Nantes : deux chercheurs de l'Ifremer mettent en évidence la toxicité de Dinophysis pour les huitres et les poissons

Dinophysis, drôle de nom pour une micro-algue ou organisme unicellulaire, toxique pour les humains. On sait désormais, grâce au travail de Véronique Séchet et Philipp Hess, deux chercheurs de l’Ifremer à Nantes, qu’elle affecte aussi la reproduction des huitres et des poissons.

Philipp Hess et Véronique dans leur laboratoire de l'Ifremer à Nantes ont découvert la toxicité de la micro-algue Dinophysis pour les huitres et les larves de poissons
Philipp Hess et Véronique dans leur laboratoire de l'Ifremer à Nantes ont découvert la toxicité de la micro-algue Dinophysis pour les huitres et les larves de poissons © Christophe Turgis / France Télévisions

Dinophysis, une micro algue dont on entend parler de temps à autre quand un préfet prend un arrêté d’interdiction de la pêche aux coquillages sur le littoral. Les amateurs pestent et protestent, pourtant, c’est pour leur bien ! Car Dinophysis, lorsqu’il se développe et touche les huitres ou les moules, sauvages ou d’élevage, provoque de sérieuses diarrhées.

Jusqu’à présent on savait peu de choses des phycotoxines, produites par cette algue microscopique, en dehors de sa capacité à rendre sérieusement maladesles humains consommateurs de coquillages.

Deux chercheurs de l’Ifremer à Nantes ont étudié Dinophysis, Philipp Hess, chercheur chimiste et Véronique Séchet, chercheur biologiste. Tous deux ont mis en évidence en collaboration avec des chercheurs à l’UBO (Plouzané) et au Virginia Instsitute of Marine Science (E.U.) que la micro-algue toxique peut aussi endommager les gamètes des coquillages et des larves de poissons qu’elle contamine.

Philipp Hess explique enthousiaste : "Les micro-algues sont des organismes microscopiques et unicellulaires qui produisent la moitié de l’oxygène sur terre par photosynthèse, et sont à la base de la chaine alimentaire". Mais toutes ne sont pas nos amies !

Vomissements chez les humains et diminution de la reproduction chez les huitres

L’étude conduite par Philipp Hess et Véronique Séchet a démontré que Dinophysis n’affligeait pas que les humains de vomissements et gastros sévères, mais qu’elle affecte aussi les premiers stades de vie des coquillages.

La reproduction des huitres se trouve diminuée par sa prolifération. Dinophysis s’attaque aux gamètes de Crassostrea gigas, ainsi qu’aux branchies des poissons, comme les vairons d'estuaire et leurs larves, et peut infliger de lourdes pertes aux conchyliculteurs et aux pêcheurs. "Notre travail essaye de prévoir d’une semaine sur l’autre son apparition, le temps que le professionnel puisse mettre sa récolte en eau claire".

Dans son laboratoire, Véronique Séchet "cultive" Dinophysis dans des éprouvettes. Provoquant de subtiles efflorescences roses. "Nous avons participé à l’étude européenne Coclime, de la Baltique à la mer Noire, et pour la France de la frontière belge pour la Manche et l’Atlantique à la frontière italienne pour la Méditerranée. Compilant les données sur 20 années pour voir comment évolue Dinophysis, et quelles seront les conséquences du changement climatique en cours sur sa reproduction".

Et par conséquent, sur sa capacité à paralyser les productions conchylicoles. 

Véronique Séchet "cultive" Dinophysis, dont on voit les efflorescences roses, dans son laboratoire de l'Ifremer à Nantes
Véronique Séchet "cultive" Dinophysis, dont on voit les efflorescences roses, dans son laboratoire de l'Ifremer à Nantes © Christophe Turgis / France Télévisions

Conséquences sanitaires et économiques

Car, de problème de santé publique, en 1983 l’intoxication de 3300 personnes lors d’une fête locale en Bretagne sud par des moules, avait mis en évidence la toxicité de la micro-algue, Dinophysis devient désormais un problème économique. Comment mytiliculteurs et ostréiculteurs pourront-ils vivre de leur travail si leurs coquillages sont régulièrement contaminés ?

Dinophysis se nourrit de nos rejets en mer, "plus l’agriculture passera au bio, moins nous laisserons partir dans les rivières, les phosphates et les nitrates, et moins dinophysis trouvera de quoi se développer", indique Philipp Hess. 

Si on peut détoxifier les coquillages, la rentabilité de l’opération est loin d’être avérée. "Nous préconisons plutôt la sauvegarde, les coquillages peuvent parfaitement survivre quelques jours sans nourriture".

Philipp Hess de l'Ifremer à Nantes a mis en évidence avec sa collègue Véronique Séchet, la toxicité de la micro-algue Dinophysis pour les huitres et les larves de poissons
Philipp Hess de l'Ifremer à Nantes a mis en évidence avec sa collègue Véronique Séchet, la toxicité de la micro-algue Dinophysis pour les huitres et les larves de poissons © Christophe Turgis / France Télévisions

Changement climatique et Dinophysis

Pour ce qui est du changement climatique et de son influence sur la prolifération de Dinophysis, on sait peu de choses. Véronique Séchet et Philipp Hess dans leur laboratoire nantais ont commencé à envisager comme la micro-algue allait se comporter dans le futur.

Salinité, acidité, température de l’eau différentes, auront nécessairement des conséquences, mais lesquelles ? Dinophysis sera-t-elle un fléau pour la conchyliculture ? Peut-on prévoir ses efflorescences et prévenir ainsi les professionnels de ses possibles inconvénients ?

Dinophysis suit les courbes de températures de la mer, "on la voit apparaitre vers Arcachon en avril, et sur la Manche en août. Si l’apparition de dinophysis était régulière, l’économie conchylicole pourrait s’adapter, mais avec les variations de températures que nous pouvons envisager, et leur imprévisibilité, ce ne sera pas possible".

Faudra-t-il alors construire des bassins à terre, ou les installer au large, là où l’eau est plus claire, pour se protéger de Dinophysis ? La réponse appartiendra aux professionnels. Pour l’instant, les deux chercheurs nantais leurs apportent les éléments, qui leur permettront d’agir dans le futur.

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