Incroyable imbroglio au mondial d’apnée : l’athlète Japonaise médaillée d’or malgré son évacuation médicale

Sacrée championne du monde, puis éliminée après la fronde des apnéistes, la Japonaise Hanako Hirose a finalement récupéré son titre !

Par Michel Bernouin

C’est un feuilleton dont le championnat du monde d’apnée Aida, qui se termine ce samedi à Villefranche-sur-Mer, se serait bien passé. L’athlète Japonaise Hanako Hirose a récupéré ce vendredi soir son titre de championne du monde, qui lui avait été retiré la veille après la fronde d’une majorité d’apnéistes. Retour sur un imbroglio inédit.

Jeudi matin à 8h30, Hanako Hirose s’élance pour une descente à – 101 mètres à la monopalme. C’est la plongée la plus profonde annoncée chez les féminines dans l’épreuve de poids constant avec palme. Si elle réussit son pari, elle sera championne du monde.

La Japonaise plonge, récupère une plaquette à 101 mètres comme prévu, et remonte. Lorsqu’elle réapparait à la surface, plusieurs personnes présentes observent qu’elle n’a pas un comportement tout à fait normal. Hanako Hirose réalise pourtant son protocole de sortie obligatoire dans le délai imparti : elle retire son pince-nez, fait le signe OK de la main et dit "I’m OK". Sa performance est validée, elle est championne du monde.

Mais une fois ce protocole terminé, l’apnéiste reste tétanisée sur le câble officiel. Les apnéistes de sécurité doivent intervenir pour la décrocher. Il la placent immédiatement sous oxygène et la transportent sur le bateau médical où elle est prise en charge, puis évacuée vers l’hôpital Pasteur 2 de Nice...
 

"Elle a pu quitter l’hôpital dans l’après-midi mais souffre d’un œdème pulmonaire d’immersion" précise le docteur Karl Willem, le médecin qui l’a prise en charge sur le bateau et accompagnée jusqu’à l’hôpital.

Jeudi 17h30, sur le plateau du "Journal du mondial", la Niçoise Alice Modolo, classée 4e, dénonce la décision des juges. "C’est une décision qui porte atteinte à l’image de notre sport."
 

 

Menace de grève

Une demi-heure plus tard, en comité des athlètes, Claude Chapuis, l’organisateur du mondial, conteste à son tour cette décision et appelle les apnéistes à faire pression sur les juges pour qu’ils disqualifient Hirose.

Pierre Frolla, le responsable de l’équipe des apnéistes de sécurité, annonce que si la Japonaise est médaillée, il retirera son équipe de l’organisation, ce qui compromait la tenue de l’épreuve de poids constant avec palme masculine prévue le lendemain. Une menace de grève très mal perçue sur la forme, mais efficace sur le fond.
 

Conciliabule

A 19h15, après une heure d’interruption du comité marqué par des conciliabules, les juges annoncent qu’ils ont visionné les images du protocole de Hirose et que sa performance n’est pas validée, la carte blanche n’ayant pas été sortie avant l’intervention des apnéistes de sécurité. La Japonaise est disqualifiée.

Vendredi après-midi, nouveau coup de théâtre : à la fin du comité d’athlètes, les juges annoncent qu’ils reviennent sur leur première décision. Hanako Hirose a bien réalisé son protocole, sa performance est validée, elle est championne du monde. Aucune protestation officielle n’ayant été formulée dans les délais, la décision est définitive !

Sur Facebook, Hanoko Hirose prend enfin la parole : "ma plongée ne devrait pas être une carte blanche, estime l’apnéiste. Je serais heureuse si un autre athlète protestait contre ma plongée. Mais cela n’est pas arrivé."

 


Son titre de championne du monde en poids constant avec palme devrait lui être officiellement remis ce vendredi soir. Dans le village, des athlètes ne cachent pas qu’elle sortirait grandie de cette histoire en refusant sa médaille.
 

Civière et médaille

Dans tous les cas, cette situation rocambolesque laissera des traces. Négatives sans doute pour l’image de l’apnée, en renforçant l’idée qu’il s’agit d’un sport dangereux. C’est ce que regrettent beaucoup d’apnéistes, au premier rang desquels Alice Modolo, qui est finalement classée 4e. Son coach confirme : "pour l’image de l’apnée, il n’est pas possible de voir un athlète sortir de l’eau sur une civière et être médaillé !"

Mais il y aura sans doute aussi du positif dans cette affaire : le règlement Aida pourrait évoluer dans les prochaines semaines. Outre les 15 secondes de protocole du retour à la surface, pourrait y être ajouté une obligation pour l’apnéiste de sortir de l’eau par ses propres moyens. Et éviter qu’un athlète qui valide un protocole mécaniquement avant de perdre connaissance ne puisse être médaillée.
 

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