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Étude sur la relation aux minorités : “le terrorisme a changé la perception des Français”

En France, la méfiance et les préjugés à l'égard des minorités persistent (Photo d'illustration) / © MAXPPP
En France, la méfiance et les préjugés à l'égard des minorités persistent (Photo d'illustration) / © MAXPPP

Une étude IPSOS sur la relation à l'autre et aux minorités en France vient de paraître. Elle fait ressortir une crispation envers la communauté maghrébine, et un certain nombre de contradictions. 

Par Yacha Hajzler

"Ici, j'en arrive aux mêmes conclusions que cette étude : il y a un problème entre la société française et les gens d'origine maghrébine, de diverses manières d'ailleurs. Il y a également un problème avec l'image des Juifs dans la société, même s'il est moins visible." 

Le 15 décembre, l'institut de sondage IPSOS publie une étude, commandée par la Fondation du Judaïsme Français. Elle porte sur "la relation à l'autre et aux minorités en France". Il s'agit de la troisième phase de cette enquête, réalisée de la même manière en 2014 puis en 2016, et le constat est douloureux. Dans le pays, l'institut de sondage note une "nette montée des craintes sécuritaires et identitaires." 

Le terrorisme, une crainte qui change la donne


Les personnes d'origine maghrébine et les musulmans sont les premiers à pâtir de ce climat de défiance. Alexandre Aimo Boot est président de la section Nice Côte d'Azur de la LICRA (Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme). Pour lui, c'est la crainte du terrorisme qui pousse à cette dérive.

"On voit que c'est le sujet qui inquiète le plus les Français, devant le chômage pour la première fois depuis longtemps. On retrouve aussi l'intégrisme religieux, et l'immigration, autant de thématiques qui y sont liées dans l'esprit des gens. Les actes de terrorisme ont fait changer les perceptions des Français, qui sont devenus très soupçonneux à l'égard des personnes d'origine maghrébine" analyse le militant antiraciste. 

Parmi un panel de thèmes, le terrorisme est ce qui inquiète le plus les Français. / © IPSOS / Fondation du Judaïsme Français
Parmi un panel de thèmes, le terrorisme est ce qui inquiète le plus les Français. / © IPSOS / Fondation du Judaïsme Français


L'étude le signale d'ailleurs dans son introduction : elle a été menée au lendemain de l'attentat à Marseille Saint-Charles, et au cours du procès Merah, contexte favorable à la crispation. Le contexte économique, plus favorable que l'année passée, ne suffit pas à contrebalancer ces événements. "Les préjugés restent, quelque soit le contexte économique", regrette monsieur Aimo Boot. 

On se cotôie plus, on se comprend moins


Les Français, pourtant, semblent en plein grand écart. Ils entretiennent davantage de relations avec des personnes dont l'origine, la religion ou le niveau social diffère des leurs. Ils sont 60% à déclarer entretenir des bonnes relations avec les musulmans. Pourtant, seulement 28% des sondés jugent que la majorité d'entre eux sont bien intégrés, et se montrent "de moins en moins ouverts au mariage d'un de leurs enfants avec une personne musulmane." 

Comment expliquer ces contradictions ? "Il y a une différenciation entre la vie quotidienne des gens, où ils vont côtoyer des personnes maghrébines ou musulmanes, ce qui n'est d'ailleurs pas la même chose, et leurs peurs, la mise en avant notamment par les médias d'une ultraminorité liée au terrorisme" juge Alexandre Aimo Boot. 

Des distinctions surprenantes


Lui constate au quotidien, devant les tribunaux, cette peur de l'autre qui s'accroît. "C'est une problématique qui est nationale, mais nous sommes une région de droite, avec beaucoup de sympathisants du FN, qui, on le voit, sont ceux qui ont le plus peur de l'extrémisme, de l'immigration... C'est intéressant, que l'étude nous montre parfois les distinctions par parti." 

Intéressant en effet, et de quoi parfois prendre à rebrousse-poil. Ainsi, sur la question du mariage de leurs enfants avec un musulman, 50% des sympathisants PS et 40% des symapthisants FI interrogés avouent en ressentir une gêne. "Pourquoi en serait-on surpris ? moque le président de la LICRA Côte d'Azur. Parce que le PS et FI se réclament plus humanistes ? Ils sont simplement le reflet de la société, qui raisonne d'une certaine manière..."

Les distinctions par sympathisants sont parfois assez surprenants au regard des convictions défendues par les partis. / © IPSOS / Fondation du Judaïsme Français
Les distinctions par sympathisants sont parfois assez surprenants au regard des convictions défendues par les partis. / © IPSOS / Fondation du Judaïsme Français


Les autres communautés, loin d'être épargnées


Originaires d'Afrique Subsaharienne, Roms, Tziganes... Autant de groupes de population qu'une majorité de Français jugent mal intégrés. Exceptions notoires : les Bouddhistes, comme les Juifs, sont jugés, eux, bien intégrés. 74% des sondés vont même jusqu'à affirmer que le Judaïsme fait partie de la culture française. 

Mais là encore, des contradictions se font sentir. 64% pensent que les Juifs disposent de lobbies très puissants, et 48% vont jusqu'à estimer que cette communauté "utilise la Shoah et le génocide dont ils ont été victimes pour défendre leurs intérêts."

Racistes, les Français ? "Oui et non, tempère Alexandre Aimo Boot. Non, par le côté humanitaire de notre éducation, on apprend à l'école que les hommes sont égaux, qu'il n'y a pas de races... Et oui, parce que l'école ne peut pas tout faire. Les stéréotypes persistent dans les familles, d'où qu'elles viennent d'ailleurs. Par exemple, en France, on entend encore l'expression "travail d'arabe". Mais qu'est-ce que ça veut dire..? Il faut continuer à éduquer." 

La LICRA intervient en milieu scolaire pour évoquer avec les jeunes le racisme et les discriminations. / © LICRA
La LICRA intervient en milieu scolaire pour évoquer avec les jeunes le racisme et les discriminations. / © LICRA

 

La LICRA Côte d'Azur, sur les bancs de l'école et du tribunal

                                                                                                    "On lutte sauvagement contre les préjugés" plaide Alexandre Aimo Boot. 

Quelles sont les actions de la LICRA Côte d'Azur ? 

- Se porter partie civile auprès des victimes d'actes racistes. "Les gens prennent contact avec nous, on étudie leur dossier et on décide de suivre ou non. Parfois, pour les cas graves, c'est le Parquet qui nous contacte." 

- Sensibiliser les jeunes à ces questions. "On fait un gros travail avec la préfecture, l'Education Nationale, les régions, départements et mairies pour intervenir en milieu scolaire. Jusqu'à présent, on intervenant surtout dans les écoles primaires et les lycées. Maintenant, on évolue vers les collèges, et on a même une demande de l'Education Nationale pour commencer dès la maternelle." 

Avec une trentaine d'adhérents et dix permanents seulement, la section prévoit d'embaucher et de professionnaliser des jeunes pour intervenir en milieu scolaire. 

Pour localiser et joindre les LICRA les plus proches de vous : http://www.licra.org/qui-sommes-nous#terrain

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