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Marseille : un test d'hébergement des petits délinquants lancé en 2019 pour lutter contre la récidive

© SPEICH Frederic/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP
© SPEICH Frederic/PHOTOPQR/LA PROVENCE/MAXPPP

Une équipe de chercheurs et médecins marseillais proposent d'héberger des petits délinquants sans logement et atteints de troubles mentaux plutôt que de les enfermer en prison, en contrat avec plusieurs ministères dont celui de la Justice. Objectif : lutter contre la récidive.

Par Annie Vergnenegre

Un nouveau programme d'hébergement pour "petits délinquants" sans logement et atteints de troubles mentaux, c'est ce que propose une équipe de chercheurs et médecins marseillais pour lutter contre la récidive, en contrat avec plusieurs ministères dont celui de la Justice. 
 

100 personnes en 2 ans 


Dès le premier trimestre 2019, le test sera lancé à Marseille : plus de trois personnes par mois,100 en deux ans, seront "recrutées" directement pour le programme dans les geôles du tribunal.
"C'est un changement de regard sur la punition, un programme qui donne des chances aux jeunes de s'en sortir", estime Pascal Vinarnic, de la fondation Demeter, un des investisseurs dans le projet Alternative à l'incarcération par le logement
et le suivi intensif (Ailsi).

La cible du programme, ce sont des hommes plutôt jeunes, sans logement et atteints de troubles mentaux, la plupart du temps sans travail ni famille, auteurs de délits mineurs - outrage à agent ou vol à l'arraché par exemple - qui sont jugés en comparution immédiate, dans un délai très court.
 

Casser le cercle vicieux


On a constaté un parcours en "portes battantes" pour ces personnes entre la rue, la prison et l'hôpital", une sorte de "cercle vicieux", explique Thomas Bosetti, psychiatre de Médecins du Monde et coordinateur du projet, qui mobilise 
travailleurs sociaux, médecins et chercheurs. Un constat appuyé par une étude de terrain: à Marseille, en comparution immédiate, les personnes qui cumulent troubles psychiatriques et absence de logement ont 21 fois plus de chances d'être incarcérées que les autres, selon Warren Azoulay, doctorant en droit.

La comparution immédiate, créée dans un souci d'accélération de la justice, est devenue une procédure d'abattage, pourvoyeuse d'incarcération de personnes précarisées,

constate Adeline Hazan, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), invitée à une conférence sur le projet Alternative à l'Incarcération par le Logement et le Suivi Intensif  (Ailsi) à Marseille. C'est une procédure pénale qui "ne permet pas d'avoir une connaissance suffisante des pathologies mentales" du prévenu, selon Mme Hazan. Une méconnaissance renforcée par l'absence de médecin dans les geôles du tribunal de Marseille depuis 2015, ajoute Camille Allaria, sociologue à Médecin du Monde.
 

Prévenir les récidives


"La cible d'Ailsi c'est une population "flottante", qui ne commet pas de délit assez grave pour justifier une instruction mais n'a pas de garanties de représentations suffisantes pour être laissée en liberté", explique la chercheuse. Les prévenus sont alors généralement "condamnés à des courtes peines de un à six mois, dont on sait qu'elles sont facteurs de récidive et de ruptures", déplore-t-elle.
 
"On interviendra au moment du défèrement, la proposition de logement sera versée au dossier pénal, pour que le magistrat puisse décider ou non de l'appliquer", explique le psychiâtre Thomas Bosetti. Si le juge applique le projet Ailsi, le prévenu sera d'abord hébergé dans un logement collectif (le "lieu de répit"), avant de se voir proposer un logement individuel
et un accompagnement pluridisciplinaire (psychiatre, addictologue, job coach).

"Certains commettent des actes de délinquance parce qu'ils sont en rupture de soins, l'idée c'est de leur éviter la prison qui conduirait à une plus grande désociabilisation pour eux", constate Xavier Tarabeux, procureur de la République de Marseille. 
 

  Evaluation sur 5 ans


Pendant cinq ans, des chercheurs du laboratoire de santé publique de l'Université d'Aix-Marseille évalueront si les
personnes hébergées ont un taux de récidive plus faible que le "bras témoin" - 120 prévenus à qui on ne proposera pas le logement. "Le critère principal sera la durée d'incarcération, mais aussi l'hospitalisation, avec l'idée de montrer que ça revient moins cher pour la société de loger les auteurs de petits délits", rapporte M. Bosetti, qui rappelle: "une récidive en moyenne coûte 250.000 euros à l'Etat".
Le projet Ailsi sera financé à hauteur de 7 millions d'euros, dont une partie sera avancée par des fondations.
  

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