Nantes : la guerre aux plastiques du marché de la Petite Hollande est déclarée

Le plus grand marché de l'ouest est aussi une importante fabrique à déchets et certains, comme les plastiques, se retrouvent chaque samedi, pour partie, dans la nature. La Loire toute proche en fait les frais. Associations et élus tentent d'endiguer le problème.

Que faire pour empêcher les sacs plastiques et autres déchets non dégradables produits par le marché de la Petite Hollande de se retrouver dans la Loire ?
Que faire pour empêcher les sacs plastiques et autres déchets non dégradables produits par le marché de la Petite Hollande de se retrouver dans la Loire ? © France Télévisions Olivier Quentin

Il est 13h, le marché de la Petite Hollande, entre le centre-ville de Nantes et la Loire, se prépare à plier ses étals. 

Une centaine de mètres plus loin, à l'entrée de la passerelle Schœlcher qui enjambe le fleuve à cet endroit, une petite dizaine de jeunes s'est rassemblé. Ils écoutent Anne qui donne ses directives, "son plan d'action" dit-elle.

"Le marché va bouger, explique-t-elle au groupe, les camions vont partirça va faire un appel d'air et les déchets vont commencer à voler." 

 

"Il y a 15 jours, ça volait dans le ciel."

D'expérience, Anne sait que c'est le moment critique où le vent de nord-est va pousser les plastiques et polystyrènes vers la Loire. Elle indique aux quelques bénévoles mobilisés ce samedi où se positionner.

Le groupe va s'équiper des pinces à déchets que les services de nettoiement de la ville ont mis gracieusement à sa disposition et se repartit le long de la Loire pour commencer à ramasser sacs, papiers, bouts de plastiques qui se sont accumulés.

 

Anne, bénévole de l'association "Engagement 87", vient le samedi ramasser les plastiques avant qu'ils ne se perdent dans la Loire.
Anne, bénévole de l'association "Engagement 87", vient le samedi ramasser les plastiques avant qu'ils ne se perdent dans la Loire. © France Télévisions Olivier Quentin

 

"Il y a 15 jours se souvient Anne, c'était la pire journée, ça volait dans le ciel. Il n'y avait pas un arbre qui n'en avait pas ! On remplit en moyenne une trentaine de sacs de 100 litres chaque samedi."

L'association Engagement 87 qui mobilise ainsi des bénévoles avec l'aide de Benenova a été créée en 2020 par Sophie Eberhardt.

"L’année dernière, raconte la jeune femme, je suis passée à côté du marché, j’étais choquée par les plastiques qui s’envolaient. Je me suis dit qu’à partir de la semaine suivante je serai là pour les ramasser. Avec d’autres, on passe la journée sur place de 9h à 15h pour ramasser et proposer des choses aux marchands. Mais on ne pourra pas être là indéfiniment ! 

Loin de nier le problème, la ville de Nantes et la Métropole ont commencé à s'y atteler.

 

Des kits corbeilles distribués

Depuis trois semaines, des élus et l'association "Les Connexions" sillonnent le marché de la Petite Hollande pour distribuer des "kits corbeilles", des arceaux que les marchands fixent à leur étal et auxquels sont accrochés des sacs poubelles. Ils y déposent leurs déchets pendant le marché, et le public est invité à en faire autant.

Sur les 250 à 280 commerçants du marché, 80 % (les abonnés) devraient en être équipés. 

 

Les "kits corbeilles" distribués aux commerçants par ville de Nantes et la Métropole.
Les "kits corbeilles" distribués aux commerçants par ville de Nantes et la Métropole. © France Télévisions Olivier Quentin

 

"Il y a des ajustements à faire, reconnaît Hervé Fournier, conseiller municipal de Nantes en charge des marchés. Il faut aussi que les consommateurs jouent le jeu et utilisent leurs propres sacs. Il faut qu'ils acceptent aussi de passer par des sacs en papier."

Mohamed Lasri est installé près d'une des entrées du marché. Son étal contribue à baigner la place de parfums exotiques. Il n'a pas encore été équipé du "kit corbeille" mais il soutient cette démarche.

"Il faut habituer les gens à se passer de sacs", dit-il.

Il propose d'ailleurs des sacs en papiers à ses clients mais dispose aussi de sacs dits "biodégradables" car les sacs plastiques à usage unique, faut-il le rappeler, sont censés être interdits depuis la loi de 2016. Les sacs dits biodégradables ou aussi "bio-sourcés" ne s'éliminent pas si facilement dans la nature.

"Il y a des produits qu'on ne peut pas mettre dans des sacs papiers, reconnaît Mohamed, comme les figues, les dattes, les pruneaux."

 

"Il faut habituer les gens à se passer de sacs" Mohamed Lasri
"Il faut habituer les gens à se passer de sacs" Mohamed Lasri © France Télévisions Olivier Quentin

 

Etonnant : ce marchand nous explique qu'il se procure des rouleaux de sacs plastiques "biodégradables" auprès de vendeurs qui viennent lui en proposer sur le marché.

Il y a donc encore beaucoup à faire pour régler ce problème de déchets et si le marché de la Petite Hollande, le plus grand de l'ouest, est emblématique, il n'est pas le seul concerné. 

"Je discute avec les maires d'autres villes de la métropole, explique Mahel Coppey, vice Présidente de Nantes Métropole en charge des déchets. Toutes les communes ont envie de changer les pratiques."

On pense éventuellement à mettre en place un groupe de travail intercommunal.

 

Des enclos inadaptés

"Les moyens mis par la ville sont insuffisants, estime Sophie Eberhardt. Il faut empêcher que ça s’envole. Le système d’enclos mis en place est ouvert à tous les vents !"

Les enclos, ce sont ces lieux fermés par des barrières où les commerçants sont censés venir déposer leurs déchets. Mais, effectivement, le vent s'y engouffre et les déchets les plus légers s'envolent.

 

Les enclos à déchets placés aux abords du marché laissent s'envoler les déchets.
Les enclos à déchets placés aux abords du marché laissent s'envoler les déchets. © France Télévisions Olivier Quentin

 

"Les polystyrènes des poissonniers, c’est une horreur, s'insurge Sophie Eberhardt. On en retrouve jusque dans le square Davier. Il faut plus de points de collecte et les fermer."

L'amélioration de ces points d'apport est en cours de réflexion nous dit Mahel Coppey. "Cela va servir au réaménagement de la place prévu pour 2024." assure-t-elle.

En attendant, les bénévoles de l'association "Engagement 87" demandent que plus de moyens soient donnés au nettoyage. 

"On ne va pas rester sur place sur nos samedis. On ne peut pas se substituer au service public !" disent-ils.

 

 

 

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