Nantes : les agriculteurs à la rencontre des consommateurs pour réclamer un "juste prix"

60 agriculteurs se sont invités, ce vendredi matin 26 mars, devant l'entrée principale de l'hyper Leclerc Atlantis de Nantes. Une rencontre avec les consommateurs et une vente de produits "au juste prix".

Une soixantaine d'agriculteurs devant l'entrée du Leclerc Paridis de Nantes pour réclamer "un juste prix"
Une soixantaine d'agriculteurs devant l'entrée du Leclerc Paridis de Nantes pour réclamer "un juste prix" © Vincent Raynal/France Télévisions

Une soixantaine de producteurs, notamment de lait et d'oeufs, se sont retrouvés, à l’appel FNSEA et des Jeunes Agriculeurs 44 devant la porte principale de Leclerc Atlantis à Nantes. Objectif : aller à la rencontre des consommateurs. Sur place, ils vendent des produits "au juste prix". Exemple, aujourd'hui, pour une boite de 6 œufs, vendue 1, 90 euros en grande surface, seulement 0,58 euros HT reviennent à l'agriculteur.

Si les producteurs ont choisi cet hyper de l'agglomération, ce n'est pas par hasard.  Pour eux "l’enseigne Leclerc est particulièrement mauvaise élève en la matière et ne respecte pas la loi Egalim ".

"L'ensemble de la famille de la grande distribution est responsable. Leclerc dans le domaine est loin d'être vertueux. Quand je vois qu'il communique sur 21 repas pour 21 euros. A ce tarif je pose la question sur le type de produits que l'ond vend aux consommateurs", constate Mickaël Trichet, président de la FNSEA 44

Ils demandent à "l’état de prendre des sanctions pour contraindre le géant de la distribution à respecter la loi".

"La loi Egalim n'a pas servi à rien. elle a montré la direction. La grande distribution et les industriels n'ont pas oeuvré pour que l'argent revienne aux producteurs. Aujourd'hui on a une problématique, c'est que les coûts de production ne pas suffisamment intégrés. Le prix payé aux producteurs est insuffisant. Il y a des charges qui augmentent et les agriculteurs n'ont pas la capacité d'absorber ces hausses", explique Mickaël Trrichet, président de la FDSEA 44.

C'est un peu le jeu du chat et de la souris. Les états généraux de l'alimentation avec l'encadrement du prix devait encadrer ça. Chaque opérateur devait contractualiser, marquer, prendre en considération les coûts de production. ce n'est pas de manière suffisante. C'est là que ce n'est pas normal. On a une régle, on a un gendarme qu'est l'Etat. Le gendarme faut qu'il renforce les choses pour que les règles soient appliquées par la grande distribution et les entreprises qui transforment nos produits

Mickaël Trichet, président de la FNSEA 44

"C'est l'agriculteur qui sert de variable d'ajustement entre tous. Et ça c'est plus possible" explique une jeune productrice de lait insatllé depuis 2008. Elle dit ne plus avoir de projets d'avenir. "Nous ce que l'on veut savoir c'est qui prend quoi entre tous les intermédiaires? Il nous faut au minimium 0,40 euros du litre au départ de notre ferme. Ça, ce serait le prix juste! Celui qui nous permettrait de nous rémunérer, de réinvestir dans l'exploitation. C'est un dossier que nous défendons aussi pour l'installation des futurs jeunes agriculteurs. Il y aura énormément de départs à la retraite d'ici 5 à 10 ans. Si la construction du prix reste en l'état, on arrivera pas à installer la relève", ajoute Aurélie Michel.

Une action en écho aux propositions faites par Serge Papin, ex PDG de Système U, au gouvernement.


 

Un rapport qui appelle à une nouvelle loi

La prise en compte du coût des matières premières agricoles doit devenir "non négociable" dans la fixation des prix entre agriculteurs, industriels et distributeurs, plaide l'ancien patron de Système U Serge Papin dans un rapport qui appelle à une nouvelle loi.

Il faut "mettre en place les conditions d'un sursaut collectif", écrit Serge Papin dans ce rapport à destination de Julien Denormandie et Agnès Pannier-Runacher, respectivement ministre de l'Agriculture et ministre déléguée à l'Industrie.

Sa principale recommandation, après avoir auditionné "plus de soixante parties prenantes", consiste à rendre obligatoire la signature d'un contrat pluriannuel entre l'agriculteur et l'industriel qui va transformer ses produits (entreprise
de meunerie, boulangerie, charcuterie...)

Ce contrat doit être établi sur la base d'"indicateurs de prix de référence" pour tenir compte des coûts de production. Il doit aussi prévoir "des clauses mécaniques d'indexation du prix basées sur la hausse ou la baisse des intrants (engrais, aliment
du bétail, carburant...) qui ont un impact sur le prix de la matière première agricole".

En aval, au moment de la négociation entre l'industriel et la distribution, "la quote-part du prix de la matière première agricole doit figurer comme un élément non négociable", estime l'ancien patron de la grade distribution. 

Aujourd'hui, de facto, le prix des denrées alimentaires est fixé par les négociations entre les distributeurs et les industriels, indépendamment de ce que les agriculteurs demandent, conduisant nombre d'entre eux à vendre à perte, en particulier dans l'élevage.

"Les plus forts et les mieux organisés, en l'occurrence la grande distribution et les grandes entreprises, sont les gagnants du système actuel", relève Serge Päpin, tandis que "les agriculteurs, moins bien organisés et moins bien équipés pour la négociation, sont le maillon faible de la filière".
  

 "Jeu mortifère" 
    

Serge Papin, qui en fait une question de "souveraineté alimentaire de la France", avait été missionné début octobre pour trouver les moyens d'"aller plus loin" que la loi Alimentation (ou Egalim), votée en 2018 et qui n'avait pas tenu ses promesses de rééquilibrer le rapport de forces au bénéfice des agriculteurs.

Il juge "probable que cette recommandation phare nécessite de repasser par la loi" et estime qu'"il faut tenter d'aller vite car les attentes sont élevées".
 

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