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L'Abandon des prétentions : la sensation littéraire signée Blandine Rinkel chez Fayard

Blandine Rinkel, auteure de "L'abandon des prétentions" / © Richard Dumas
Blandine Rinkel, auteure de "L'abandon des prétentions" / © Richard Dumas

J'aurais pu présenter Blandine Rinkel comme une Nantaise mais elle est originaire de Rezé, la nuance est mince pour qui n'habite pas la capitale ligérienne, elle est pourtant essentielle, son livre est le portrait d'une femme sans prétention, sa mère, dans une ville sans ambition, Rezé.

Par Eric Guillaud

Les Nantais vont être confortés dans leurs certitudes, les Rezéens, peut-être un peu plus froissés. Pourtant, tout le monde l'admet, Rezé n'est pas Nantes, même - et surtout - vu d'ici. Cette ville de banlieue de près de 40 000 habitants, tout de même, longtemps ignorée du Nanto-Nantais moyen, maintenue à bonne distance par la Loire, est le décor du premier roman de Blandine Rinkel.

Une ville dont on ne tire ni fierté ni rancoeur, un terrain ambigu, un espace équivoque où les vies ne semblent jamais pouvoir être tout à fait ratées, ni tout à fait réussies (extrait)


Cet "espace équivoque" est le décor du roman mais pas le sujet principal même si l'ombre de la ville plane tout au long ce ses 240 pages. "L'Abandon des prétentions" est d'abord le portrait d'une femme, Jeanine, qui n'est autre que la mère de Blandine Rinkel. Et le fait qu'elle habite Rezé est "une donnée expliquant son appréhension du réel, précision éclairant la position discrète qu'elle même s'octroie dans la société".
Les Inrocks, Libé, Télérama... une presse élogieuse / © éric guillaud
Les Inrocks, Libé, Télérama... une presse élogieuse / © éric guillaud
Avec la distance d'une romancière qui lui fait écrire "Jeanine" plus souvent que "ma mère" et "son ancien époux" plutôt que "mon père", Blandine Rinkel raconte la vie d'une femme qui a choisi une certaine liberté en abandonnant toutes formes de prétentions. Jeanine est de fait une femme ordinaire, retraitée de l'Éducation nationale, qui habite un pavillon trop grand pour elle, dans une impasse rezéenne. Une femme plutôt discrète, généreuse, modeste et naïve, très naïve, ce qui lui vaudra quelques déboires. 

Contre la tyrannie des ambitions, elle a préféré affiner sa part sensible : plutôt que les dîners à plusieurs, elle choisissait les tête-à-tête, au champagne qui frappe préférant le cidre doux... (extrait)
 

Trop gentille Jeanine ? Sûrement. Le portrait de Blandine n'est pas toujours tendre, il est même parfois ironique, voire cynique, notamment lorsqu'il s'agit d'énumérer les rencontres de sa mère, ici un exilé syrien, là une Espagnole ayant fui le franquisme, là encore une femme battue, un repris de justice ou une camionneuse nymphomane. Des rencontres qui passent toujours par la cuisine - rose - de Jeanine autour de quelques crêpes et d'une bolée de cidre. Et se terminent généralement en impasse ! Jeanine aime les gens, surtout les accidentés de la vie, ils en profitent parfois.

A présent persuadée de sa vanité fondamentale, Jeanine aime qu'on lui redonne, pour un temps, un sentiment d'utilité ; d'où son attrait magnétique pour l'écoute des personnes en difficulté, de quelque nationalité soient-elles... (extrait)
 

Qu'importe si Jeanine est au final déçue, ces rencontres remplissent aisément sa vie. Est-ce une vie réussie ? Mais qu'est-ce qu'une vie réussie ? C'est la question qui trône en bonne position sur le réfrigérateur de Jeanine, sur un Post-it. C'est aussi l'une des questions que pose ce livre de Blandine Rinkel.

À 25 ans, l'auteure signe ici un premier livre que la presse spécialisée et généraliste encense dans un même élan d'enthousiasme, certains journalistes prédisant à Blandine Rinkel un bel avenir dans la littérature. Le début d'une vie réussie ?

Réponse lundi 6 février, Blandine Rinkel sera l'invitée de l'émission 9h50 le Matin. Elle sera également en dédicaces le même jour à 17h30 à la librairie Durance à Nantes
 

 

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