Nouvelle gare de Nantes : le coup de colère d'une restauratrice

Alors que les commerces attendent impatiemment une autorisation de rouvrir, une restauratice de Nantes a piqué un coup de colère ce vendredi après avoir traversé la nouvelle passerelle de la gare. Elle y a croisé des personnes attablées. 

Des tables accessibles au public dans la gare de Nantes alors qu'à l'extérieur, les salles des restaurants doivent rester fermées. Sandra ne comprend pas.
Des tables accessibles au public dans la gare de Nantes alors qu'à l'extérieur, les salles des restaurants doivent rester fermées. Sandra ne comprend pas. © France Télévisions Olivier Quentin
Dans une vidéo qu'elle a partagée, Sandra est en pleurs, elle vient de traverser la mezzanine toute neuve de la gare de Nantes qui enjambe les voies et elle y a vu des gens attablés, discutant le masque sous le menton ou d'autre assis et mangeant un sandwich.

Sur son site, la Ville vante ce nouvel espace, superbe, aux allures d'aérogare : "Travailler, lire, pique-niquer en famille ou admirer la vue sur les toits de Nantes, dit l'article. La mezzanine offre 220 places assises aux usagers."

Sandra, gérante de la brasserie O Bistro Quai qui fait face à la gare, en pleurait ce vendredi.
 

"des gens assis qui boivent un café, à même pas un mètre de distance."

"Avant de prendre mon service, nous a-t-elle raconté, je suis allée voir la nouvelle gare. Et là, je vois des gens assis qui mangent des sandwiches, boivent un café, à même pas un mètre de distance."

Sandra qui, pour tenter de sauver son restaurant fait de la vente à emporter, ne comprend pas comment c'est possible de voir, en face de son établissement fermé, cette possibilité d'acheter de la nourriture et de s'assoir pour la consommer. 
 
Mardi, ces échoppes dans la mezzanine de la gare vont ouvrir. "Qu'est-ce qui empêchera les gens d'aller y acheter de quoi manger et de s'attabler ?" demande la restauratrice en colère.
Mardi, ces échoppes dans la mezzanine de la gare vont ouvrir. "Qu'est-ce qui empêchera les gens d'aller y acheter de quoi manger et de s'attabler ?" demande la restauratrice en colère. © France Télévisions Olivier Quentin

Il y a quelques jours, témoigne Sandra, les policiers lui ont fait retirer une table qu'elle avait posée devant l'entrée de son établissement pour y servir les plats à emporter, au prétexte que cela pouvait favoriser un attroupement et là, dans cette mezzanine de la gare, elle en voit des tables, disponibles, et occupées ! 

"On ferme nos librairies, ajoute Sandra, et on ouvre à la gare une librairie en libre service !"

Sandra ne comprend pas pourquoi la loi ne s'applique pas pour tous de la même manière. Elle voudrait que ces tables soient condamnées, au moins en attendant que les restaurants puissent rouvrir. "Nous , on se fait ch... à faire de la vente à emporter, s'énerve Sandra, et on voit en face de chez nous  des gens qui s'assoient par six ou huit. Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde. A la gare, on m'a répondu que c'était un domaine public et qu'on ne pouvait pas empêcher les gens de faire ce qu'ils veulent."
 

"Cette nouvelle gare va finir de nous tuer"

Sandra était pourtant heureuse de voir cette nouvelle gare ouvrir, espérant que ça allait attirer du monde. Elle déchante. "Cette nouvelle gare va finir de nous tuer, dit-elle, les gens vont aller y manger, ils ne viendront plus chercher des plats à emporter chez nous."

Olivia Delezinier est la fondatrice d'une association "Solidarité Restos Nantais" qui fédère de nombreux restaurants nantais depuis le début de la crise sanitaire, à l'origine de plusieurs initiatives en faveur notamment des personnels soignants.

"La gare est magnifique, reconnaît-elle, c'est pas le sujet, on ne veut pas fermer tous les lieux où les gens peuvent se reposer, mais en ce moment tout se mélange. Les gens ne comprennent pas pourquoi on ferme des établissements et on autorise des gens à s'installer sur des chaises où il n'y a pas de distanciation. Certains restaurateurs ont investi des sommes astronomiques pour pouvoir rouvrir. On leur a dit de fermer. Et dans la sixième gare de France, il n'y a aucun contrôle, aucune distanciation. Ils n'ont qu'à condamner ces tables avec des films plastiques ou alors on rouvre les restaurants !"

Interrogée à ce sujet, la SNCF explique que le port du masque est obligatoire dans la gare mais que lors d'un voyage, il est autorisé de déjeuner "rapidement" et en respectant les règles de distanciation. "Nos agent sont très vigilants" nous a-t-on déclaré.

Il n'est pas certain que cette précision conviendra aux restaurateurs dont la réouverture n'est pas à l'ordre du jour.
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
confinement santé société coronavirus/covid-19 sncf économie transports