pays de la loire
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C’est l’histoire d’une famille qui n’avait rien demandé à personne. Jamais les Guittard n’avaient eu affaire à la Justice. « Une famille sans histoires » soulignera leur avocat.

Ce 29 juin 2015, leur destin va basculer. La fille aînée de Frédéric Guittard découvre le corps mort de son père. Il a été tué de trois balles.

A partir de ce jour, les filles de Frédéric Guittard, ses sœurs et son frère, vont se retrouver propulsés malgré eux dans la machine judiciaire.

Cinq années pendant lesquelles cette famille restera soudée, jusqu'au verdict tant attendu le 17 décembre 2020.

Récit de deux semaines de procès par Sofian Aïssaoui, notre journaliste sur place.

Acte I - Les experts : une scène de crime trop parfaite

En arrivant sur place, les experts ne retrouvent aucune trace ADN. Qui se cache derrière cette scène de crime macabre ? Dans son salon, un homme de 51 ans. Il est criblé de trois balles. La scène de crime est bien trop parfaite pour laisser penser que des amateurs en seraient les auteurs : impossible de trouver la moindre trace d'ADN. Tout semble avoir été pensé. Sauf un élément : en subtilisant le téléphone portable de la victime, les auteurs portaient sur eux l’objet qui permettra de les retrouver.

Une scène d'une rare violence

Ce 29 juin 2015, un album d’Alain Bashung résonne à deux reprises dans le domicile de Frédéric Guittard. Jusqu’à 10h07 d’abord. Puis à nouveau à partir de 10h49. 

C’est l’un des nombreux détails qui, bout à bout, permettent de visualiser à quoi ressemblait la matinée du meurtre de ce père de famille.

Le déroulé précis de cette matinée où Frédéric Guittard a été retrouvé mort dans son salon a été développé lors du procès en appel de son assassinat, à la cour d'Assises d'Angers.

Les experts ont livré des éléments essentiels à la compréhension du dossier. Le temps de séchage du sang laisse par exemple penser que le corps a été déplacé après la mort de la victime. La scène de crime a été modifiée, c'est une certitude.

A la barre, l'un des officiers de police judiciaire confie avoir rarement vu une scène de crime aussi violente. Il a pourtant seize années d'expérience dans le métier.

C’est la scène la plus sanglante que j’ai pu voir jusqu’à présent.

En arrivant sur place, les enquêteurs découvrent de nombreuses traces de sang sur les murs. Comme si on y avait "tamponné" le corps, confiera l'un des experts. Les meubles sont renversés. Et la victime est posée contre un radiateur. Son pantalon est baissé, comme pour faire croire qu'il s'agirait d'une partie fine qui aurait mal tourné.

Les auteurs savaient-ils que la victime pratiquait parfois le libertinage ?

C'est en tout cas la piste vers laquelle ils ont sciemment voulu mener les enquêteurs.

Une scène de crime nettoyée… et un téléphone portable

Frédéric Guittard était un homme massif : plus d’1m80 pour quasiment 100 kilos. Qui pourrait faire le poids face à cet homme, et qui pourrait déplacer son corps ? 

Dans ce salon, il n'y a pas d’ADN. Pas de douilles malgré les trois coups reçus par la victime. Tous ces éléments laissent penser que la personne derrière cette scène de crime était loin d’être novice.

La cour d'Assises d'Angers. Au centre, la présidente et ses assesseurs. Autour, les jurés. A droite, les accusés, et les avocats. A gauche, l'avocat général et les parties civiles. © Valentin Pasquier
La cour d'Assises d'Angers. Au centre, la présidente et ses assesseurs. Autour, les jurés. A droite, les accusés, et les avocats. A gauche, l'avocat général et les parties civiles. © Valentin Pasquier

"Est-ce qu’éventuellement, deux personnes auraient pu transporter le corps ?",  demande l’avocat général au médecin légiste. La réponse est ferme : "Oui".

Il pourrait donc s'agir de Jean-François Ornano et de sa compagne Magalie. Le couple était ami avec celle qui était la femme de Frédéric Guittard à l'époque. Ce week-end là, ils étaient justement de passage au Mans.

Peut-on néanmoins être certains qu'ils sont tous les deux montés chez Frédéric ? C'est la question que pose l'avocat de Jean-François Ornano à l'un des experts. "Avez-vous un seul élément qui permette de dire avec certitude qu’il y avait plus qu’un agresseur ? " La réponse est "non".  

