Coronavirus : suspicion de cas à Valeo Angers, la CGT menace d'exercer son droit de retrait

Malgré des suspicions de cas de coronavirus dans l'entreprise, l'activité est maintenue sur le site Valéo d'Angers, sous-traitant automobile qui fabrique des phares. La CGT menace d'exercer un droit de retrait face à cette situation. 1 500 salariés travaillent sur le site.

Les salariés de plusieurs usines Valeo exigent la fermeture de leur site pour cause de coronavirus, ici le site d'Amiens, le 17 mars 2020
Les salariés de plusieurs usines Valeo exigent la fermeture de leur site pour cause de coronavirus, ici le site d'Amiens, le 17 mars 2020 © MaxPPP
Le site Valeo d'Angers compte 1 250 CDI et environ 250 prestataires. Parmi eux, quelques cas de salariés présentant des signes de coronavirus.

"On en a eu depuis ce week-end. On a eu deux personnes qui sont parties", énumère Gilles Mapelli, délégué syndical CGT à Valeo Angers, "Hier on avait deux personnes qui avaient 40 de fièvre et qui travaillaient et que la direction a fait repartir chez elles".

La nuit dernière "deux personnes de la même famille travaillaient avec un masque. Ce week-end, elles ont vu un membre de leur famille contrôlé positif et donc risquent, malheureusement, d'être porteurs du virus".

"C'est de là, que les gens de l'équipe de nuit se sont inquiétés et on dit : nous on veut partir",
raconte Gilles Mapelli qui explique qu'"en production, les salariés sont "touche touche", les gens ne sont pas à 1,50 m ou quoi que ce soit". 

La direction nous dit de partir en pause l'un après l'autre mais sur les lignes de production, ils sont à touche touche - Gilles Mapelli

"Nous on demande à ce que les gens rentrent chez eux et se confinent comme le veut le gouvernement", poursuit le syndicaliste.

Les produits qu'on fait ne sont pas des produits vitaux. Des projecteurs ou des essuie-glaces, c'est pas vital du tout - Gilles Mapelli


Abandon de poste

"Il faut produire, produire, produire pour faire du fric" déplore le cégétiste.

Selon lui, la direction a menacé les salariés qui souhaitaient rentrer chez eux disant "que c'était abandon de postes".

"On a mis un droit d'alerte en CSE extraordinaire
(mardi 17  mars) et après, sur un registre grave et imminent, un droit de retrait", explique Gilles Mapelli.

La direction oppose aux salariés que, pour exercer un droit de retrait, il faut une date de fin. "On lui a dit c'est une crise sanitaire, l'activité reprendra à la fin de l'épidémie et la crise", argumente Gilles Mapelli.

"J'ai mis le holà en CSE en disant à la direction que si l'usine continuait à travailler, si malheureusement il y avait un décès ou quoi ce soit, j'attaque l'employeur pour faute inexcusable", affirme-t-il.

"Ils mettent la pression en disant : c'est au volontariat, vous décidez, vous faites ce que vous voulez, si vous voulez rentrer ou pas", déplore Gilles Mapelli qui a dit à sa direction "on ferme l'usine, s'il faut envoyer un huissier demain matin (mercredi) pour constater et voir s'il y a du monde, on le fera".

"On ne peut pas avoir un gouvernement qui dit : attention c'est la guerre, il faut rester confinés (...) et continuer à faire travailler des entreprises du CAC40 pour faire des projecteurs", conclut Gilles Mapelli.

Des salariés d'autres sites comme celui d'Amiens, exigent également la fermeture de leur usine.

Sur le site Valéo de Sablé-sur-Sarthe, dans la Sarthe, c’est la même inquiétude. Une salariée témoigne :

« Les masques qu’on nous fournit nous dit cette salariée, ne sont pas homologués. Tout le monde a peur. On nous refuse le droit de retrait en nous expliquant que les clients, Fiat, Peugeot, risquent d’exiger des pénalités si les pièces ne sont pas fournies ou de renégocier les contrats ».

Dans cette usine qui produit des systèmes « start and stop », certaines fournitures arrivent de Chine et les personnels  manipulent ces pièces deux jours après leur envoi.
 
Les salariés de l'usine de Sablé-sur-Sarthe manipulent des colis arrivant de Chine.
Les salariés de l'usine de Sablé-sur-Sarthe manipulent des colis arrivant de Chine. © DR

Les salariés se demandent donc à juste titre si le coronavirus peut survivre sur ces colis et infecter ceux qui les manipulent.

Même questionnement nous a-t-on dit dans les usines de La Suze-sur-Sarthe et de Laval.

De son côté, un porte-parole de la direction nationale de Valeo nous a affirmé que la société « mettait en œuvre l’ensemble des mesures recommandées pour assurer la protection de ses personnels : gestes, distanciation, éviter les regroupements, nettoyage, accès aux sites encadrés, fermeture des restaurants d’entreprise… »

Le télétravail, nous a-t-on dit, est systématisé pour l’ensemble des postes qui le permettent.

Sous-entendu : si ces mesures sont prises, le droit de retrait ne peut s’exercer, estime-t-on à la direction de Valeo.

Michel Weiler, secrétaire de la CGT explique qu' à Valeo La Suze-sur-Sarthe : "la direction nous pousse à poser des congés ou à nous mettre en arrêt maladie. Or tout le monde n'a plus forcément de congés disponibles. La demande de chômage partiel n'a pas été faîte par l'entreprise. »

"Si Valeo ferme estime une salariée du site de Sablé-sur-Sarthe, le pays ne va pas s'arrêter de tourner. Je ne vois pas l'intérêt de construire des circuits électroniques pour voiture. La direction insiste sur le fait que 70% de la production part à l'étranger et donc qu'il faut continuer à travailler, à produire. [...] Même la société de nettoyage de nos bureaux ne vient plus. On doit nettoyer nous-même. On a du gel hydroalcoolique mais pas de quoi prendre notre température."

La direction de Valeo répond que "la continuité opérationnelle se fait avec l'application stricte des mesures de protection adaptées au jour le jour en fonction des directives des pouvoirs publiques."

Un discours qui est apparemment aujourd'hui insuffisant pour rassurer un personnel d'autant plus inquiet que des salariés ont semble-t-il été infectés comme le disait plus haut un délégué syndical.




 
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