La pandémie accentue la solitude : l'association Astrée tente de rompre l'isolement à Marseille

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Écrit par Laure Bolmont

Ce dimanche 23 janvier, c'est la journée nationale des Solitudes. Depuis 5 ans, l'association Astrée appelle à une mobilisation citoyenne contre le fléau social de l'isolement. Ses bénévoles accompagnent toute l'année des personnes seules en détresse et recherchent des volontaires pour les rejoindre.

Ce dimanche, Dominique Dumas est sur le pont. C'est la 5ème Journée des Solitudes et la bénévole de l'antenne marseillaise d'Astrée bat le pavé pour interpeller les passants du boulevard Longchamp dans le centre-ville de Marseille. Enseignante en retraite, elle veut sensibiliser sur les ravages de la solitude. 

Dominique, 58 ans, a rejoint l'association en 2014 ."Il a toujours été plus facile pour moi d'écouter que de parler". Tout d'abord bénévole, elle est aujourd'hui formatrice des écoutants, ces volontaires qui tendent la main aux personnes seules et en détresse psychologique "Ecouter, tout le monde peut le faire, mais cela s'apprend" explique-t-elle. "Pour la personne que nous accompagnons, nous ne sommes ni un ami, ni un psychologue et nous faisons pas de démarches administratives .Nous sommes des confidents."

Un contrat de confiance

Le principe est simple : une personne isolée est mise en relation avec un bénévole. Ils se donneront rendez-vous une fois par semaine. Aucune coordonnée personnelle n'est échangée et les relations sont placées sous le sceau de la confidentialité et de l'anonymat. Mais auréolées de confiance, dans la régularité et la durée.

En moyenne, les duos avancent côte à côte entre 12 et 18 mois en fonction de la situation que la personne traverse : épisodique ou chronique, l'histoire n'est jamais la même. Mais selon Dominique, "la rupture peut arriver très vite si plusieurs réseaux se coupent, famille, amis, voisinage, loisirs ou emploi...La personne s'isole et même entouré, on peut se sentir seul."

Joël, 51 ans  témoigne : "Une perte d’emploi brutale, une séparation, et suite à ça la perte de logement car je n’avais pas les moyens de garder mon appartement. Je me suis donc retrouvé SDF pendant quelques temps ." Et la crise sanitaire est venue entraver sa recherche d'emploi: "Coupé de tous, seul et assez désespéré, je me dévalorisais beaucoup". Son appel au secours a été entendu par Astrée et l'histoire de Joël se termine bien.

Dominique confirme : "Seul, on perd l'estime de soi, on a le sentiment de ne plus compter pour personne. Avoir rendez-vous une fois par semaine avec un bénévole, c'est exister, car quelqu'un vous attend".

La solitude, l'autre épidémie ? 

À l’occasion de cette nouvelle édition de la Journée des Solitudes, Astrée publie une étude IFOP (Institut Français d'opinion publique) de janvier 2022 qui révèle que la situation continue à s’aggraver dans notre pays : un Français sur cinq souffre de grande solitude. Un phénomène qui s'aggrave malgré l'assouplissement des restrictions sanitaires telles que le confinement ou le couvre-feu, tout en restant tabou. Les 3/4 de ceux qui sont touchés n'osent pas en parler. 

L’enquête éclaire également les différents visages de la solitude, pointe l’impact du télétravail et les conséquences alarmantes de l'isolement sur la santé mentale des Français.

A l'approche des élections, l'association Astrée a donc décidé d'interpeller les candidats  sur cette question par le biais d'un manifeste en ligne, "pour que la lutte contre la solitude soit une priorité du prochain mandat présidentiel".