Pays de la Loire : les métiers manuels, parfois de vraies passions et pas assez de candidats

Des postes à prendre mais pas assez de candidatures, les métiers manuels en tension sont nombreux. / © France Télévisions Olivier Quentin
Des postes à prendre mais pas assez de candidatures, les métiers manuels en tension sont nombreux. / © France Télévisions Olivier Quentin

Ils sont toujours aussi peu valorisés et pourtant les métiers manuels sont souvent des filières pourvoyeuses d'emplois. Les postes sont là mais les candidats trop peu nombreux. En Pays de la Loire comme au niveau national, les artisans peinent à tenir leurs objectifs faute de mains d'œuvre.

Par Olivier Quentin

"On organise notre activité avec ce que l’on a, on n’a pas de temps à passer à chercher un candidat pour renforcer l'équipe !"

Un témoignage d'artisan comme on en entend souvent à la Chambre des métiers. 

Ce que confirme Philippe Barrier. Il est conseiller en gestion d'entreprises à Thouaré-sur-Loire, en Loire-Atlantique. "Ce que je vois, ce sont des chefs d’entreprise débordés. Ils font des heures et des heures et pour finir parfois par dire non à un client".

Philippe Barrier préside "Thouaré Dynamic", un réseau d'entreprises locales créé pour valoriser le tissu économique et le faire connaître aux Thouaréens. Le 9 novembre dernier, l'association a organisé une journée de présentation et de démonstration des métiers manuels. 

"On est parti du constat que nos artisans ont du mal à trouver de la main d'œuvre. Il y avait déjà des forums pour l'emploi, on s'est dit qu'on allait faire connaître les métiers pour montrer aux parents qu'il y a de beaux métiers et qu'on peut trouver du travail rapidement."

Les organisateurs, dans cette petite commune proche de Nantes, espéraient 150 à 200 visiteurs pour cette journée. A la fermeture, ils étaient 528 à être passés par les stands. Succès donc.
 

"Il faut qu'ils arrêtent de chercher le mouton à cinq pattes"

"Pourtant les métiers ont changé, mais c'est ancré dans les idées que ce sont des métiers pénibles" se désole Philippe Barrier. Il reconnaît cependant que les employeurs ont parfois creusé leur propre trou.

"Certains ont trop tiré sur la corde et ont exploité leurs employés. Il faut aussi qu'ils arrêtent de chercher le mouton à cinq pattes, le couteau suisse qu'on ne payera pas à la hauteur de ses compétences."

Un point de vue que partage Jean-Claude Jagu. Le patron de la boucherie-charcuterie Jagu de Pontchâteau n'a aucun mal dit-il à trouver des employés, . Il sait comment chercher et séduire.

"On fait beaucoup parler de nous sur notre page Facebook raconte-t-il. Quand je veux embaucher,  je fais une vidéo du métier concerné, de ce qu'on fait, de l'équipe. Dernièrement, j’ai fait une vidéo pour trouver un charcutier-traiteur. On a mis le post le mercredi matin à 7h. A 9h, j’avais un candidat qui est venu se présenter. On a fait un entretien à 17h. Le samedi, il donnait sa démission de son employeur précédent, une grande surface. »
 

"Avec le SMIC, il ne restera pas"

Jean-Claude est convaincu que les artisans doivent faire quelques efforts pour attirer les jeunes. "Si vous voulez un employé compétent et concerné, dit-il, avec le SMIC, il ne restera pas !". 

Et d'ajouter : "L'humilité, c’est ce qui manque aux patrons dans le métier. On a un métier qui s’est embourgeoisé".
Pour attirer des candidatures, Jean-Claude Jagu communique sur sa page FB sur la bonne ambiance dans son équipe. / © Jean-Claude Jagu
Pour attirer des candidatures, Jean-Claude Jagu communique sur sa page FB sur la bonne ambiance dans son équipe. / © Jean-Claude Jagu
Quand aux conditions de travail, plus question d'imaginer imposer tout et n'importe quoi. "Ici, précise-t-il, les employés bossent un dimanche par mois, pas plus".

