Coronavirus : les urgences de La Timone engorgées par le dépistage massif organisé à l’IHU

Illustration. Aux urgences de l'hôpital de La Timone (Marseille), en octobre 2019. / © VALERIE VREL / MaxPPP
Illustration. Aux urgences de l'hôpital de La Timone (Marseille), en octobre 2019. / © VALERIE VREL / MaxPPP

Dimanche, plus de 1.600 personnes ont été testées à l’IHU, situé sur le site de l'hôpital de La Timone. Un afflux qui inquiète le personnel soignant, car certaines personnes sont prêtes à tout pour parvenir à se faire dépister, y compris à faire appel aux urgences.

Par Nathalie Ramirez

"La file d’attente remonte le boulevard Baille, c’est incroyable !". Louise*,  infirmière aux urgences de La Timone à Marseille, n’en revient toujours pas. Dès  7h ce lundi matin, le bâtiment de l’IHU était littéralement pris d’assaut !

Son service est placé juste en face. Pas directement concerné normalement par le dépistage massif proposé à l'IHU, où le Pr Raoult défend l'usage de la chloroquine contre la maladie.
La file d'attente pour se faire dépister du coronavirus Covid-19, devant l'IHU à Marseille, le 22 mars 2020. / © E. ZINI / FTV
La file d'attente pour se faire dépister du coronavirus Covid-19, devant l'IHU à Marseille, le 22 mars 2020. / © E. ZINI / FTV

Des urgences utilisées comme "coupe-file !"

Pourtant depuis dimanche, les urgences sont engorgées. Des patients qui "évoquent une douleur thoracique et sont emmenés par les pompiers, puis, qui à leur arrivée réclament simplement un dépistage au Covid-19", raconte l’infirmière.

Une manière dit-elle de "passer devant les autres, d’aller plus vite, une sorte de coupe-file". Choquée, elle a fait part de son constat à d’autres infirmières et découvert qu’il ne s’agit pas de cas isolés, mais d’une pratique désormais courante.
 

C’est psychologiquement épuisant

Une situation d’autant plus inquiétante que le service n’est pas aussi bien doté en masques que l’IHU où s’effectuent les tests, selon elle. Il a donc fallu se réorganiser.

"Depuis ce matin, la moitié des urgences est exclusivement consacrée à ces patients venus se faire dépister".

"Les protocoles d’accueil ne cessent d’évoluer, il faut s’habiller, se déshabiller entre chaque visite, enfiler deux paires de gants, deux blouses, or il manque des masques, c’est psychologiquement épuisant !".

Le confinement n’est plus respecté

Une situation intenable et inquiétante, c’est aussi l’avis de Julie* qui travaille dans le service d’Oncologie à La Timone. L'infirmière est plus alarmiste et craint une propagation du virus au sein de l’hôpital.

Pour elle, le confinement n’est plus respecté. "Tout ce monde va se faire dépister au même endroit, va dans la même salle d’attente, ils vont toucher les mêmes portes, c’est l’inverse de ce qui est demandé".
Dépistage du coronavirus à l'IHU, sur le site de l'hôpital de La Timone à Marseille, le 22 mars 2020. / © E. ZINI / FTV
Dépistage du coronavirus à l'IHU, sur le site de l'hôpital de La Timone à Marseille, le 22 mars 2020. / © E. ZINI / FTV

Des comportements qui choquent

Et puis il y a ces comportements qui choquent "parmi ceux qui attendent dans la file", ajoute-elle.

"Il y en a qui ne viennent que pour obtenir un masque, alors que nous, infirmières, sommes obligées de nous restreindre" et d'ajouter en colère : "Nous on a droit à un masque par jour! Ils sont sous scellés, on doit écrire notre nom dessus ! Parfois on bricole pour le faire tenir, hier il a fallu l’agrafer, parce qu’il ne tenait pas !".

Son service  fonctionne désormais au ralenti. Ici seuls 12 patients atteints de cancer sont soignés sur place, les cas les plus graves, pour 24 places.

Pour les autres, c’est la chimio par cachets, par voie orale qui a été privilégiée pour éviter le risque de contamination au Covid-19, un virus qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour ces patients immunodéprimés.

Ces infirmières le savent, l’hôpital, tous services confondus, se prépare à faire face au pic de l'épidémie, attendu dans les prochains jours.

Dans chaque unité, des infirmières sont mises au repos, considérées comme "réservistes sanitaires", pour être prêtes le jour J à affronter une crise inédite.

*Les prénoms ont été modifiés.
 

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