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Procès de la filière jihadiste de Cannes-Torcy : les derniers mots des accusés

Après deux mois de procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, vingt membres présumés de la filière jihadiste de Cannes-Torcy, considérée comme une des plus dangereuses de France, seront fixés ce jeudi 22 juin sur leur sort.
Procès de la filière jihadiste de Cannes-Torcy :  les derniers mots des accusés
Procès de la filière jihadiste de Cannes-Torcy : les derniers mots des accusés © France 3
L'accusation les croit "prêts à recommencer" et a demandé des "peines exemplaires", allant jusqu'à la perpétuité pour Jérémy Bailly, l'auteur présumé d'un attentat raté à la grenade dans une épicerie casher de Sarcelles (Val-d'Oise) en 2012. De lourdes peines, de 14 à 20 ans de prison, ont été requises pour des séjours en Syrie ou des projets d'attaque.


► Rappel de l'affaire :

durée de la vidéo: 01 min 07
Procès Cannes-Torcy : les avocats des “Syriens“ dénoncent un ”massacre judiciaire”


Avant que la cour ne se retire pour délibérer, la parole a été donnée ce jeudi matin une dernière fois aux accusés, âgés de 23 à 33 ans, dont dix comparaissent détenus et sept libres (trois sont en fuite):

Mettre une peine pharaonique à une personne, c'est en faire un dissident, un haineux", a soufflé Jérémy Bailly entre deux sanglots. 



Plusieurs se sont excusés pour leur "comportement dans le box", pour avoir parfois ri, bavardé. Ils ont appelé la cour à se garder de toute "passion", alors que trois attentats ont été commis en France depuis le début du procès le 20 avril. 

La défense avait aussi exhorté la cour à ne pas juger "dans la peur", à s'arrimer au code pénal pour rendre "la justice" et ne pas partir "en croisade".

L'une des plus dangereuses de France 



Trois ans avant les attentats parisiens de 2015, cette cellule était considérée comme une des plus dangereuses de France. A l'audience, elle a été décrite par les enquêteurs comme "le chaînon manquant" entre le jihadiste toulousain Mohamed Merah et le réseau qui allait frapper la salle de spectacles du Bataclan. 



L'attentat de Sarcelles, un crime antisémite et leur principal fait d'armes, n'a pas fait de mort "mais l'intention était bien de tuer", avait martelé l'avocat
général Philippe Courroye, fustigeant l'apparente désinvolture de certains accusés, signe selon lui d'une "radicalité" toujours intacte.


"Sachez que j'aime la vie"


L'accusation a dessiné au fil de l'audience le portrait d'une filière redoutable, fruit du rassemblement des "frères" de Cannes, sous les ordres de Jérémie Louis-Sidney, un chef violent "bouillant" de sa haine des juifs, et des "frères" de Torcy (Seine-et-Marne), autour de Jérémy Bailly, le fidèle lieutenant. 

© France 3


En l'absence du chef, tué lors de son interpellation, la peine la plus lourde a été requise à l'encontre de Jérémy Bailly: la perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 22 ans, "une peine de mort civile" pour sa défense. 


Jérémy Bailly, qui n'a pas caché son engagement jihadiste, a toujours nié sa participation à cet attentat, comme l'en accuse Kevin Phan, le chauffeur de l'équipée, benjamin
du groupe. Contre ce dernier, 25 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté des deux tiers, ont été demandés.

"Plus que la durée de sa vie", a relevé son avocate. 


Des peines de 16 à 20 ans, avec une sûreté des deux tiers, ont été requises à l'encontre des "Syriens" de la bande. Sont notamment concernés Ibrahim Boudina,
qui a passé seize mois en Syrie et qui était selon l'accusation "revenu pour commettre un attentat" sur la Côte d'Azur, et Jamel Bouteraa, qui n'a passé qu'un mois en
Syrie mais est accusé d'avoir "fait des repérages en vue d'une attaque contre des militaires".

Des peines de 2 à 9 ans de prison ont été requises à l'encontre des sept accusés comparaissant libres.
Se défendant de "faire le procès de l'islam", l'accusation a cherché à décrire le "fanatisme criminel" de vingt hommes, issus de familles aisées ou ouvrières, originaires d'Algérie, du Laos ou de France, dont "plus de la moitié sont des convertis".

A l'heure du verdict, Jamel Bouteraa a voulu regarder devant lui:

"Ce procès-là, il m'a appris beaucoup de choses, sur moi, sur vous. On a tous un coeur ici. Sachez que j'aime la vie."


- Avec AFP
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