Réouverture des écoles : à Angers, deux enseignants appellent à faire la classe dans les cours, les parcs et les jardins

Faire la classe dehors, l'idée n'est pas nouvelle. Mais alors que beaucoup d'écoles doivent rouvrir leurs portes le 11 mai prochain, un collectif a publié une tribune dans Le Monde pour que l'on passe de la théorie à la pratique. Nous en avons parlé avec deux des signataires, qui habitent Angers.

Changer le lieu où l'on fait la classe permet de rebattre les cartes et de donner leurs chances à des élèves qui décrochent.
Changer le lieu où l'on fait la classe permet de rebattre les cartes et de donner leurs chances à des élèves qui décrochent. © IP3 PRESS/MAXPPP
Des élèves assis dans l'herbe, à plus d'un mètre les uns des autres. Au Danemark, depuis la réouverture des classes le 15 avril dernier, l'école ne ressemble plus à ce qu'elle était. Les professeurs y sont encouragés à faire classe autant que possible en extérieur pour limiter le risque de transmission du coronavirus.

Une situation dont certains aimeraient que la France s'inspire. Laure Pillot est documentaliste et practicienne de "l'école au dehors". Avec son mari, maître de conférences en Histoire à l'Université d’Angers, ils ont signé la tribune "Et si nous faisions la classe dehors?" dans le Monde du 28 avril. Pour eux, il y a urgence à changer de modèle scolaire. 

"Cette tribune, explique Laure, profite du moment historique que va être le déconfinement pour porter ce qui se fait déjà dans certaines écoles, certaines mairies. Elle porte collectivement un message qui commençait à se diffuser… c’est LE moment de sortir des salles de classe".  
Cette professeur danoise donne une leçon de musique à l'extérieur, le 15 avril 2020.
Cette professeur danoise donne une leçon de musique à l'extérieur, le 15 avril 2020. © Bo Amstrup/EFE/Newscom/MaxPPP

Donner à tous la même chance

Laure a pratiqué les cours à l'extérieur pendant 5 ans au lycée Paul Eluard à Saint-Denis en région parisienne. "Pédagogiquement, c’est très riche et socialement ça a une vraie utilité, explique-t-elle. Quand on change les élèves de lieu, les cartes sont rebattues. Il y a de très bons élèves qui sont perturbés dehors alors que certains élèves plus en difficulté sont plus intéressés. Le fait d'être dehors, ça leur permet de faire des liens ou de s’épanouir dans une activité."

Aujourd'hui, elle travaille à Châteauneuf-sur-Sarthe, dans le Maine-et-Loire et estime qu'à la campagne, les élèves sont autant exclus de cette expérience de nature qu’en ville. "Beaucoup d'élèves viennent de milieux populaires, ils ne sortent de chez eux que pour prendre le bus le matin et le soir pour aller et rentrer de l'école."

Le rôle de l’école c’est de donner à tous la même chance. L’accès à la nature, ça en fait partie, c’est ce qu’on réclame pour tout le monde. 

"On veut casser le bitume"

Alors que les élèves feront pour certains leur retour à l'école le 11 mai prochain, Laure estime qu'il est temps de passer de la théorie à la pratique. "La situation que l'on vit est d'une grande violence pour les enfants. Leur bien-être physique a été pris en compte par rapport à la maladie mais par leur santé émotionnelle. L'extérieur est un moyen de réguler leurs émotions, surtout pour des enfants qui auront été confinés en appartement pendant deux mois". 

Maman d'un petit garçon de 5 ans, elle porte un projet de débitumisation pour l'école de la Blancheraie à Angers. "L'idée, c'est de redéfinir les usages de la cour d'école. On la voit comme un endroit où les enfants courent en hurlant. Mais certains peuvent avoir envie d’être à l’abri. On veut casser le bitume, libérer les arbres, et créer des zones assez larges autour où on laissera pousser des choses." 

Gérer l'urgence

Un projet mis en suspens à cause de la crise du coronavirus. "On devait commencer cette débitumisation le 17 mai prochain lors de la journée citoyenne d'Angers, explique Catherine Leclercq, directrice de l'école de la Blancheraie, mais celle-ci a été annulée. Dans le contexte, l’urgence, c'est d'organiser le retour des élèves." Avec 315 enfants et 12 classes, Catherine Leclercq le dit : "De toutes façons, il y aura des groupes dehors. On a déjà cette philosophie et pour respecter les règles sanitaires, on n'aura pas le choix. On est en train de travailler pour voir à quels moments on s’approprie les extérieurs." 

Pour William Pillot, maître de conférences en Histoire à l'Université d’Angers, s'approprier les extérieurs est loin d'être innovant : "On revient en fait à l'origine même de ce qu'est l'enseignement en tant que tel, explique-t-il. Notre civilisation moderne a transformé des concepts en lieux mais l'université à l'origine, ce sont des étudiants qui se réunissent, le lycée, c'est un jardin où Aristote choisit de rassembler ses disciples, l'académie de Platon, c'est un parc...etc. C'est nous qui en avons fait des lieux clos."

"Il faut une vraie volonté politique"

Comment mettre en place de façon aussi rapide des cours à l'extérieur ? Dans la tribune du Monde, le collectif répond à cette question en taclant l'exécutif : "En faisant comme pour les transports, alors que des grandes villes (comme Paris, Milan ou New York) se préparent à créer en quelques jours des kilomètres de voies cyclables temporaires et élargissent les trottoirs afin de permettre aux piétons et cyclistes de circuler de façon efficace".
 
"Tous les acteurs sont là, rebondit Laure Pillot. Maintenant, il faut une vraie volonté politique. Il faut des moyens humains et matériels mais ce n'est pas impossible. Il faudrait mettre autant d'efforts dans l'école à l'extérieur qu'on en a mis dans l'école du numérique". 

 
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