En permanence, trois apprentis sont en formation dans ce commerce qui emploie neuf personnes.

"A part les bouchers où les boulangers, on ne voit plus de métiers manuels dans les centre-villes, regrette Philippe Barrier, le président de "Thouaré Dynamic", on les a parqués dans des zones d’activité."

Mais il reconnaît que l'apprentissage bénéficie aujourd'hui d'une meilleure promotion. "On a recommencé à valoriser cette filière, c'est bien".
 

Des maîtres d'apprentissage qui manquent eux-mêmes de formation

Laurence Marais est développeur de l'apprentissage à l'Université Régionale des Métiers de l'Artisanat dans la Sarthe. Elle a pour mission d'aller chercher des contrats d'apprentissage dans les entreprises et de recevoir les jeunes au début de leur projet. Elle met ensuite les deux en relation.

Elle constate des deux côtés des difficultés à faire vivre ces métiers.

Des jeunes que les contraintes d'horaires et de week-ends travaillés rebutent. Et des patrons qui ne font pas l'effort de recruter, mais en ont-il les moyens ? Le contexte économique n'est pas toujours favorable.

"Quand un charcutier de Mamers cherche un apprenti, c'est difficile. Un jeune qui sort de 3e n'a pas la mobilité nécessaire" explique Laurence Marais.  

Et puis, reconnaît-elle : "Les méthodes RH sont un peu archaïques dans l'alimentaire. Les maîtres d'apprentissage manquent de formation pour transmettre leur savoir-faire. Les jeunes, si on ne les accompagne pas, si on ne leur parle pas bien, ils ne viennent pas."

Le métier de charcutier par exemple ne fait pas rêver, constate Laurence Marais. "Vous avez déjà vu une émission de télé qui met en avant ce métier ?"
Les métiers de la restauration sont parmi ceux qui peinent le plus à recruter. / © Maxppp
Les métiers de la restauration sont parmi ceux qui peinent le plus à recruter. / © Maxppp
A la chambre des métiers des Pays de la Loire, on confirme toujours un manque d'intérêt pour les métiers de l'alimentation : boucher, charcutier, poissonnier. 

Même chose dans le bâtiment pour le gros œuvre, terrassier, maçon ou le second œuvre, peintre. 

"Les métiers de serveur ou de cuisinier sont sinistrés" se désole-t-on.

Quant à la mécanique, c'est cyclique, en ce moment, il y aurait un certain regain d'intérêt.
Les métiers liés à la construction n'ont pas la cote et pourtant il y a des emplois à prendre. / © France Télévisions Olivier Quentin
Les métiers liés à la construction n'ont pas la cote et pourtant il y a des emplois à prendre. / © France Télévisions Olivier Quentin

Est-ce que Céline Bouriaud-Lemesle considère son métier comme un métier manuel ? Pas sûr. Pourtant, c'est bien avec ses mains qu'elle fabrique ses bijoux de plume et de cuir.

La créatrice de Lady Amherst s'est fait un nom dans l'univers de la bijouterie. Installée dans le centre historique de Laval, Céline n'avait pourtant pas pris la filière des métiers manuels. Juriste de formation, elle s'était spécialisée dans la protection du littoral.

"Je cherchais quelque-chose qui avait un peu de sens, raconte-t-elle. J’ai commencé à fabriquer des bijoux en plume. Un copain ébéniste à qui j’ai commandé un présentoir l’a exposé dans un salon professionnel à Paris et mes bijoux ont été repérés. Notamment par le musée du quai Branly."
 

"Les métiers manuels permettent d’acquérir vite une indépendance"

Et depuis, ses créations séduisent de plus en plus de femmes. Lancée sous la forme d'une micro-entreprise en 2015, "Lady Amherst" (du nom d'une variété de faisan) est maintenant une société qui tourne bien.

