Coronavirus et déconfinement : le calme qui règne en forêt profite à la nature, aux nouveaux-nés. Respectons-le

La forêt vient de vivre deux mois inoubliables. Ni promeneur, ni bûcheron, ni voiture, ni camion. Un printemps de rêve. Les faire-part sont nombreux mais les nouveaux-nés fragiles. L'Office National des Forêts appelle les futurs ''déconfinés'' en mal de grand air ombragé à la plus grande prudence.

La forêt influe sur la qualité de l'air, de l'eau, du sol. Elle est indispensable également à la vie des hommes.
La forêt influe sur la qualité de l'air, de l'eau, du sol. Elle est indispensable également à la vie des hommes. © France Televisions C.François
Le déconfinement est annoncé comme possible à partir du 11 mai. Le public aura donc accès aux forêts domaniales. Mais les préfets pourront toutefois moduler leur fréquentation, ou tout du moins appeler à la prudence.

C'est ce que souhaite l'Office National des Forêts qui attire l'attention de tous sur ''la sensibilité particulière de la faune sauvage'' ce printemps.

Nous l'avions signalé au début du confinement, les techniciens de l'ONF s'attendaient à un printemps particulier pour ne pas dire hors normes si tant est que les normes soient dictées par les activités humaines. En l'occurence, aucune activité humaine en forêt, à l'heure où la nature se réveille, qui aurait même osé l'espérer ?
 

Le plus épatant, c'est le calme !


C'est pourtant ce qui s'est passé : durant deux mois, les animaux de la forêt ont bénéficié d'un environnement purement naturel.

Anthony Jeanneau, technicien forestier territorial, dans la forêt domaniale de Bercé, membre du réseau naturaliste ONF Herpétofaune, témoigne. 

"Ce qui a été le plus épatant, c'est le calme, l'absence de bruits parasites (véhicules, avions, etc.) qui nous a permis d'entendre les oiseaux, les batraciens. J’ai vu des animaux en pleine journée comme je n’en ai jamais vu depuis que je suis ici. Nous devons rester attentifs à ce que la forêt redevienne ce lieu où le temps s'écoule moins vite qu'ailleurs. C'est d'ailleurs notre privilège de forestier".
Ce printemps, les animaux se sont rapidement adaptés à l'absence de l'homme en forêt.
Ce printemps, les animaux se sont rapidement adaptés à l'absence de l'homme en forêt. © Office National des Forêts
 

11 mai, fin de la trève printanière?


Le confinement a permis à la nature de vivre un début de printemps exceptionnel, en forêt notamment, de par l'absence de circulation et même de travaux forestiers dans certains massifs, suite à un hiver particulièrement pluvieux.

La période actuelle est d’autant plus sensible que la réouverture des massifs forestiers au public coïncide avec le pic de naissances des jeunes animaux sauvages.

L'Office National des Forêts appelle à l'observation de quelques règles simples  qui doivent être respectées pour préserver une faune beaucoup moins farouche, et donc plus sensible, après ces semaines sans quasiment aucun dérangement humain…
Ce jeune chevreuil augmente ses chances de survie en se déplaçant peu et économisant son énergie.
Ce jeune chevreuil augmente ses chances de survie en se déplaçant peu et économisant son énergie. © Office National des Forêts
 

Accès à la forêt, oui, mais...


Mickaël Ricordel, chef de Projet Environnement à l'ONF des Pays de la Loire, confirme ce qu'il nous disait en tout début de confinement : ''en ce début de printemps, la nature a bénéficié d'une météo favorable et d'un calme inédit".

"Les animaux se sont rapidement adaptés et leur comportement a changé. J'ai vu plus de chevreuils que d'habitude, par exemple. Les chants des oiseaux sont moins des chants d'alerte que des chants nuptiaux. Les cris d'alerte, eux, sont déclenchés plus tardivement''.


Quant aux naissances, on saura plus tard, lors des comptages ou des observations faunistiques, si 2020 est une bonne année, mais à coup sûr, les nouveaux-nés de toutes espèces sont arrivés dans un cadre idéal. ''Souhaitons que le déconfinement n'apporte pas trop de dérangement immédiat en forêt. Il faut que les animaux et leurs progénitures aient le temps de s'adapter. Mais comment vont se comporter les gens à partir du 11 mai ? C'est l'inconnue. La météo, à coup sûr, jouera un rôle important''.

Comme à chaque printemps, mais avec une insistance due à ces phénomènes liés au Covid19, l'ONF rappelle que certaines espèces nichent ou mettent bas au sol et que les chiens doivent être tenus en laisse du 15 avril au 30 juin, pour éviter toute agression ou tout dérangement d'animaux sauvages. Au printemps, la divagation constitue une infraction spécifique prévue par un arrêté du 16 mars 1955, aujourd'hui toujours en vigueur, qui peut donner lieu à verbalisation.

''Car la survie des jeunes est rendue possible notamment grâce à une dépense énergétique réduite. Un chien en liberté peut renifler et dénicher une portée ou un jeune animal, et donc, par sa seule présence, directement les menacer de mort'', conclut Mickaël Ricordel.

Les comportements humains à partir du 11 mai sont inconnus. A souhaiter que l'appel du grand air ne fasse pas oublier aux propriétaires de chiens avides de promenades en forêt que la faune y est belle, riche, mais fragile.
L'engoulevent d'Europe niche au sol, il est donc particulièrement vulnérable au printemps.
L'engoulevent d'Europe niche au sol, il est donc particulièrement vulnérable au printemps. © Office National des Forêts
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