Le Mans : ces commerçants qui se mettent au numérique pour sauver leur affaire en période de confinement

Ce deuxième confinement est un mauvais coup de plus pour nombre de commerces non essentiels. Leur seule bouée de sauvetage : internet. Beaucoup se lancent dans la vente en ligne afin de sauver les affaires.
 

Dans ce magasin de prêt-à-porter féminin, la gérante créé son site internet pour pouvoir poursuivre les ventes en période de confinement.
Dans ce magasin de prêt-à-porter féminin, la gérante créé son site internet pour pouvoir poursuivre les ventes en période de confinement. © France Télévisions
Dans cette librairie  indépendante du centre du Mans, le téléphone n'arrête pas de sonner pour des réservations de livres. Les commandes sur internet explosent.

Toute la journée, les salariés du commerce s'affairent à la préparation de colis pour des retraits mais aussi des envois par courrier. Pour le propriétaire, cette situation ne pourra pas durer après le déconfinement. Gérer à la fois la boutique et un site internet est trop lourd.
 

La vente en ligne privilégie les auteurs connus

"On a demandé à pratiquement l'intégralité de nos collaborateurs de venir explique Samuel Chauveau, le fondateur de la librairie Bulle au Mans, parce que depuis trois jours, le téléphone n'arrête pas de sonner, les commandes sur internet qui arrivent et que nous devons traiter. Mais aussi beaucoup de questions puisque les gens ne peuvent avoir accès aux livres et nous demandent des conseils. "

Pas simple lorsque vous avez une grosse perte de chiffre et que vous devez garder tout le personnel pour gérer l'activité.

Ce commerçant ne sait pas si son magasin pourra rouvrir avant les fêtes. Il en doute et s'attend à avoir beaucoup de travail pour la mise en ligne de ses livres, l'accueil téléphonique des clients et l'envoi des colis. Et puis, le libraire voit bien les limites aussi de cette pratique qui va privilégier les auteurs connus qui bénéficient d'une bonne promotion. 
Pour Samuel Chauveau, libraire au Mans, le numérique ne permet pas de conseiller le client.
Pour Samuel Chauveau, libraire au Mans, le numérique ne permet pas de conseiller le client. © France Télévisions
L'achat en ligne pourrait-il tuer le commerce traditionnel ? on se pose à nouveau la question. "Ici, on vend un album sur dix sur conseil, dit Samuel, si vous perdez cette relation avec le client, c'est toute la création qui va se trouver impactée. J'espère que ce sera quelque chose de temporaire. On a vu au moment du premier déconfinement que les gens sont revenus en masse. Battons-nous pour la façon classique de travailler, pour maintenir cette façon de commercer en véritable relation avec les gens."

Ce que confirme Pierre, un client venu chercher sa commande : "Ce serait mieux de retrouver la librairie, nous dit-il, d'avoir le plaisir de tourner autour des livres, de les manipuler, de les regarder. Là, on est obligé de prendre les livres qu'on a commandés mais à la librairie, c'est plus intéressant de voir ce qu'il s'y passe. Le plaisir d'être avec les vendeurs qui nous conseillent, de voir l'étalage des livres, toutes les nouveautés." Quelques mètres plus loin, Colibri, un magasin de prêt-à-porter féminin. Il est fermé depuis le début du reconfinement. Avant, Solveig Froger, la gérante, avait juste un site "vitrine" pour présenter ses collections sur internet. Elle a décidé maintenant de vendre sur ce site. Alors, avec son apprentie, elle met en valeur les vêtements sur des mannequins, les photographie et les met en ligne. Lorsqu'elle a ouvert son magasin, elle savait que la mise en ligne s'imposerait mais elle n'imaginait pas que cela viendrait si vite.
 

"Un site marchand, c'est devenu indispensable"

"J'avais ouvert en octobre l'année dernière, raconte Solveig.  Je me prends un premier confinement de deux mois. Là, encore un, qui va durer un mois et demi voire deux mois. Je préfère prendre les devants, rien ne me dit que dans trois ou quatre mois on ne sera pas de nouveau confiné. Et puis, un site marchand, maintenant, c'est devenu indispensable même quand on a un commerce indépendant."

Tout comme pour son collègue libraire, Solveig voit les limites de la vente en ligne et notamment le manque de conseils à la clientèle.

"Le numérique n'a pas ce contact-là, reconnaît-elle. Je ne suis pas derrière pour dire à ma cliente : la jupe vous pouvez la mettre comme ça, le pantalon, vous pouvez le porter avec ça. Il y a plein de conseils qu'on donne en boutique et qu'on ne retrouve pas sur le web."

Un autre commerce, un restaurant, dans l'est de la ville. Depuis le premier confinement, ce chef a mis en place la vente a emporter au sein de son restaurant. Il propose son menu sur son site internet et les clients viennent récupérer les commandes.

"On a une grosse demande de nos clients et ça nous permet de continuer notre activité, témoigne Jean-Sebastien Monné, le chef du restaurant étoilé L'Auberge de Bagatelle qui fournit ainsi 80 repas par jour. Ça annonce quelque chose de nouveau, qui se développe. On est obligé de penser différemment. On met d'autres choses que dans l'assiette mais on essaye de maintenir la même qualité entre le restaurant et la vente à emporter."

Quand le déconfinement viendra, il compte bien poursuivre cette activité. Il a d'ailleurs évolué dans sa pratique en utilisant des contenants écoresponsables. "On peut faire de la vente à emporter qui équivaut à cette étoile (que le restaurant possède). On continuera dans le futur. Il y a une demande. Les gens aiment bien être à la maison et avoir une cuisine de qualité."
A l'auberge de la Bagatelle, au Mans, le restaurant étoilé propose des plats à emporter.
A l'auberge de la Bagatelle, au Mans, le restaurant étoilé propose des plats à emporter. © France Télévisions
Certains clients se plaisent à mettre en valeur dans leurs assiettes chez eux, les plats qu'ils sont allés chercher chez Jean-Sébastien, "On a beaucoup de retours positifs, constate-t-il. Ils nous envoient des photos et publient sur instagram, sur Facebook les photos de leur dîner."

Restaurateurs ou commerçants indépendants, tous sont conscients que leur survie dépendra probablement du développement de leur activité sur internet. D'ailleurs, beaucoup profitent de la fermeture de leur boutique pour se former au numérique, à la création de sites et à la mise en ligne.


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