VIDEO. "Lettre à ma France" : à Marseille, le cri du coeur d'une jeune chanteuse pour une génération sacrifiée

L'artiste marseillaise Amalia participe au concours Filme ton quartier, proposé par France 3. Pour cette 5e édition sur le thème "Avoir 20 ans", elle propose un texte engagé "Lettre à ma France", reflet d'une jeunesse mise à mal par la crise sanitaire. Et c'est un succès sur les réseaux sociaux.

 "Lettre à ma France" : à Marseille, le cri du coeur d'une jeune rappeuse pour une génération sacrifiée
"Lettre à ma France" : à Marseille, le cri du coeur d'une jeune rappeuse pour une génération sacrifiée © Nicolas DEBRU / FTV

C'est l'heure de la répétition. Casquette vissée sur la tête Amalia, tout sourire, rejoint son pianiste Olivier dans un sous-sol du centre-ville de la cité phocéenne.

Les premières notes sont jouées. Face caméra, téléphone à la main, en quelques secondes, Amalia vient d'enfiler son costume de rappeuse.

Son sourire a disparu, le regard est pénétrant : place à l'artiste : "Excusez-moi, j'aimerais prendre la parole, être un peu écoutée, ça fait longtemps que j'attends", scande-t-elle sur cette vidéo.

Une génération asphyxiée par le Covid

Des mots justes, des mots forts, qui claquent, résonnent, appellent à l'écoute après une année de Covid. Une année de renoncement, de doutes.

Et à 20 ans, des angoisses, Amalia dit en avoir eu, bien plus qu'elle ne devrait. Sa génération a été asphyxiée par cette crise sanitaire qui joue les prolongations à n'en plus finir.

Mais l'idée de participer à ce concours ne vient pas d'elle. Depuis quelques mois, le réalisateur Nicolas Debru suit sa progression sur les réseaux sociaux. Sa plume, sa présence dans les vidéos qu'elle publie le touche.

Il lui demande alors d'écrire un texte : 3 minutes 30 sur le thème avoir 20 ans pendant cette pandémie. Ça tombe bien, Amalia est inspirée, cela fait des mois qu'elle cogite, s'agace, le Covid a changé sa vie.

Au chômage et sans revenu, comme beaucoup d'étudiants

À la fin du tout premier confinement, Amalia achève ses études. Elle est diplômée et se prépare à être éducatrice en activité physique adaptée, pour les personnes en situation de handicap.

Mais à la rentrée, c'est la douche froide. La jeune marseillaise ne trouve pas d'emploi, pas même des petits jobs. Et à l'automne 2020, la France se reconfine.

Au chômage, sans revenu, comme beaucoup d'étudiants, elle quitte son studio et retourne chez ses parents.

Une période difficile, de frustrations, confie-t-elle au téléphone. C'est à ce moment-là, qu'elle décide de prendre une année sabbatique pour se consacrer à sa passion : l'écriture et le chant. Elle écrit et publie en ligne depuis qu'elle a 19 ans.

On s'est replié sur nous-mêmes, c'était angoissant

À 20 ans, explique-t-elle "c'est l'âge des rencontres, l'âge de l'émancipation, un moment crucial où l'on devient un adulte, et là, eh bien c'était tout le contraire, on s'est replié sur nous-mêmes, c'était angoissant : une période que je n'oublierai jamais".

De ces frustrations, Amalia puise la force de son texte. La colère n'est jamais bien loin. Les premiers couplets s'achèvent, les paroles deviennent plus précises, Amalia le regard noir, se veut plus incisive, plus tranchante.

"Excuse-moi", balance-t-elle dans cette vidéo. "J'ai essayé de te suivre, de comprendre et d'obéir mais je ne crois plus un seul mot que tu me dis".

Une génération culpabilisée

La jeune artiste dépeint une jeunesse désabusée, en détresse... Et son texte fait mouche sur les réseaux sociaux. 10.000 vues sur Instagram et des centaines de commentaires de soutien.

Amalia a trouvé les paroles pour hurler son dépit, celui d'une génération sacrifiée, et culpabilisée.

"Non, précise-t-elle, nous les jeunes ne sommes pas responsables des contaminations et des réanimations". Pas question pour autant de nier la réalité.

Sans tabou, dans cet enregistrement, elle évoque les sorties non autorisées, la consommation d'alcool et de cannabis, pour tromper l'ennui, s'évader quand imaginer l'avenir devient si compliqué.

"Excuse-moi", répète-t-elle tout au long de ce texte comme une ponctuation ironique, comme pour préparer la charge suivante "Excuse-moi si je pense au suicide. Excuse-moi si je gratte, si je gère mal mon argent, tous les mois à découvert."

"Bien trop violents sont tes élus"

Véritable plaidoyer d'une jeunesse abimée, "Lettre à ma France" rappelle les autorités à leurs responsabilités. Face à la violence de ses décisions comme à celle de ses interventions lors des manifestations.

Une agressivité policière qui choque cette génération. Un cri d'alerte, mais aussi d'amour. "Excuse-moi si je descends pour me défendre dans la rue, mais bien trop violents sont tes élus, mais bien trop belle est ma France !"

L'écriture a permis à Amalia de surmonter cette année compliquée, et malgré ce nouveau confinement, elle arrive désormais à se projeter. Et des projets, elle en a. Impossible d'en dire plus, les deux mois à venir pourraient être décisifs pour sa carrière.

Auteure, compositrice, interprète, la jeune Marseillaise aujourd'hui âgée de 21 ans s'ouvre de nouveaux horizons. Sans rien rejeter de ses premières amours pour le rap acoustique, elle s'oriente aujourd'hui vers d'autres styles de musique comme la pop électro française.

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