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Olivet : près de Laval, ils ne veulent pas d'une nouvelle mine

Dans le pays de Loiron, près de Laval, les pancartes se multiplient pour refuser les recherches minières. / © Pays de Loiron Environnement
Dans le pays de Loiron, près de Laval, les pancartes se multiplient pour refuser les recherches minières. / © Pays de Loiron Environnement

En 2013, l'Etat français relançait l'exploitation minière, signant 4 permis d'exploration dans les Pays de la Loire.
Si pour l'heure, les recherches minières sont chez nous au point mort, une demande est encore à l'étude, en Mayenne, contre la volonté de la population.

Par Eleonore Duplay

À l'entrée du village d'Olivet, un vaste étang de 13 hectares, où les poissons se reproduisent en nombre. Fleuri, entouré de bocages, le village donne l'image d'une nature préservée. Mais l'image est trompeuse. Car sous les pieds des habitants, il y aurait peut-être de l'or, de l'antimoine, du zinc, du germanium, et d'autres métaux rares, au coeur des convoitises d'une société minière, qui rêve d'exploiter ces ressources, dans une zone de 373 kilomètres carrés, tout autour d'Olivet.
 
Notre reportage sur le projet minier à Olivet


Les élus mis devant le fait accompli


Pour les élus locaux, tout commence en août 2016, quand les mairies reçoivent un CD Rom, rempli de documents techniques. 25 communes auront un mois pour donner un avis auprès de la préfecture de Mayenne, sur la demande de permis d'exploitation minière de la société Scotgold. 

"On s'est quasiment retrouvé devant le fait accompli, avec cette masse d'information impossible à analyser", explique Jérôme Chardron, le maire de Montenay, qui a l'époque, est l'un des rares à rendre un avis défavorable.

En effet, dans ce coin de Mayenne, de nombreux paysages portent le souvenir des mines d'or, et des mines d'anthracite, qui furent exploitées dans la deuxième moitié du XIXe siècle.


Les anciennes mines, un souvenir pesant


Une vaste dépression au milieu d'un champ ? L'un des anciens tunnels, qui s'est partiellement effondré. Ici, le sous-sol ressemble à un gruyère, avec pour conséquence, un risque bien réel de chutes quand l'équilibre vient à se rompre : "C'est déjà arrivé qu'il y ait eu des effondrement, des vaches qui soient tombées dans des trous, des tracteurs aussi qui tombent dans des trous qui correspondent à l'endroit des puits", nous raconte Yves Beaussier, de l'association Pays de Loiron Environnement.


Des zones inconstructibles


Conséquence, une partie de la zone est devenue inconstructible, à moins de réaliser des forages extrêmement coûteux. Sur la commune de la Baconnière, la construction d'une zone artisanale, et une bretelle d'accès pour la 4 voies vers Laval sont ainsi au point mort depuis presque un an. "Une partie des terrains se trouvent sur une ancienne veine de mine, et pour y construire des bâtiments, il faut faire des sondages, assez profonds pour s'assurer qu'il n'y aura pas d'effondrement dans le futur", explique André Chometon, l'un des adjoints au maire.  Coût des sondages : près de 100 000 euros. 

Refusant d'ajouter des trous dans le gruyère, et désireux de ne pas hypothéquer le développement de la commune sur des générations, l'élu a donc rejoint les opposants au nouveau projet de recherche minière.


Des ondes et des produits chimiques


Un camp des opposants qui regroupe de multiples acteurs, aux motivations aussi diverses que leurs profils. Pierre Messager est éleveur laitier. S'il vient de convertir l'exploitation au bio, cela fait 30 ans qu'il pratique l'agriculture paysanne.

Et les méthodes des chercheurs d'or modernes l'inquiètent tout particulièrement : "Pour savoir si il y a des minerais dans le sol, ils font un survol des zones. Donc, il y a 26 communes qu'ils pourraient survoler, et ils envoient des ondes, pour savoir ce qu'il y a dans le sol. Et si il y a des minerais qui les intéressent, ils font des prélèvements, et après ils percent avec des forages."