Les auteurs de cet assassinat vivront tranquillement leur vie pendant les six mois qui suivent la mort de Frédéric Guittard. Jean-François Ornano et sa compagne Magalie profitent du soleil de la Corse pendant que les enquêteurs cherchent. Ils ouvrent toutes les portes. Et ils les referment aussitôt. 

Comment retrouveront-ils leur trace ? Grâce à la téléphonie.

Les auteurs ont eu la mauvaise idée d'emporter avec eux le téléphone de la victime. Sans le savoir, ils ont voyagé avec l'objet qui permettra de les retrouver.

Des profils psychologiques qui se ressemblent

Lors des auditions à la cour d'Angers, les experts psychologiques se rejoignent pour affirmer que les personnalités des accusés ont beaucoup de points communs. Le couple corse est décrit comme fusionnel. Jean-François et Magalie ont énormément de mal à se passer l'un de l'autre. La fusion est totale.

Comment imaginer qu'un seul de ces deux accusés soit monté chez Frédéric Guittard, pendant que l'autre attendait ?

C'est la rencontre du couple avec Touria Rafjaoui qui va aboutir à la mort d’un homme. Touria est encore la femme de Frédéric au moment des faits. Après plus de 25 années de mariage, le couple bat de l'aile et a entamé une procédure de divorce. Pour cette femme qui n'a quasiment jamais travaillé, le coup est difficile à encaisser. Elle s'inquiète. Prête à "détruire l'objet plutôt que le perdre" dira un expert psychiatre.

Devant la cour, l'expert psychiatre livre ses analyses. Il évoque des personnalités "état-limite". © Valentin Pasquier
Devant la cour, l'expert psychiatre livre ses analyses. Il évoque des personnalités "état-limite". © Valentin Pasquier

Ce trio voué à finir dans le box des accusés, est au départ un duo. Celui de Touria et Magalie. Les analyses de la téléphonie révéleront que les deux femmes pouvaient passer des heures au téléphone. L’ex-compagne de la victime s’épanchait d’ailleurs volontiers sur sa procédure de divorce et sur les difficultés que rencontrait le couple.

Magalie va faire preuve d’empathie. D’énormément d’empathie. « Magalie est une éponge », expliquera l’un des experts. C’est ce qui la poussera un jour à raconter les déboires de son amie à son compagnon, Jean-François. Le sms qu’elle lui écrira est sans ambiguïté.

Ce qu’il mérite, c’est une balle dans la tête.

Son compagnon va alors initier l’idée de faire un long voyage jusqu’au Mans, officiellement pour récupérer des fichiers compromettants de Touria sur l’ordinateur portable de Frédéric. L’issue de cette visite est désormais connue de tous.

Acte II - Les témoins : un homme honnête, une femme obsédée

Lorsque le premier procès s'ouvre au Mans, Magalie s'est suicidée quelques jours plus tôt. Il n'y a que deux accusés dans le box lors du premier procès au Mans. Un an plus tard à Angers, la cour d'Assises établira à nouveau le profil de la victime et celui des accusés lors du procès en appel, demandé par l'ex-compagne. Frédéric Guittard était un homme d’une grande gentillesse, une personne attentionnée. Son ex-femme, très dépendante de lui financièrement, vivait très mal leur séparation. Jean-François Ornano se révèle quant à lui comme un homme protecteur vis-à-vis des femmes. Et un amoureux des armes.

Un homme d’une rare gentillesse

« C’était quelqu’un de généreux », « Il avait toujours le mot pour rire ». Pendant onze jours, les témoignages sont unanimes : Frédéric Guittard était un homme d’une grande gentillesse, quelqu’un d’attentionné. Fred, comme ils sont plusieurs à l’appeler, était très proche de ses filles.

C’est la fille ainée qui va découvrir le corps de son père ce 29 juin 2015. A la barre, elle raconte. L’image de ce père, dans une position dégradante. Le sang. L’odeur.

Ça m’a traumatisée pendant des mois.

L’amour de Jean-François Ornano pour les armes

"Ça fait 18 ans que je le connais, je ne l'ai jamais vu se bagarrer". Depuis Ajaccio, une femme, une proche de l'accusé témoigne. Cet homme qu'elle a bien connu avant qu'il ne refasse sa vie, qui est le père de sa fille, est soupçonné d'être derrière le meurtre de Frédéric Guittard.  