"Faire de longues études, c’est super reconnaît Céline, mais les métiers manuels permettent d’acquérir vite une indépendance."
Céline Bouriaud Lemesle avait d'abord fait du droit avant de se lancer dans la création de bijoux. / © Lady Amherst
Céline Bouriaud Lemesle avait d'abord fait du droit avant de se lancer dans la création de bijoux. / © Lady Amherst
Mais ce ne fut pas tous les jours rose, avoue-t-elle : "Le côté artistique demande du temps si on veut faire de belles choses. C’est une démarche très intérieure et puis il y a le business. On est sans arrêt dans cette dichotomie." 

La meilleure des qualités ? 

"La ténacité répond-elle sans hésiter. Jamais rien lâcher. Tomber, se relever et dire : là, j’ai appris. Toujours voir derrière la montagne. Y croire."

Céline pense qu'il y a de la place pour tout le monde. "Même si ceux qui vont dans les métiers artistiques sont souvent en galère" avoue-t-elle.
 

Raphaël rêve d'ouvrir son salon de thé

On peut souvent trouver un côté artistique dans les métiers manuels. C'est le cas pour Raphaël Vigneron. Il a intégré le lycée hôtelier Sainte-Anne de Saint-Nazaire pour y suivre une filière qui le mènera à devenir pâtissier.

"Mon père aime bien cuisiner et j'aimais cuisiner avec lui, explique Raphaël. En 3ème, j'avais fait un stage au restaurant l'Atlantide. Je me suis renseigné et j'ai trouvé le lycée Sainte-Anne de Saint-Nazaire. J'ai tout de suite été dans cette optique de faire de la pâtisserie." 

Ses parents l'ont soutenu dans ce choix même si son collège était plus réticent. Raphaël avait de bonnes notes, on le voyait plus suivre la fillière générale.
Raphaël a obtenu avec son camarade Benjamin le premier prix étudiant du salon du Croisic avec cette création sur le thème de "Tintin". / © R.Vigneron
Raphaël a obtenu avec son camarade Benjamin le premier prix étudiant du salon du Croisic avec cette création sur le thème de "Tintin". / © R.Vigneron
"C'est en train de bouger, s'enthousiasme Raphaël. Grâce aux réseaux sociaux, Instagram, la pâtisserie explose, on montre qu'on fait des choses magnifiques." Il a d'ailleurs créé son compte @raphael_vigneron pour exposer ses créations.

Certes, il faut se lever tôt, "On peut faire 40 à 45h par semaine dans la vie active" prévient Raphaël. Quant à la rémunération, "au début, c'est pas énorme" constate-t-il.

Mais il a une idée plus précise de son avenir maintenant. Après un premier CAP de pâtisserie, il prépare maintenant un CAP de chocolaterie et veut poursuivre avec un brevet technique qui lui permettra de se perfectionner. 

"J'aimerais bien bouger, aller dans d'autres pays pour voir les autres cultures, rencontrer des personnes qui pourront m'apprendre d'autres façons de faire."

Son ambition : ouvrir une pâtisserie-salon de thé où il servira des "produits nobles" comme il dit, qui ne viennent pas de l'autre bout du monde. Il aimerait minimiser le sucre et les matières grasses et faire savoir aux clients ce qu'ils mangent.

On salive déjà !






 

L'artisanat en Pays de la Loire

En 2018, il y avait 65 914 entreprises artisanales en Pays de la Loire principalement dans la construction et l'alimentation.

134 356 emplois

13179 apprentis. Près d'un apprenti sur deux est dans l'artisanat.

Chiffres Chambre des Métiers et de l'Artisanat des Pays de la Loire

Votre enfant veut s'essayer dans les métiers manuels ? Une solution : l'association L'outil en Main. Pour tester ses capacités dans neufs familles de métiers différents, cuir, bâtiment, goût, environnement...

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