Conserver son logement : le nouveau combat d'Alison, victime de violences conjugales pendant 4 ans

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Écrit par Guillaume Ptak

Victime de violences conjugales de la part de son ex-conjoint, Alison Pertué est désormais menacée d'éviction : la jeune femme vient d'apprendre que le logement qu'elle occupe avec ses deux filles depuis plus de 4 ans doit être libéré. Un affront pour toutes les victimes de violences, selon elle.

"Ce n'est pas seulement un affront pour moi, mais aussi pour toutes les femmes victimes de violences", s'indigne Alison Pertué. La native d'Angers, victime entre 2014 et 2019 d'un véritable calvaire aux mains de son ex-conjoint, est désormais sommée de libérer le logement qu'elle occupe depuis 4 ans et demi avec ses deux filles de 13 et 17 ans.

"Lors d'un rendez-vous avec l'assistante sociale qui suit mon dossier, on m'a remis un courrier daté du 7 juin, expliquant que la durée d'occupation de mon logement est dépassée, et que je suis tenue de libérer les lieux," explique la jeune femme.

Comme des milliers d'autres, Alison a subi pendant de long mois les violences physiques, morales et psychologiques infligées par son ex-conjoint. "Je me suis mise en couple avec cette personne en avril 2014. C'est quelqu'un que j'ai côtoyé dans mon enfance, le voisin de ma grand-mère maternelle."

Selon elle, les violences verbales et psychologiques se sont succédées, puis ont rapidement laissé place aux coups.

Après des mois d'abus, la jeune femme porte plainte en janvier 2015. Peu après, l'homme est placé en garde à vue, puis relâché sous-contrôle judiciaire.

Quelques jours plus tard, il agresse Alison. Le conjoint violent est alors interpellé, placé en mandat de dépôt et jugé.

Il est condamné à 6 mois de prison ferme.

Alison et ses filles, elles, sont prises en charge par SOS Femmes, et logées en urgence dans un hôtel.

Une prise en charge par l'association SOS Femmes

"Nous avons été logées pendant une dizaine de jours dans ce qui s'est avéré être un hôtel de passe, pour parler poliment, explique-t-elle. Des prostituées déambulaient dans les couloirs de l'hôtel et y ramenaient des clients. Ce n'était pas un environnement acceptable pour mes deux filles."

"Le CHRS [Centre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale] de notre association SOS Femmes 49 disposent d'une vingtaine de places, explique une conseillère de l'association, interrogée à ce sujet. Si le centre est à capacité, nous offrons également des nuitées dans des hôtels. Mais c'est une solution temporaire, ne pouvant aller que jusqu'à une dizaine de jours."

Tout ce temps, Alison conserve son logement, avec l'espoir illusoire de pouvoir, à terme, y retourner.

C'était sans compter les subtilités de l'administration française : considérant que la jeune femme a conservé l'usufruit d'un logement qu'elle n'occupait pas, la Caisse d'Allocations Familiales réclame à Alison 2 000 euros d'APL.

Avec pour seule ressource l'Allocation Adulte Handicapée et une pension d'invalidité de la CPAM, Alison et ses deux filles se retrouvent à vivre avec 348 euros par mois. "On m'a tout pris", explique-t-elle.

Seule alternative proposée à la famille par SOS Femmes : une relocation à Istres, dans les Bouches-du-Rhône.

Une solution inacceptable, pour la jeune femme : "je suis originaire d'Angers, j'ai ma famille et mes amis ici. Mes filles ont toujours vécu à Angers. Pourquoi serait-ce la responsabilité de la victime de quitter son domicile, et sa vie, alors que le bourreau poursuit ses activités ici, sans être inquiété ?"

Ballotées de canapé en chambre d'amis, chez des connaissances et des membres de leur famille, la mère et ses deux filles survivent, sans domicile fixe.

4 mois après son incarcération, le 2 juin 2015, l'ex-conjoint d'Alison est dehors. Sous son emprise, à court de solution, la jeune femme retourne vivre avec lui.

Jusqu'au coup de trop : en décembre 2018, pendant de longues heures, l'homme martyrise Alison, occasionnant un traumatisme crânien et un déplacement des cervicales, et il fracture le coude de la plus jeune des deux filles.

Malgré une plainte déposée le lendemain, l'homme reste en liberté. L'enquête se prolonge, les démarches administratives aussi.

De leur côté, Alison et ses filles emménagent à la fin de l'année 2016 dans leur logement actuel, mis à disposition par le département via l'entremise d'un bailleur social.

Prioritaire pour l'accès à un logement social

En tant que victime de violences, Alison fait partie des dossiers prioritaires pour l'accès à un logement social. Mais ce mois de juin 2021, la jeune femme apprend qu'elle va devoir quitter l'habitation : selon les règles en vigueur, sa durée de résidence dans les lieux n'aurait pas dû excéder 24 mois.

Le bailleur social lui propose alors une solution de remplacement : un logement situé dans le quartier d'où son ex-conjoint est originaire. "J'ai catégoriquement refusé le logement que l'on me proposait, explique Alison. Là-bas résident sa famille, ses amis. Ce n'était clairement pas un environnement acceptable pour me reloger, et pour élever mes filles."

Depuis, Alison se bat pour rester dans son logement, et a fait appel auprès du conseil département. Autant de difficultés supplémentaires à gérer, alors que dans les semaines à venir doit également se tenir le procès aux assises de son ex-conjoint, qu'elle accuse de l'avoir violée le 12 mars 2019.

Un combat de plus pour la jeune femme, qui a juré de ne pas baisser les bras et a créé une association de soutien aux victimes de violences conjugales, baptisée "Les Roses de l'espoir".