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51 cas de rougeole en Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'ARS tire la sonnette d'alarme

la recrudescence de rougeole en Provence-Alpes inquiète l'ARS. Photo illustration / © PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP
la recrudescence de rougeole en Provence-Alpes inquiète l'ARS. Photo illustration / © PHOTOPQR/L'INDEPENDANT/MAXPPP

Depuis le début de l'année, 51 cas de rougeole ont été détectés en Paca par l'agence régionale de santé (ARS), une première depuis de nombreuses années. La recrudescence de cette maladie inquiète car elle avait presque disparue. Comment en est-on arrivés là ?   

Par Sidonie Canetto

L'ARS tire la sonnette d'alarme. Depuis le début de l'année, 51 cas de rougeole ont été détectés en  Provence-Alpes-Côte d'Azur. Pour l'agence régionale de santé, la situation est préoccupante, alors que la maladie avait presque disparue des écrans de surveillance sanitaire depuis 2008.    

Que s'est-il passé en Paca ? 

C'est toute la question. Au 19 mars, l'ARS comptabilise 51 cas de rougeole recensés dans la région, dont 43 confirmés. Dans le détail sur ces cas confirmés, 25 patients ont vu leur cas confirmé biologiquement et 18 épidémiologiquement.

Le Var est le département du sud-est le plus touché avec 23 cas déclarés, selon le tableau de répartition des cas de rougeole par département de l'ARS.

Répartition des cas de rougeole par département ces trois derniers mois, selon l'agence régionale de santé. / © ARS
Répartition des cas de rougeole par département ces trois derniers mois, selon l'agence régionale de santé. / © ARS

A l'origine de cette "épidémie", un foyer a été détecté dans une école primaire et maternelle du Var avec 17 cas, dont 6 confirmés et 11 probables en un mois. 

Le premier s'est déclaré le 14 février, le dernier le 13 mars. Trois patients ont été hospitalisés. Un seul malade était vacciné avec les 2 doses.

Ce qui inquiète l'ARS, c'est que plusieurs patients ont débuté leur maladie à l'étranger. C'est le risque d'assister à une diffusion de la rougeole dans des pays indemnes de la maladie depuis plusieurs années, notamment au Costa Rica.

C'est aussi dans la même période, entre le 3 et le 17 mars, qu'un autre foyer a été détecté à la station de la Foux d'Allos, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Là, 6 malades déclarés, dont 1 confirmé et 5 cas probables.

Deux personnes ont été hospitalisées. L'une d'elle a développé une pneumopathie des suites de sa rougeole. Aucun des malades n’était vacciné. Deux malades résidant en région parisienne et ayant fréquenté la station ont également été signalés.

Pour autant, la région Paca n'est pas la plus touchée en France. Selon le dernier bulletin de veille hebdomadaire de l'ARS, c'est la région Auvergne-Rhône-Alpes la plus concernée avec un nombre record de 55 cas.
 

Quelles sont les personnes les plus touchées ? Et pourquoi ?

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, ce sont surtout les enfants qui sont concernés. La rougeole reste une maladie surtout infantile. Les plus touchés sont les enfants de moins de un an, avec plus de 8 cas sur 10, car ils n'ont pas encore eu la totalité des injections des vaccins, explique l'ARS. Viennent ensuite ceux âgés de un à quatre, près d'1 cas sur 2. 

Les préconisations vaccinales recommandent une première injection à 12 mois puis une seconde à 18 mois. Autre partie de la population à risque, les femmes enceintes non immunisées. Développer la rougeole peut alors avoir un impact sur le développement du foetus.

Quel est le taux de cas de rougeole en fonction de l'âge ? Voici les chiffres fournis par l'agence régionale de santé. / © ARS
Quel est le taux de cas de rougeole en fonction de l'âge ? Voici les chiffres fournis par l'agence régionale de santé. / © ARS

 

La rougeole avait (presque) disparu, pourquoi ce retour ?

La rougeole était une maladie mortelle avant l'arrivée de la vaccination. Au pire, elle tuait chaque année plusieurs centaines de personnes. Dans le meilleur des cas, des milliers d'enfants en gardaient des séquelles neurologiques.

La vaccination introduite en 1960 a fait reculer l'épidémie jusqu'à presque l'éradiquer, en 2006 et 2007 avec plus qu'une quarantaine de cas seulement en France.

Jusque dans les années 1990, les préconisations étaient d'une seule injection, désormais c'est deux. Beaucoup d'adultes n'ont alors reçu qu'une dose et ne sont pas totalement protégés contre la rougeole, qui en a profité pour faire son retour.

Entre 2008 et 2011, 23 000 cas ont été déclarés dont 15 000 pour la seule année 2011. En trois ans, la rougeole a provoqué plus de 900 pneumopathies graves, 26 encéphalites et 10 décès.