"Je suis intimement convaincue que ce n'est pas lui qui a fait ça"

Jean-François Onano évoque son enfance difficile, notamment son père, qui avait pour habitude de le rouer de coups. . « Ces gens-là - mes géniteurs - je ne veux pas en entendre parler. » Lors du procès, l’accent a été particulièrement mis sur l’attrait qu’entretient Jean-François Ornano pour les armes.

L'enquête révèle que l'accusé corse a possédé des armes à de multiples reprises. Il entretenait également une passion pour le tir. © Valentin Pasquier
L'enquête révèle que l'accusé corse a possédé des armes à de multiples reprises. Il entretenait également une passion pour le tir. © Valentin Pasquier

Maître Peltier, avocat des parties civiles, rappelle à Jean-François Ornano sa condamnation pour port d’une matraque télescopique.

Il lui rappelle également qu’il en a fait à nouveau l’achat après cette condamnation.  « Vous essayez de me faire dire que je transgresse les lois. » lance-t-il à l’avocat. Avant de déclarer : « Si la situation se présentait à nouveau, je ne le referais pas. »

L'obsession de Touria Rafjaoui pour son ex-mari

Plusieurs témoins ont fait part des comportements de la mère dans les semaines qui ont précédé l’assassinat. Ils décrivent une femme alcoolique, obsédée par son mari, prête à utiliser ses filles pour obtenir des informations sur sa vie.

Ce comportement, ses filles lui reprochent à de multiples reprises. L'une des nouvelles compagnes de Frédéric ira même jusqu'à lui écrire un long mail pour lui demander de "se soigner". 

Devant la cour, la fille aînée de Frédéric Guittard ainsi qu'une ex-compagne. © Valentin Pasquier
Devant la cour, la fille aînée de Frédéric Guittard ainsi qu'une ex-compagne. © Valentin Pasquier

Les différents témoins s'accordent également pour dire que le comportement de Touria Rafjaoui était surprenant dans les mois après l’assassinat. A ce moment-là, elle sait qu'elle ne touchera rien du décès de son mari : comme une intuition, il l'avait retirée de son testament dans les semaines qui ont précédé sa mort.

Acte III - Les accusés : mensonges & trahisons

Devant la cour d’Assises d’Angers, les accusés ont dû faire face à une présidente pointilleuse, connaissant son dossier sur le bout des doigts. A ses côtés, l’avocat général a lui aussi démontré sa connaissance du dossier et son opiniâtreté à toute épreuve.

Une présidente offensive

En s'installant sur les bancs de la cour d'Assises d'Angers, c'est la première que l'on remarque. "Elle est bien présente la présidente là, ça change !" s'exclame l'un des dessinateurs présents. Son regard aiguisé a repéré d'un coup d'œil ce personnage haut en couleurs, une présidente qui s’est imposée comme un personnage essentiel de ce nouveau procès.

Marie-Cécile Thouzeau s'est imposée comme un personnage essentiel de ce procès. © Valentin Pasquier
Marie-Cécile Thouzeau s'est imposée comme un personnage essentiel de ce procès. © Valentin Pasquier

"Je n’ai malheureusement pas votre connaissance exhaustive du dossier Madame le Président", reconnaît même l’avocat général. La présidente a surtout imprimé sa patte par le rythme qu’elle impose aux auditions. Volontiers souriante, elle pose les faits de manière précise. La présidente écoute.

Dès qu’il le faut, elle n’hésite pas non plus à porter la contradiction ou à clarifier des propos. "En clair, pour résumer…", "Sous votre contrôle, je me permets de clarifier". Dans une affaire complexe dont le dossier fait 15.000 pages, la présidente sait faire preuve d’une pédagogie plus que nécessaire à la compréhension.

A gauche, Touria Rafjaoui, l'ex-compagne de la victime. A droite, Jean-François Ornano. En bas, leurs avocats respectifs, maître Noachovitch et maître Rouiller. © Valentin Pasquier
A gauche, Touria Rafjaoui, l'ex-compagne de la victime. A droite, Jean-François Ornano. En bas, leurs avocats respectifs, maître Noachovitch et maître Rouiller. © Valentin Pasquier

La présidente montrera sa connaissance du dossier notamment lors des auditions de Touria Rafjaoui. L’ex-compagne de la victime était accusée dans ce procès d’avoir fourni au couple Corse des éléments indispensables afin de monter dans l’appartement de Frédéric Guittard, notamment le badge d’accès.

