Nantes : l'affaire du homard pas piquée des vers !

Trois des cinq personnes mises en causes avec leur avocat Stéphane Vallée (2ème à droite). / © France Télévisions Olivier Quentin
Trois des cinq personnes mises en causes avec leur avocat Stéphane Vallée (2ème à droite). / © France Télévisions Olivier Quentin

Le 14 septembre dernier, avant une manifestation nationale des Gilets jaunes à Nantes, la police interpelle préventivement cinq personnes... et saisit un homard en papier mâché. Du dossier d'accusation, il ne ressort pas grand chose. Les avocats des accusés dénoncent une dérive inquiétante.

Par Olivier Quentin

Samedi 14 septembre 2019, une manifestation nationale des Gilets Jaunes est organisée à Nantes. La Préfecture craint de nouveaux actes de violence.

Ce jour-là, vers 9h30, un véhicule stoppe place Mellinet près du centre-ville, à l'extérieur du secteur où il est interdit de manifester. 

La police procède alors à l'interpellation des deux personnes qui circulaient dans ce véhicule au motif que se trouvent à bord de la peinture, des feux d'artifice et ... 80 parapluies. Une référence sans doute dangereuse au mouvement des honkongais...

Les deux personnes sont emmenées à l'Hôtel de Police et placées en garde à vue pour association de malfaiteurs et groupement établi en vue de la préparation d'actes de violence ou de dégradation.

Fin du premier acte.
 

Des homards pour rire

Ce même-jour, à 13h, alors que la manifestation en ville n'a pas encore commencé, devant ce qui a été baptisé "La Maison du Peuple", une maison squattée dans le quartier Doulon, une autre intervention de police saisit un véhicule avec à son bord quelques homards gonflables et un autre en papier mâché. 
Des homards factices parmi les saisies des policiers ce 14 septembre. / © capture Twitter @Nantes_Revoltee
Des homards factices parmi les saisies des policiers ce 14 septembre. / © capture Twitter @Nantes_Revoltee
Deux des personnes qui se trouvaient sur place sont embarquées et mises en garde à vue au même motif que les précédentes.

Fin du deuxième acte.

Les cinq jeunes passeront 48 heures en garde à vue à l'issue de laquelle le parquet confirme l'accusation d'association de malfaiteurs et de groupement (cette dernière dénomination est moins forte que celle d'association de malfaiteurs).

Mais la légèreté des élements fournis par le parquet ne convainc pas le juge d'instruction et l'accusation d'association de malfaiteurs n'est pas retenue.
 

Sous contrôle judiciaire

Reste pour les deux jeunes embarqués le samedi matin place Mellinet une procédure pour groupement établi en vue de la préparation d'actes de violence ou de destruction. 

L'enquête se poursuit donc et les deux jeunes sont placés sous contrôle judiciaire ce qui implique, entre autres, pour eux de pointer régulièrement à l'Hôtel de Police et de ne pas se contacter entre eux.

Fin du troisième acte.
Emilie. Mathilde, Romain et leurs avocats Pierre Huriet et Stéphane Vallée. / © France Télévisions Olivier Quentin
Emilie. Mathilde, Romain et leurs avocats Pierre Huriet et Stéphane Vallée. / © France Télévisions Olivier Quentin
Selon les élements du dossier que nous ont confiés les avocats de ces cinq jeunes, ce samedi 14 septembre, le parquet et la police de Nantes ont voulu secouer l'ultra-gauche locale.

Les policiers seraient intervenus suite à un témoignage anonyme les prévenant d'une action violente de l'ultra gauche nantaise lors de la manifestation du 14 septembre.
 

"On voulait y mettre du léger..."

"Nous on voulait sortir du cliché des manifestations violentes et y mettre quelque chose plutôt de léger, de drôle." témoigne Emilie, une jeune de 22 ans qui fait partie des personnes interpellées ce jour-là.

Les homards étaient censés faire référence aux gabegies reprochées au député nantais François de Rugy lorsqu'il était Président de l'Assemblée Nationale.
"On veut prêter des intentions forcément délictuelles aux manifestants" déclare Stéphane Vallée, l'un des trois avocats des jeunes.

Le but, pensent les défenseurs, était de faire des comparutions immédiates qui déboucheraient sur des interdictions de manifester. Le contrôle judiciaire c'est une peine avant le jugement.

Combien de temps peut durer ce contrôle qui en soi est effectivement privatif de liberté ? On ne sait pas. Le temps de l'enquête. 

Et ça peut durer longtemps craignent les avocats qui rappellent une affaire vieille de 2014 lors de laquelle le contrôle judiciaire a été levé au bout de trois ans. Affaire qui n'a toujours pas été jugée.

La plainte pour garde à vue abusive n'existe pas - Maître Pierre Huriet, avocat

Les policiers espéraient-ils tomber sur des black blocs, armés et munis de cagoules ? Si c'était le cas, pourquoi aucune investigation n'a été menée dans cette fameuse Maison du Pauple où ont été confectionnés les homards ?

On a peine à justifier un tel déploiement de moyens pour faire main basse sur des crustacés et des gros pétards.
 

Sur le même sujet

Eau et pesticides : la situation des Pays de la Loire

Les + Lus