Et avec les forages, la pollution, car pour isoler les métaux rares, les entreprises minières utilisent des produits chimiques, rejettent des métaux lourds.....

À quelques kilomètres, sur la commune du Genest-Saint-Isle, l'usine de la Lucette transforme l'antimoine, une substance souvent utilisée comme un retardateur de flamme. Si l'antimoine est aujourd'hui importé de pays asiatiques, il a longtemps été extrait sur place : 42 000 tonnes de ce métal rare ont été sorties de terre entre 1891 et 1934. 


Des résidus installés pour longtemps

 
À côté de l'ancienne mine de la Lucette : un terril de 100 000 mètres cube de terre contaminée notamment à l'arsenic. / © Pays de Loiron Environnement
À côté de l'ancienne mine de la Lucette : un terril de 100 000 mètres cube de terre contaminée notamment à l'arsenic. / © Pays de Loiron Environnement


Sur l'emprise de la mine, il reste encore quelques terrils, qui conservent les substances nocives, nous explique François Saint, de l'association Pays de Loiron Environnement :"Ce sont des tas de scories qui contiennent encore de l'antimoine, de l'arsenic, qui contiennent beaucoup de plomb également. Donc, ce sont des déchets,des substances qui peuvent être potentiellement dangereuses."

Témoin, un document d'analyse des sols édité au moment de l'installation de l'usine d'antimoine, montrant dans un des remblais, des taux d'arsenic presque 5 fois supérieurs à la limite maximale autorisée. 

L'arme juridique : les bons de refus


S'ils ne peuvent empêcher l'Etat de signer un permis, les habitants disposent d'une arme juridique. Le bon de refus, un document pour s'opposer 
à ce que la société minière travaille sur leurs terrains. Jean-Yves Rossignol, co-président de Pays de Loiron Environnement, nous en explique le principe : "Si quelqu'un pénètre chez vous, actuellement, vous avez le droit de lui dire: vous êtes sur une propriété privée, vous n'avez rien à y faire. Si le projet était accordé, le droit s'inverse, et la société est supposée avoir l'accord des propriétaires. Donc les bons de refus doivent être réalisés avant."

À ce jour, près de 500 bons de refus ont été signés,  couvrant 6 000 hectares, soit 13% du projet minier.
 

Dernier "détail" : le projet, dont l'examen aurait dû s'achever en mars 2017, reste pourtant valide pour une période qui demeure indéterminée, comme le montre un courrier de Bruno Le Maire, ministre de l'économie, en réponse à la sénatrice Elisabeth Doineau qui lui demandait des nouvelles de ce permis d'exploitation minière.
 
Daté du 30 mars 2017, un courrier de la préfecture laisse entendre qu'une "décision implicite de rejet" peut être contredite " à tout moment, par une décision explicite favorable".
Daté du 21 avril 2017, ce courrier de la préfecture de la Mayenne laisse entendre que l'instruction pourrait se poursuivre... indéfiniment.
Daté du 21 avril 2017, ce courrier de la préfecture de la Mayenne laisse entendre que l'instruction pourrait se poursuivre... indéfiniment.

Autrement dit, les opposant aux recherches minières autour d'Olivet vivent avec une épée de Damoclès, les recherches minières pouvant être autorisées du jour au lendemain. 

En attendant, ils poursuivent la lutte, et font campagne auprès de chaque propriétaire d'un morceau de terrain, pour faire signer les bons de refus, capables de barrer la route aux prospecteurs.

Dans plusieurs des communes concernées, les opposants à la prospection minière ont aussi installé des box de récupération des vieux téléphones portables, histoire de recycler les métaux rares plutôt que de forer. Sachant que chaque téléphone en contiendrait 5 à 6 grammes, alors qu'une mine est rentable à partir de 3 grammes d'or par tonne de terre, les calculs sont vite faits !
 

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