Suicide d'un enseignant à Valbonne : le CHSCT décide de mener une enquête

Jour de la rentrée scolaire au CIV de Valbonne. Le professeur de SVT s'est suicidé le 21 septembre 2019 à son domicile. / © FTV
Jour de la rentrée scolaire au CIV de Valbonne. Le professeur de SVT s'est suicidé le 21 septembre 2019 à son domicile. / © FTV

Un comité extraordinaire sur les conditions de travail (CHSCTA) s'est réuni jeudi 10 octobre à Nice après le suicide d'un professeur de lycée de Valbonne. L'ouverture d'une enquête conjointe avec trois membres du rectorat et trois membres des syndicats a été décidée. 

Par Aline Métais, Laurent Verdi avec AFP

Il y aura donc une enquête. Face au malaise provoqué par le suicide de Frédéric Boulé, enseignant au lycée de Valbonne, le CHSCT* réuni en urgence ce jeudi 10 octobre a décidé d'ouvrir une enquête conjointe entre le rectorat et les syndicats. Concrètement, trois membres du rectorat de Nice et trois membres des différents syndicats d'enseignants mèneront l'enquête.

"En toute transparence"


Contacté après la réunion, Jean-Pierre Laugier, secrétaire du CHSCT, affirme qu'elle se déroulera "en toute transparence". Il précise : "c'est un protocole que nous avions mis en place l'année dernière. C'est la première fois que cette procédure servira. L'objectif est de travailler en bonne intelligence, d'auditionner éventuellement des collègues qui souhaitent être entendus."

"Améliorer les choses"


Il souligne : "ce n'est pas une enquête policière. On n'est pas là pour chercher des coupables, l'objectif est d'améliorer les choses". Il n'y a pas encore de date arrêtée mais le syndicaliste souhaite que cette enquête commence "le plus rapidement possible".
 

Enseignant de SVT


Frédéric Boulé, 58 ans, enseignant de SVT depuis 28 ans au lycée international de Valbonne, s'est donné la mort chez lui le 21 septembre, ce même jour, Christine Renon, directrice d'une école maternelle de Pantin (Seine-Saint -Denis), écrivait une lettre avant son suicide. 

Elle a mis fin à ses jours dans son établissement après avoir adressé cette lettre à ses collègues, évoquant "son épuisement" professionnel. Selon les premiers éléments recueillis, M. Boulé n'aurait pas laissé d'écrits expliquant son geste.

"Médecin de la prévention du rectorat"


Il s'est donné la mort "cinq jours après avoir rencontré le médecin de la prévention du rectorat", souligne cependant Fabienne Langoureau, co-secrétaire générale du SNES-FSU de Nice que France 3 Côte d'Azur a joint par téléphone ce vendredi matin. Dans un communiqué sur son site internet, le syndicat lie le drame à "l'absence d'aménagement des fins de carrière, d'une véritable médecine du travail, et de possibilité de reconversion".
 

Un lien avec le travail ?


Interrogé sur ce lien possible entre le suicide de l'enseignant et son travail, le rectorat a indiqué "ne pas vouloir faire de commentaire pour l'instant". "A la demande d'un représentant du Snes FSU, le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail va se réunir pour parler du décès de cet enseignant", a-t-il ajouté.


Ce comité est composé par des représentants de l'administration et du personnel, il se réunit le jeudi 10 octobre. Le rectorat a déjà annoncé qu'il ne communiquera pas à l'issue de cette réunion.

Réformes successives

    
"Ce nouveau drame met une fois de plus en évidence ce que le Snes-FSU n'a cessé de dénoncer, à savoir la dégradation des conditions de travail dans l'éducation nationale : réformes successives, malgré l'opposition quasi unanime du corps enseignant, désorganisation permanente, nouvelle forme de gestion née du New Management, ont des effets dramatiques sur les personnels", déplore le syndicat.
    
Les collègues de M. Boulé, cités dans Nice-Matin, décrivent un homme amateur de voyages, de randonnées et de sorties, passionné par son métier, mais qui n'y trouvait plus de sens, "ni pour lui, ni pour ses élèves".

Malaise


Plus globalement, le syndicat d'enseignants dénonce le malaise qui règne depuis la rentrée chez les enseignants : manque de préparation face au nouveau bac, passage de la réforme en force, absence de dialogue social... Le pessimisme gagnerait les professeurs de lycée incapables de préparer leurs élèves pour des épreuves et des sujets du contrôle continu... qu'ils ne connaissent pas. Une impréparation qui a conduit le syndicat à demander l'annulation des épreuves prévues pour janvier au ministère de l'Education. 

* CHSCT : comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail. 

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