individu face au corps social

Emmanuel Follope

Bâtonnier de l'ordre des avocats de Nantes

Il poursuit : "Les avocats peuvent déplaire et que les avocats puissent ou doivent déplaire peut amener à ce qu'ils suscitent des réactions désagréables, des réactions qui parfois peuvent présenter un caractère d'une certaine violence. Mais ici on a franchi un cas particulier." 

Dans la profession, l'émotion est grande. "Les bâtonniers des barreaux avec lesquels je suis en relation, c'est-à-dire de façon privilégiée les bâtonniers des 20 plus grands barreaux de France ont tous été extrêmement émus", poursuite Emmanuel Follope.

Cette parole qui s'exprime et ces propos que l'on voit sur les réseaux sociaux, plus peut-être qu'à l'habitude, exhalent un parfum nauséabond

Emmanuel Follope

Bâtonnier de l'ordre des avocats de Nantes

Quelle suite y aura t- il à ce mouvement  de solidarité ? 

D'après le bâtonnier du barreau de Nantes, une enquête serait en cours confiée, et  suivie par la section cyber du barreau de Paris.

"Il apparaît que c'est un site qui avait déjà fait parler de lui stigmatisant déjà un certain nombre d'avocats par le passé et qui semblerait être hébergé, je devrais même dire sanctuarisé en Russie".

Emmanuel Follope le confirme, les confrères et consœurs visés ont fait collectivement un dépôt de plainte.

"Pour ma part, j'ai adressé un signalement au procureur de la République du tribunal judiciaire de Nantes".

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