Rezé : agressions sexuelles à l'école, des parents appelaient à manifester samedi

L'école Chêne Creux à Rezé où travaillait l'animateur soupçonné d'agressions sexuelles aggravées sur mineurs / © Céline Dupeyrat France3 Payx de la Loire
L'école Chêne Creux à Rezé où travaillait l'animateur soupçonné d'agressions sexuelles aggravées sur mineurs / © Céline Dupeyrat France3 Payx de la Loire

L'affaire remonte au mois de mars dernier. Un animateur périscolaire de l'école Chêne Creux à Rezé était mis en examen pour agressions sexuelles aggravées sur mineurs. Depuis, les parents des présumées petites victimes déplorent le silence et la solitude qui les entourent.

Par Sandrine Gadet avec Eléonore Duplay

Ce samedi une vingtaine de parents se sont rassemblés sur le rond-point face à la clinique Confluent au sud de Nantes à la limite de Rezé.

Munis de pancartes ils ont distribué aux automobilistes des tracts demandant à la Ville de Rezé de briser l'omerta : "Le silence tue, l'indifférence tue!"
 
Les parents manifestaient pour dénoncer ce qu'ils ont appelé l'omerta de la ville de Rezé sur cette affaire. / © France Télévisions Eléonore Duplay
Les parents manifestaient pour dénoncer ce qu'ils ont appelé l'omerta de la ville de Rezé sur cette affaire. / © France Télévisions Eléonore Duplay
Des parents témoignent également que des pratiques malsaines continuent d'avoir lieu dans cette école de Rezé mais cette fois-ci entre enfants.

Ce serait selon ces parents des gestes induits par le comportement de cet animateur mis en examen.
 

Un collectif « Les voix de nos enfants »


Les enfants ont mis du temps à parler, à se livrer.

Pour la fille de Julie*, les stigmates du traumatisme ne sont apparus que trois mois après les faits.
Agée de trois ans, la petite est actuellement suivie par une psychologue de « L’île à Hélices » un centre médico-psychologique.
Lionel* lui, a opté pour une thérapie familiale dans le privé, une vingtaine de séances. Nécessaire pour savoir exactement ce que sa fille de 6 ans avait vu ou subi.

Huit familles ont porté plainte contre l’animateur périscolaire qui travaillait dans l’école de leurs enfants, Le Chêne Creux à Rezé. En mars dernier, l’homme de 55 ans a été mis en examen puis placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de circuler à Rezé. Motif : « agressions sexuelles aggravées sur mineurs ».

Ces familles ont aussi créé un collectif « Les voix de nos enfants » en réaction disent-elles à l’inertie de l’institution. En premier lieu la mairie.

"On aurait aimé être soutenu"

Selon ce collectif, les parents des petites victimes présumées, comme leurs enfants d'ailleurs, n’ont pas reçu le soutien attendu de la part de l’employeur de cet animateur périscolaire.

Ils jugent pour le moins légères les dispositions mises en place pour neutraliser un homme qui avait déjà sévi dans une autre école de Rezé.

"Il y avait eu un premier signalement à la rentrée 2018 à l’école Ouche-Dinier, et qu’est-ce que la mairie a fait ? Elle a juste déplacé l’animateur dans une autre école sans prendre la mesure de ses actes. Ensuite lorsque l’affaire a éclaté la mairie a décidé de se porter partie civile. Avant cela, elle aurait dû nous aider, nous soutenir, or ça n’a pas été le cas" raconte Lionel.

Pourtant la mairie n’est pas restée inactive assure un communiqué de la ville reçu ce vendredi 27 septembre. (NDLR : nous avons tenté de joindre le maire Gérard Allard, mais en raison du conseil municipal qui se déroule ce soir, le délai imparti pour nous accorder une interview était trop court)

" Dès le 21 mars, la Ville a ouvert une permanence d’écoute téléphonique dédiée et une permanence d’accueil physique. Le tout a été rapidement complété par la proposition de mise en place de groupes de paroles destinés aux parents. La Ville a également répondu à la demande des représentants de parents d’élèves d’organiser l’intervention de psychologues sur le temps périscolaire fin avril.
Les permanences psychologiques proposées par la Ville se sont arrêtées faute de demande de la part des familles. La Ville a proposé au collectif de travailler ensemble aux réponses à apporter aux attentes des familles. L’invitation est restée sans réponse à ce jour. Entretemps la Ville a fait le choix d’élaborer avec l’ensemble de la communauté éducative un plan d’actions visant à lutter contre les faits d’atteinte à l’intégrité physique et/ou morale des mineurs, déployé dès cette rentrée".


Pour Lionel, Julie, ou Marc, la permanence téléphonique évoquée plus haut a été mise en place plus d'un mois après les premières plaintes et n'était pas adaptée aux requêtes des parents.
Si ils attestent qu’une psychologue a été effectivement dépêchée au sein de l’école à la fin de l’année scolaire, "elle n’est jamais venue vers nous, les parents des enfants concernés. Moi elle ne m‘a même pas été présentée ", précise encore Lionel.

Quant au plan d’action cité dans la communication du maire : "On ne le conteste pas  sauf que pour faire  un plan d’action, il faut analyser les faits. Il n’y a pas eu recours à des observateurs extérieurs. Et nous n’avons pas été contactés. Ce sont les mêmes personnes qui avaient décidé de déplacer cet animateur d’une école à une autre qui ont mis en place ce plan d’action !  " 

Désarmés, se sentant laissés pour compte, les parents se sont donc rapprochés.
" Moi, mon suivi psychologique ça été le collectif " assure Julie, "c’est vrai que pour pouvoir tenir le coup, enchaine Lionel, on a beaucoup parlé entre nous, tous les parents dont les enfants ont été victimes de cet homme. On avait besoin de se sentir compris, pour pouvoir faire face à ce que nos enfants ont subi ".

Rodolphe Costantino, l’avocat des familles qui ont porté plainte contre l’ex-animateur périscolaire, estime qu'"elles ont souffert d’un manque de considération. Il y a eu beaucoup de déclarations d’intention concernant l’aide qui allait leur être apportée mais dans les faits pas grand-chose de concret alors aujourd‘hui de savoir que la mairie se porte partie civile, c’est vu comme une façon de se poser en victime mais on sait aussi que c’est pour elle une manière de savoir ce qu’il y a dans le dossier et ça, légitimement, les parents ne peuvent pas l’accepter".

"Briser la loi du silence"

Les parents de l’école Chêne Creux ont décidé de parler, pour leurs enfants, pour d'autres aussi, dont les enfants ont été ou sont victimes d’agressions similaires.

Avec leur collectif  "Les Voix de nos enfants", ils entendent " briser le silence, en parler ouvertement et mettre en place de vrais suivis des pédophiles pour qu’ils ne puissent plus être en contact avec des enfants, car le silence ne protège pas nos enfants mais plutôt l’agresseur"

L’enquête concernant les agissements de l’ex-animateur périscolaire incriminé suit son cours, selon une source proche du dossier l’affaire n’en serait qu’à son début. Plusieurs dizaines de familles pourraient être concernées par les agissements de cet homme.


*les prénoms ont été changés

Sur le même sujet

Les + Lus