Si l'épidémie de rougeole est en baisse depuis 2012, le virus n'est pas éradiqué et continue de se propager en particulier dans le sud-est de la France.

L'ARS indique que 93% des cas touchent des sujets non ou mal vaccinés. 58 départements sont concernés par au moins un cas de rougeole déclaré depuis le début de l'année 2019. 

Sur les 405 patients recencés en France, 127 ont été hospitalisés. 34 ont débouché sur des pneumopathies et une personne est décédée d'une encéphalite.
 

Y-a-t-il une baisse de la vaccination ?

C'est l'une des explications avancées. L'enquête menée par l'ARS autour des cas de rougeole met en évidence des cas groupés dans des communautés incomplètement ou non vaccinées. C'est de là que naissent les épidémies, en raison de la faible couverture vaccinale.

Depuis 2011, le calendrier vaccinal préconise une injection à 12 mois, puis une seconde vers 16-18 mois. Les deux doses sont remboursées à 100% par l'assurance maladie jusqu'à 17 ans. La vaccination n'est pas pratiquée avant l'âge d'un an, car les tout-petits peuvent avoir des anticorps maternels qui neutralisent le vaccin et le rendent inefficace. 

En France, environ 90% des enfants de 2 ans ont reçu au moins une dose. Les autorités sanitaires souhaiteraient que 95% des enfants de 2 ans aient reçu la 1ère dose du vaccin, et que 80 % en aient eu deux.  A 6 ans, 90 % des enfants devraient avoir reçu les deux doses. C'est une vaccination sans rappel. 


Vaccin obligatoire à l'école ? Pour tous ? 

Obligatoire pas vraiment. Jusqu'au 1er janvier 2018, le vaccin ROR (c'est son nom, il traite rougeole, les oreillons et la rubéole) était simplement recommandé et non obligatoire. De nombreux enfants rentrés en crèche et au primaire n'ont pas été vaccinés.

C'est depuis seulement un an que le vaccin ROR fait partie des 11 vaccins obligatoires pour les enfants scolarisés. Pour les enfants non vaccinés avant janvier 2018, il n'y a aucune obligation de se faire vacciner. Mais vu la situation, il y a une très forte recommandation de la part de l'ARS.
 
 "Lorqu'une personne contagieuse est en contact avec des personnes non vaccinées, l'épidémie se propage très rapidement. C'est ce qui s'est passé l'an dernier dans une zone de couverture vaccinale faible dans le nord-est de la France", explique le Docteur Christine Ortmans, docteur à la veille et sécurité sanitaire à l'ARS PACA.  

En revanche, "si la personne contagieuse est en contact avec des personnes vaccinées, l'épidémie ne prend pas." CQFD. 
 

Temps d'incubation et contamination de la rougeole ? 

Le développement de la maladie est plutôt sournois, explique Christine Ortmans. "La période d'incubation est de 7 à 18 jours et pendant ce laps de temps aucun signe n'est visible". 

"Le patient infecté devient contagieux 5 jours avant l'irruption cutanée et 5 jours après". Surtout, la rougeole est une maladie très contagieuse, bien plus que la grippe.

"Elle peut se propager à une quinzaine voire une vingtaine de personnes contrairement à la grippe qui contamine environ 2 à 3 personnes", précise Christine Ortmans.

Les symptômes sont, pendant trois à quatre jours, une forte fièvre avec de la toux, une irritation occulaire accompagnée d'une sensibilité à la lumière et un écoulement nasal.
 
Dans un deuxième temps, une éruption cutanée survient avec des petites taches rouges. D'abord sur le visage, puis derrière les oreilles avant de se répandre sur tout le corps. Cette phase dure quatre à cinq jours. Bonne nouvelle, si vous avez eu la rougeole une fois, vous êtes immunisés.
 

Et pour les adultes ? 

Adulte, on peut tout à fait se faire vacciner si l'on n'a jamais été vacciné contre la rougeole. C'est le même protocle de soin que pour les enfants. Il faut deux injections pour être protégé.

Avec une mise en garde pour ceux qui hésiteraient de peur de la piqûre : comme toutes les maladies infantiles, lorsqu'elle se développe chez l'adulte, elles ont tendance à être nettement plus virulente.
 

La rougeole peut-elle tuer ?

Dans certains cas oui. Une personne est décédée des suites d'une rougeole, un cas d'encéphalite. Et il y a aussi eu un précédent à Nice, où une adolescente de 16 ans est décédée de complications. Car c'est tout le danger. La rougeole peut entraîner des complications sévères, comme la pneumonie, la surdité, ou des encéphalites allant jusqu'au décès. 

L'hospitalisation se fait dans un tiers des cas. Chez les tout-petits de moins d'un an et chez les plus de 20 ans, la rougeole est particulièrement grave. Les malades de plus de 15 ans sont hospitalisés dans un cas sur deux.

C'est plutôt rare en France, tempère toutefois l'ARS.

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