Quand la parole lui est donnée, Touria Rafjaoui se perd dans les détails, comme si l’accusée essayait de noyer le poisson. 

Avez-vous donné ce badge au couple corse, oui ou non ?

Touria Rafjaoui confie que ce badge a été subtilisé. Elle leur a montré à quoi il ressemblait, oui. Mais à aucun moment elle dit ne leur avoir donné. 


L’ex-femme de la victime confie que le couple corse a évoqué "une raclée" à Frédéric Guittard lors d’une discussion. "À aucun moment vous ne vous opposez à ce projet ?", lui demande la présidente.

L’accusée reste évasive. Touria Rafjaoui confirme pourtant qu’elle a bien montré l’appartement de son ex-mari la veille de l’assassinat. 

Touria Rafjaoui confirme également qu’elle savait que le couple possédait le badge d’accès à l’appartement le matin du meurtre.

"Je voulais récupérer le badge mais ils m’ont dit qu’ils allaient rendre visite à Frédéric et qu’on se retrouvait ensuite sur le parking du Super U."

Pourquoi l’ex-femme de la victime a-t-elle caché la présence du couple corse ?

Ce matin du 29 juin 2015, les probabilités que Frédéric Guittard soit réveillé au moment de la visite du couple corse étaient grandes. L’homme de 51 ans avait pour habitude de se lever tôt pour s’adonner à la bourse. Son ex-femme, très au courant de cette activité, affirme pourtant qu’elle n’imaginait pas qu’il puisse être présent ce matin-là.

Devant la cour, l'ex-femme de la victime se perd dans les détails. © Valentin Pasquier
Devant la cour, l'ex-femme de la victime se perd dans les détails. © Valentin Pasquier

La présidente ne manque pas de rappeler à l’accusée ses contradictions dans ce dossier. Pendant six mois, cette dernière a gardé le silence quant à la présence, au Mans, du couple corse. 

"Du 29 juin 2015 au 13 janvier 2016, date de votre mise en garde à vue, vous ne dites rien aux enquêteurs." 

Touria Rafjaoui, décontenancée, se cache derrière l’incertitude. "Je ne sais pas", "je ne pouvais pas imaginer ça". La présidente insiste longuement.  Pourquoi Touria Rafjaoui a-t-elle préféré protéger le couple corse plutôt que ses deux filles, affectées par la mort de Frédéric Guittard ? 
 

Non seulement, le père de vos enfants a été tué. Mais votre fille, Mélissa, a découvert le corps et a été exposée à sa mort. 

Dès les premières heures, l’enquête révélait qu’il s’agissait d’un assassinat. "Très vite, vous apprenez que votre mari a été tué de trois balles dans la tête, s’emporte la présidente. Quand faites-vous la connexion que le couple corse a peut-être commis quelque chose de grave ?" 

En larmes, Touria Rafjaoui confie qu’elle avait effectivement des doutes quant au couple corse. Mais pas au point d’aider les enquêteurs à démêler le mystère de la mort de son ex-mari. "J’étais bouleversée. […] Je ne pouvais pas les accuser sans en être certaine."

Confrontation entre Jean-François Ornano et l’avocat général

L’avocat général s’est montré particulièrement méticuleux dans sa manière de revenir sur les faits. Face à Jean-François Ornano, il a demandé des détails, précis, sur cette matinée du 29 juin 2015.

L'avocat général a longuement questionné Jean-François Ornano sur son implication dans l'assassinat de Frédéric Guittard. © Valentin Pasquier
L'avocat général a longuement questionné Jean-François Ornano sur son implication dans l'assassinat de Frédéric Guittard. © Valentin Pasquier

Pourquoi s’est-il accusé de cet assassinat lors de sa garde à vue s’il est innocent ?

Pourquoi a-t-il donné des détails sur la scène de crime dont son ex-compagne n’avait pas connaissance ?

Pourquoi laisser monter sa compagne toute seule dans l’appartement de Frédéric Guittard ?

Pourquoi ne pas se charger lui-même de supprimer les fichiers compromettants alors qu'il a, contrairement à elle, des compétences poussées en informatique ?

