Tous à l'usine, histoires d’ouvriers volontaires : 3 questions à Lise Baron la réalisatrice

© What'up productions
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Longtemps l’historiographie de Mai 68 a posé la question : y’a t-il eu "jonction" entre les étudiants et les ouvriers ou au contraire "rendez-vous manqué". C'est à cette question qu'Elise Baron la réalisatrice du documentaire a tenté de répondre.

Par Claude Bouchet

Pour votre premier film, vous avez choisi un sujet méconnu et assez surprenant. Comment avez-vous découvert le mouvement des établis ?

C’est un peu honteux, je n’ai pris connaissance du phénomène de l’établissement qu'en décembre 2016 en écoutant une émission de France Inter consacrée à Robert Linhart, auteur de l’ouvrage « L’établi », roman merveilleux et en même temps terrible dans lequel il raconte son expérience de l’établissement.  Il fait, notamment, la critique de la façon dont sont traités les ouvriers par la hiérarchie….mais il parle aussi de la manière dont les ouvriers sont perçus par la société, y compris par des gens très bien intentionnés à leur égard.

Ce livre et cette expérience m’ont vraiment interpellée car étant moi-même issus d’une classe plutôt privilégiée, et ayant une profession dite « intellectuelle » je ne cesse de me demander comment agir, notamment pour défendre les droits de ceux qui vivent de façon bien plus précaire que moi. La proposition d’aller lutter auprès des ouvriers, au sein des usines, avait donc le mérite, au moins sur le papier, de permettre de passer à l’action.


Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans le témoignage, le tournage avec ces anciens établis ?

D’abord, cela a été des rencontres formidables. On n’a pas tous les jours l’occasion de pouvoir discuter longuement avec des personnes de cette trempe, qui ont tenté quelque chose de radical et qui en même temps, analysent très bien après coup les limites de leur expérience, sans renier leur engagement. Mon chef opérateur Timo Ebermann et moi avons passé une journée avec chacun d’eux, c’était une véritable chance. Et puis, c’était aussi extrêmement intéressant de voir les différences flagrantes qui existent entre toutes leurs expériences. Ce qui laisse à penser qu’il ne faut pas hésiter à s’engager car on vient aussi avec ce que l’on est. On apportera toujours quelque chose de différent et donc quelque chose de potentiellement intéressant.


Quel héritage retient-on de ce mouvement ? Pensez-vous qu’aujourd’hui ce type de mouvement pourrait exister ?

Difficile pour moi de dire ce que l’on peut retenir de tout cela. Pour ma part, je ressors de ce film avec encore plus de questions qu’avant, Ce mouvement raisonne avec aujourd’hui, car à l’évidence, certains aspects de ce combat sont encore cruellement d’actualité.  Les établis ont tenté quelque chose,  ont posé par là certaines questions fondamentales sur le politique et l’action politique sans y apporter forcément de réponse définitives. Les solutions sont donc encore à trouver mais il ne faut pas être défaitiste, plutôt continuer à réfléchir avec ces éléments là.

Plusieurs personnes m’ont dit que des jeunes aujourd’hui tentent ce type d’expérience mais je n’en ai pas (encore!) rencontré. Je pense, comme le dit un des personnages du film, que ce doit être extrêmement enrichissant de ne pas rester dans son confort, dans l'entre-soi, notamment pour faire tomber un certain nombre de préjugés. Je crois en tout cas que ce que l’on peut retenir de l’établissement, c’est cette volonté d’aller au devant de l’autre, de se sentir concerner par ce qui arrivent aux autres. Aujourd’hui particulièrement, cela me semble important.


Enfin peux-tu nous donner 2 bonnes raisons de voir ton premier film ?

Pour les personnages ! Leur engagement, leur sincérité, leur intelligence, leur humour et l’émotion qu’ils dégagent. Et pour continuer de réfléchir, sans idée toute faite, aux combats politiques à mener

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