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Procès Cannes-Torcy : les avocats des "Syriens" dénoncent un "massacre judiciaire"

"Un massacre judiciaire": c'est par ces mots que les avocats des accusés ayant séjourné en Syrie parmi les membres présumés de la filière jihadiste de Cannes-Torcy ont dénoncé ce mercredi 21 juin des réquisitions disproportionnées et la "faiblesse des preuves". Mots choisis.
Depuis deux mois, vingt hommes - dont trois en fuite - sont jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris. Verdict attendu ce jeudi 22 juin en soirée.
Depuis deux mois, vingt hommes - dont trois en fuite - sont jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris. Verdict attendu ce jeudi 22 juin en soirée. © Maxppp

On vous demande un massacre judiciaire, de nos valeurs, de notre droit", a lancé Me Thomas Klotz. 



Depuis deux mois, vingt hommes - dont trois en fuite - sont jugés devant la cour d'assises spéciale de Paris pour leur appartenance à une filière dangereuse "qui a porté le jihad sur le sol français" selon l'accusation, qui a requis jusqu'à la perpétuité contre l'auteur présumé d'un attentat dans une épicerie casher de Sarcelles (Val-d'Oise) en 2012.


► Le point sur ce procès fleuve à quelques heures du verdict :
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Procès Cannes-Torcy : les avocats des “Syriens“ dénoncent un ”massacre judiciaire”



Des peines de 16 et 20 ans, assorties d'une période de sûreté des deux tiers, ont été requises à l'encontre d'Abdelkader Tliba et d'Ibrahim Boudina, qui ont passé seize mois en Syrie entre fin 2012 et janvier 2014. 

Me Klotz a souligné l'"anachronisme" qu'il y avait à juger 2012 -  quand "les juges pensaient que la menace jihadiste ne viendrait pas de la Syrie mais du Mali" - dans le contexte d'aujourd'hui. 

Il est "furieux" que le juge d'instruction ait requalifié au dernier moment les poursuites contre son client, en "criminalisant" l'association de malfaiteurs à visée terroriste (AMT), faisant passer la peine encourue de dix à vingt ans, sans "aucun élément nouveau". 

Après les attentats de 2015 en France, la politique du parquet a été de systématiquement criminaliser les départs en Syrie, estimant qu'on ne peut plus prétendre aller
seulement y faire de l'humanitaire.

Mais avant? s'insurge Me Klotz. Abdelkader Tliba a parlé 45 minutes en deux mois. On ne sait rien ou presque de son séjour en Syrie".


Bruno Vinay, un avocat d'Ibrahim Boudina, a expliqué qu'à l'époque où il gagne la Syrie, le front Al-Nosra n'est pas encore considéré comme une entreprise terroriste, que lorsqu'il quitte Alep, la ville est aux mains de rebelles hostiles au président Bachar Al-Assad, le groupe État islamique s'en emparant plus tard. 

Ibrahim Boudina, chez qui des explosifs ont été retrouvés après son interpellation, est lui poursuivi pour une AMT criminelle depuis le début. Mais "quelle association", demande l'avocat, alors que rien selon lui ne relie Boudina aux chefs du groupe?

Ibrahim Boudina revient dans le cadre d'un projet individuel", a affirmé Me Vinay, dénonçant l'utilisation opportuniste de l'AMT alors que l'infraction de projet individuel "n'existait pas encore" dans le droit français.




- avec AFP
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