La tension est palpable.

Elle devait juste supprimer des fichiers !

Le visage dur, Jean-François Ornano répond du tac au tac aux nombreuses questions de l’avocat général. Il l’affronte même du regard. « Je vous dérange, monsieur Ornano ? » lui demandera même le procureur.

L’accusé corse, accablé de questions, lancera alors à l’avocat général : « Vous voulez absolument que je sois monté dans cet appartement, alors autant aller directement aux réquisitions ! »

Acte IV - Les avocats : une famille soudée face à une Défense fragilisée

C’est toujours l’un des moments les plus attendus d’un procès. Après sept jours entiers d’auditions, l’heure des plaidoiries est arrivée. Les avocats sont désormais seuls maîtres à bord. Il faut convaincre les jurés ou tout du moins, pour la Défense, réussir à installer le doute dans leur esprit.

Les filles, orphelines de leur père. Et de leur mère.

Maître Philippe Soret est l'avocat des filles de Frédéric Guittard depuis 5 ans. © Valentin Pasquier
Maître Philippe Soret est l'avocat des filles de Frédéric Guittard depuis 5 ans. © Valentin Pasquier

Maître Philippe Soret représente les filles de Frédéric Guittard depuis le tout début de cette affaire. Le relation qu’ils ont tissée va au-delà du simple lien entre un avocat et ses clients. « C’est un papa » confiait même l’une d’entre elles à la sortie du procès.

La plaidoirie de l’avocat contenait en elle toute l’intensité de ce lien qui s’est noué. Maître Philippe Soret a su retranscrire la douleur des deux filles de la victime.

"Faire mal aux enfants, c’est faire mal à Frédéric Guittard"

Il rappelle à quel point l’ex-femme de la victime n’assurait plus son rôle de mère. « L’enfant s’efface derrière l’obsession. (…) Après 26 ans de mariage, Touria Rafjaoui va se retrouver seule. Et cela l’angoisse. (…) Elle ressent le dépit, l’amertume. Et la haine. »

La haine et l’amour ne sont pas antinomiques. Ce sont les faces d’une même pièce.

Maître Soret rappelle également cette scène, terrible, où l’ex-compagne de la victime dira au revoir au père de ses enfants alos qu’elle est la seule ce jour-là à savoir qui pourrait l’avoir tué.

« Vous irez à l’enterrement du père de vos filles. Vous tiendrez les mains de chacune d’elles. (…) Ces deux mains éclaboussées du sang de Frédéric Guittard. Sans le savoir, elles tiennent les mains assassines. Pas des mains pour consoler. Mais des mains assassines. » 

La haine et l’amour sont les thèmes de toute tragédie. (…) Votre pièce macabre avait commencé par 3 coups, et elle se terminera par un verdict de condamnation.

Procès Guittard - Les plaidoiries passionnées des avocats
Reportage de Sofian Aïssaoui, avec Valentin Pasquier (dessin), Antoine Roynier (caméra) et Gaëtan Danré (montage)

Une famille admirable

Pendant ces deux semaines de procès, la famille de Frédéric Guittard s’est montrée soudée. Chaque jour, ils étaient là, sur les bancs, comme collés les uns aux autres pour réussir à encaisser.

« Mes premiers mots iront à cette famille, commence l’avocat des sœurs de la victime. C’est une famille comme des milliers en France. Ils n’avaient jamais eu affaire à la Justice. Durant ces cinq dernières années, ils ont vécu de multiples émotions. (…) Ils ont eu à cœur de connaître la vérité. Et de chérir, conserver la mémoire de Frédéric Guittard. »

Maître Jonathan Proust représente les soeurs de Frédéric Guittard © Valentin Pasquier
Maître Jonathan Proust représente les soeurs de Frédéric Guittard © Valentin Pasquier

Maître Proust rappelle comme cet homme de 51 ans était apprécié. Les témoignages ont été unanimes sur ce point.  « Frédéric c’était celui qu’on qualifiait de « golden boy des rillettes ». Il était irréprochable, transparent, honnête. »

Votre verdict va venir sanctionner l’ignoble qu’a vécu la famille Guittard.

Maître Peltier tente quant à lui un exercice d'esprit. « J’essaye vraiment de comprendre Jean-François Ornano ». L’accusé corse a répété pendant deux semaines n’être jamais monté dans l’appartement de Frédéric Guittard ce 29 juin 2015. Ce serait son ex-compagne qui est montée, seule, alors qu’il attendait dans la voiture. « Ça fait quand même beaucoup. » s’emporte-t-il.

