Procès de l'attentat de Nice. Les parties civiles à la barre pour témoigner de "l'atrocité" et rendre hommage "à la vie"

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Écrit par Anne Le Hars .

A partir de ce mardi 20 septembre, près de 300 parties civiles vont venir témoigner à Paris au procès de l'attentat de Nice. Pour elles, c'est le moyen de dire à la cour l'"atrocité" de ce qu'elles ont vécu, de "tourner une page" ou de "rendre hommage" aux disparus.

"Je vais essayer de montrer qui était Camille, ce qu'elle avait fait dans sa courte vie. Ce sera un hymne à la vie", prévoit ainsi Anne Murris, qui évoquera le 29 septembre sa fille unique, tuée à 27 ans par le camion-bélier de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel le 14 juillet 2016.


Depuis le 5 septembre, la cour d'assises spéciale de Paris juge huit accusés, membres de l'entourage de l'assaillant ou soupçonnés de trafic d'armes.

Après avoir convoqué enquêteurs, experts techniques et spécialistes des traumatismes, la cour consacre cinq semaines à entendre les parties civiles qui le souhaitent, 288 à ce jour.

Certaines étaient présentes sur la Promenade des Anglais le soir de l'attaque et ont été blessées ou traumatisées, d'autres y ont perdu un ou plusieurs proches, parfois une famille entière.

Revoyez nos témoignages d'avant le début du procès :

Stéphane Erbs, époux endeuillé, assiste au procès pour "mettre des visages sur les noms" des prévenus. 

 Laura Magrino, encore paralysée par la peur 6 ans après.

    Marc Phalip, quand le sauveteur devient victime.

    Pour Kenza, une enfance gâchée par le traumatisme.

    Valérie, la peine d’une victime indirecte.

    La famille Borla, le témoignage d’une famille déchirée.

    Ces dépositions vont permettre d'"avoir un point de vue plus humain sur ce qui s'est passé" le 14 juillet 2016, après la projection jeudi dernier des images de vidéosurveillance de l'attentat, observe Virginie Le Roy, avocate de 105 parties civiles, dont une quinzaine témoigneront.

    La parole des victimes dans un procès terroriste est essentielle pour se rendre compte de l'atrocité des faits

    estime aussi Yves Hartemann, avocat d'environ 60 parties civiles.

     "Je ne pense pas que je vais raconter la scène en détail", indique toutefois Sophie Desvergnes, musicienne qui jouait sur une estrade le soir de l'attaque. Elle entend "surtout parler de l'après", "dire aux juges, au public à quel point notre vie peut être transformée", même si "je n'ai perdu personne ce soir-là, je n'ai pas été blessée physiquement".

    La contrebassiste éprouve une certaine "appréhension" avant sa venue à la barre, le 6 octobre, mais ne pense pas que cela ravivera son traumatisme. "Les choses, elles se sont jamais éteintes, elles sont là en permanence en moi".

    "Un travail contre l'oubli"

    Déposer à la barre, pour Anne Murris, c'est "un travail contre l'oubli", pour "rendre hommage" aux proches disparus "dans la solennité d'un tribunal".
    "C'est un exercice que je redoute", confie la présidente de Mémorial des anges, consciente qu'à la barre elle redeviendra "la maman de Camille Murris, replongée six ans en arrière, quand je cherchais mon enfant" après l'attentat.

    Certains ont rédigé un texte au mot près, d'autres ont pour l'instant "des bulles d'idées" en tête, comme Stéphane Erbs, qui évoquera le 30 septembre - "le jour de mon anniversaire" - sa femme Rachel, une des premières victimes du parcours meurtrier de l'assaillant.


    Le coprésident de Promenade des anges, qui prendra une seconde fois la parole au nom de ses 400 adhérents, entend "mettre en avant les belles choses qu'on fait dans l'association" - soutien scolaire, sorties, séances d'équithérapie et de shiatsu - "plutôt que se plaindre".

    Il a aussi prévu de s'adresser aux accusés, notamment les trois poursuivis pour association de malfaiteurs terroristes, pour "leur dire qu'on n'est pas naïf, et que je ne crois pas à leur discours", affirmant qu'ils ne connaissaient pas les intentions de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel.

    Avec AFP

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