Vendée : Le diocèse de Luçon se repent pour les crimes pédophiles commis par 43 prêtres

En octobre 2020, Mgr Jacolin, évêque de Luçon, décidait au nom de l’église, de demander pardon à 65 victimes, pour les actes de pédophilie qu’elles avaient eu à subir de la part de prêtres du diocèse. Dimanche, une cérémonie de repentance aura lieu dans la Cathédrale.

Combien sont-ils en Vendée et ailleurs à avoir été abusés, violés par des prêtres ? L'évêque de Luçon fait acte de repentance pour les victimes des prêtres pédophiles recensés dans son diocèse.
Combien sont-ils en Vendée et ailleurs à avoir été abusés, violés par des prêtres ? L'évêque de Luçon fait acte de repentance pour les victimes des prêtres pédophiles recensés dans son diocèse. © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

C’est une démarche encore singulière au sein de l’église de France que celle de l'Evêque de Luçon.

La repentance, dans le cadre d’affaires de pédophilie incriminant des prêtres.

 Le 23 octobre 2020 Mgr François Jacolin s’exprimait, face à la presse, face aux victimes, en son nom, mais aussi au nom du diocèse de Luçon dont il a la charge.

« La honte au cœur, je fais acte de repentance pour tous les faits de violences sexuelles commis contre des enfants par des prêtres du diocèse dans les décennies passées. Je reconnais le poids des souffrances inscrites à jamais dans le corps et le cœur des personnes victimes de violences sexuelles dans leur enfance au sein de notre Eglise. Je tiens à redire fortement que vous, victimes, étiez des enfants innocents sous l’emprise de personnes qui ont abusé de leur pouvoir spirituel, vous entrainant dans une spirale d’horreurs et de manipulations perverses pour assouvir leurs plus bas instincts (…) ».

À la suite de cette prise de parole, l’évêque a alors pris l’engagement « qu’une plaque-mémorial sera fixée à la cathédrale de Luçon pour que soit gardée vive la mémoire des souffrances des enfants victimes de ces faits odieux et tragiques dans notre diocèse ». Et ceci pour des faits qui se sont déroulés depuis les années 40 jusqu'au mitan des années 80.

Ce dimanche, une cérémonie de repentance aura lieu dans la cathédrale. Une façon de formaliser, d’officialiser la position, ferme, de l’Evêque sur le sujet.

Jusqu’à 300 personnes pourront y assister. Et la fameuse plaque dévoilée.

Les victimes, elles, seront peu nombreuses à faire le déplacement.

Dans l'attente d'une repentance nationale

Le réconfort cela fait belle lurette qu’elles ne le trouvent plus dans les églises.

Elles ont été trahies, humiliées, leur enfance leur a été volée par les membres de cette institution qui aujourd’hui aimerait tellement se faire pardonner…

Non, le réconfort et l’écoute, la plupart d’entre elles les trouvent quand elles assistent aux réunions du collectif lancé à l’été 2019 par Jean-Paul Sautreau, l’un des leurs.

C’est lui qui le premier a osé parler, témoigner dans un livre terrible « Une croix sur l’enfance », un récit glaçant dans lequel il narre son enfance violée au séminaire de Chavagnes-en-Paillers, dans les années 60.

Ce vendredi, c’était la première fois depuis des lustres qu’ils se retrouvaient en vrai. La crise sanitaire, la distanciation physique imposée les avaient empêchés de se retrouver. Ce matin, ils étaient 18. Seize hommes et deux femmes. L’une d’elles, Colette, 66 ans n’a jamais raconté ce qu’elle a subi à sa famille. Mais elle s’est confiée aux autres membres du groupe.

À sa création le collectif comptait 5 personnes. Aujourd’hui elles sont 30. Dont deux qui sont arrivées en décembre dernier.

Le collectif initié par Jean-Pierre Sautreau compte désormais trente membres actifs
Le collectif initié par Jean-Pierre Sautreau compte désormais trente membres actifs © Fanny Borius

Le collectif des victimes de l’église de Vendée a recensé plus de 150 témoignages. "C’est la preuve, selon Jean-Pierre Sautreau, que les victimes des pédo-criminels de l’église sont plus nombreuses que les 65 personnes dénombrées par le diocèse de Luçon. De toute façon, on estime que seulement 10% des personnes concernées osent se manifester".

Si dans l’ensemble le collectif salue la démarche de Mgr Jacolin, il regrette que la repentance ne soit que locale. Car on le sait, la perversité et les crimes pédophiles au sein de l’église ne connaissent pas de frontières. Ils ne sont pas non plus cantonnés à des périodes révolues…

"Le collectif des victimes de violences sexuelles dans l'Eglise de Vendée" est aujourd’hui déterminé à œuvrer pour l’avenir, afin que les actes odieux perpétrés, dans le silence et sous la protection de certains pontes de l’institution ecclésiale ne se reproduisent plus.

Il entend mettre en place une commission d’experts psychologues et de thérapeutes pour constater les dégâts moraux mais aussi physiques que ces traumatismes ont pu engendrer. Et qu’aussi des dédommagements soient versés en compensation de ces vies brisées.

 

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