Faute de bois français, une papeterie de Tarascon importe son bois du Vénézuela

Ces copeaux arrivent par bateau du Vénézuela. / © France 3 Provence-Alpes
Ces copeaux arrivent par bateau du Vénézuela. / © France 3 Provence-Alpes

17 jours de navigation depuis le Vénézuela pour livrer 30 000 tonnes de bois à une papeterie de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. C'est l'une des plus grandes usines de France et elle ne trouve pas de bois sur le territoire national. Les arbres des forêts françaises ne sont pas assez disponibles.

Par Olivia Malongo avec AFP

Inlassablement, les grues plongent leurs bras dans les entrailles du GreenSeason, déchargeant des montagnes de copeaux de bois. Le bateau a navigué 17 jours depuis le Vénézuela pour apporter plus de 30.000 tonnes de matière première, vitale pour la papeterie de Tarascon. Des barges vont ensuite remonter le Rhône pour amener la précieuse cargaison à l'usine, l'une des plus grandes de France, située à 60 kilomètres en amont.

Fermeture de l'usine, faute de bois

Au pied de l'immense cheminée fumante s'étalent des piles de rondins. 80.000 tonnes de bois, soit à peine un mois de production. Car le propriétaire de l'usine, le groupe Fibre Excellence a beaucoup de mal à se fournir en bois. Il y a six mois, il a dû se résoudre à commander cette cargaison exceptionnelle d'Amérique du Sud, alors que la forêt française est pourtant l'une des plus grandes d'Europe (4e en surface, 3e en volume de bois).

En février dernier, nous avons dû fermer pendant trois semaines, faute de bois"


explique Alexandre Razgonnikoff, directeur de l'usine. L'arrêt a coûté 3,6 millions d'euros. 
La barge a navigué pendant 17 jours pour livrer ces copeaux de bois à Tarascon. / © France 3 Provence-Alpes
La barge a navigué pendant 17 jours pour livrer ces copeaux de bois à Tarascon. / © France 3 Provence-Alpes

Des forêts françaises pas assez productives

Sur la petite dizaine de papeteries qui restent en France, celle de Tarascon est l'une des deux seules à produire de la pâte à papier brute, en majorité pour l'export. Cuits dans une gigantesque cuve à 170°C, mélangés à de la soude caustique, lavés, blanchis, essorés et aplatis, les copeaux ressortent sous forme de feuilles immaculées de pâte à papier. Très lourdes, ces installations industrielles sont non seulement longues à arrêter et à redémarrer, mais elles ne peuvent tourner qu'au maximum de leur capacité, 24h/24. L'usine consomme 1,2 million de tonnes de bois par an, pour une production de 280.000 tonnes de pâte à papier. Un approvisionnement régulier en bois est donc crucial. Mais les arbres des forêts françaises ne sont pas assez disponibles, regrettent les responsables de l'usine.

Depuis la tempête Klaus en 2009, qui a fait tomber beaucoup de bois, le gâteau est devenu plus petit et on est plus nombreux à manger dessus, à cause du développement des chaudières à biomasse"


explique François Lewin, responsable de l'approvisionnement en bois.
Reportage d'Olivier Chartier-Delègue et Francis Di Cesare

Du bois d'Espagne et d'Europe du nord

La crise dans les scieries françaises n'a rien arrangé "alors qu'elles étaient des mobilisatrices de bois", revendant ensuite aux papeteries les parties des arbres qu'elles n'utilisaient pas, ajoute-t-il. Résultat: depuis quelques années, 10 à 20% des besoins de l'usine ne sont pas couverts par le bois local et la direction a dû à plusieurs reprises importer du bois d'Espagne et d'Europe du Nord, "ce qui coûte un tiers plus cher", mais reste plus rentable que de stopper l'usine, souligne Philippe Gaudron, directeur général de Fibre Excellence. Mais ces pays sont eux aussi confrontés à des problèmes d'approvisionnement, 

il est plus fastidieux de faire venir le bois par train ou camion d'Europe du Nord"


alors que des bateaux chargés de copeaux font déjà la liaison entre l'Amérique du Sud et l'Europe centrale, explique M. Gaudron.
La papeterie de Tarascon emploie 270 personnes. / © France 3 Provence-Alpes
La papeterie de Tarascon emploie 270 personnes. / © France 3 Provence-Alpes


Un quai de Fos spécialement aménagé

Récolté dans des plantations industrielles de pin au Venezuela, le bois a donc remonté le fleuve Orénoque, traversé l'Atlantique et le détroit de Gibraltar avant d'arriver dans le sud de la France. L'opération est une première en France pour un bateau aussi grand, assurent les dirigeants. Un quai du port de Fos a été aménagé spécialement pour recevoir le navire. Une organisation titanesque pour un chargement qui fournira seulement dix
jours de production. François Lewin veut donc tout faire pour que cette solution ne soit que "transitoire". Pour assurer la pérennité de l'usine, qui emploie 270 personnes, il vise un approvisionnement "à 100% de bois local". Pour atteindre cet objectif, Fibre Excellence mobilise une équipe de six personnes pour aller frapper à la porte des propriétaires privés de la région, afin de les convaincre d'exploiter leur bois. En deux ans, 20.000 tonnes ont ainsi pu être récoltées. La direction en espère 80.000 de plus dans les prochaines années.

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