"Jean-François Ornano, vous êtes un assassin. Un vrai." lance Maître Jean-Philippe Peltier à l'accusé © Valentin Pasquier
"Jean-François Ornano, vous êtes un assassin. Un vrai." lance Maître Jean-Philippe Peltier à l'accusé © Valentin Pasquier

La scène de crime n’a rien de celle d’un amateur. Les enquêteurs n’ont retrouvé aucune trace ADN. Le corps massif de la victime a été déplacé. Les douilles ont été récupérées.

Autant de point qui paraissent invraisemblables à l’accusation : Magalie Pinardaud, l’ex-compagne de l’accusé, était une femme peu imposante, fragilisée par la maladie. Elle ne connaissait rien aux armes.

« De là à dire qu’on essaye de vous prendre pour des idiots, il n’y a pas des kilomètres. »

Des réquisitions extrêmement lourdes

« Dans un dossier criminel, on ne connaît jamais tout à fait la vérité. » commence l’avocat général lors de sa plaidoirie. « Le seul point sur lequel vous devez forger votre intime conviction, c’est de savoir si Jean-François a assassiné Frédéric Guittard et si Touria Rafjaoui a commandité cette assassinat. »

Jean-François Ornano n’a pas fait appel de la décision en première instance. C’est le parquet qui a fait appel. Et l’avocat général a été clair dès le début du procès : c’est bien lui qui a tué Frédéric Guittard le 29 juin 2015.

Jean-François Ornano est une sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde. (…) Il n’est pas seulement complice, il est l’auteur de l’assassinat.

La participation de l’ex-femme de la victime est aussi soulignée. « Tout le comportement de Touria Rafjaoui ce week-end là transpire la culpabilité. » Lorsque viennent ses réquisitions, celles-ci sont très lourdes.

« La cruauté de Touria Rafjaoui envers Frédéric Guittard, envers ses filles, justifie la peine de 20 ans, que je vous demande de confirmer. (…) Vu l’horreur de l’assassinat, sa durée, son caractère sanglant, vous condamnerez Jean-François Ornano à 30 ans de réclusion. »

Une défense fragilisée

Maître Rouiller est ce que l’on peut appeler une pointure dans son domaine. Assister à l’une de ses plaidoiries est toujours un moment fort. Il sait faire vivre des émotions, et surtout, il sait mettre en valeur les parts d’ombre d’un dossier afin d’installer le doute dans la tête des jurés.

Sa plaidoirie ressemble à un affrontement vis-à-vis de l’avocat général. Pendant près d’une heure, il le regardera, les yeux dans les yeux.

Maître Pascal Rouiller, avocat de Jean-François Ornano - © Valentin Pasquier
Maître Pascal Rouiller, avocat de Jean-François Ornano - © Valentin Pasquier

« Il a accepté cette peine, et même ça c’est un élément de culpabilité. (…) Oui, il est coupable. Coupable d’avoir été là. »

Pendant quasiment deux semaines, l’accusation comme l’avocat général ont accablé son client. De nombreux éléments laissent à penser que Jean-François Ornano ne peut pas avoir laissé sa compagne monter seule chez Frédéric Guittard.

« C’est elle qui parle d’une balle dans la tête. (…) Si c’est lui qui l’avait écrit… (…) Dire que c’est lui qui a tiré parce qu’elle a écrit « ce qu’il mérite c’est une balle dans la tête », je ne comprends pas » »

L’avocat angevin évoque des trous, des manques dans l’enquête. Et termine sa plaidoirie en citant l’écrivain Yvan Audouard : « Le vraisemblable est un piège que le mensonge tend à la vérité. »

Dernier acte - Le verdict : Jean-François Ornano enfin reconnu coupable d'assassinat

Après deux semaines de procès en appel intenses à la cour d'Assises d'Angers, la famille va enfin pouvoir souffler. Les deux accusés écopent de peines extrêmement lourdes : 20 ans chacun. L'ex-femme de Frédéric Guittard est reconnue coupable de complicité d'assassinat. Jean-François Ornano est reconnu coupable d'assassinat. 

Le moment est désormais venu pour la famille Guittard de se reconstuire.