2 tortionnaires condamnés à 30 ans de réclusion

Ila avaient été condamnés en 1ère instance à 30 et 25 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises 06

Par Yves LEBARATOUX (avec AFP)

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Aix : Procès de 2 hommes pour tortures et viol

Les faits remontent au mois de décembre 2008. Une jeune femme polonaise de 33 ans, handicapée, est séquestrée pendant 3 jours dans un appartement niçois. Le récit des sévices subis est terrifiant. 2 hommes ont été condamnés en décembre dernier dans cette affaire; ils ont fait appel et sont rejugés

Les faits remontent au mois de décembre 2008. Une jeune femme polonaise de 33 ans, handicapée, est séquestrée pendant 3 jours dans un appartement niçois. Le récit des sévices subis est terrifiant. 2 hommes ont été condamnés en décembre dernier dans cette affaire; ils ont fait appel et sont rejugés toute la semaine à Aix-en-Provence.

Les jurés de la cour d'assises d'appel à Aix-en-Provence ont suivi les réquisitions de l'avocat général, demandant que la peine soit assortie pour les deux accusés d'une période de sûreté des deux tiers.
A l'encontre de Karl Boulanger, les jurés ont demandé en outre l'application d'une mesure de suivi socio-judiciaire avec injonction de soins pendant deux ans.


30 ans de prison requis :

Trente ans de prison ont été requis à l'encontre de deux hommes rejugés en appel depuis lundi par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône pour avoir torturé et violé une Polonaise handicapée fin 2008 à Nice.

Nabil Afkir, 37 ans, et Karl Boulanger, 30 ans, avaient été condamnés le 10 décembre 2010 en premier instance à respectivement 30 et 25 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Alpes-Maritimes, notamment pour enlèvement, séquestration et viols avec torture ou acte de barbarie. L'avocat général Gilles Rognoni a réclamé contre les deux accusés 30 ans de prison assortis d'une peine de sûreté de 20 ans et d'une mesure de suivi socio-judiciaire à leur libération. En cas de non respect de ces obligations, il a demandé qu'une peine de 7 ans puisse être prononcée. "Nabil Afkir a commis moins de violences, mais c'est le donneur d'ordres, lui qui est au démarrage de tout ça. Karl Boulanger a commis les violences les plus horribles mais il a sa responsabilité atténuée", a souligné M. Rognoni, les psychiatres ayant comparé son âge mental à celui d'un enfant de 7 ans. Il a décrit Boulanger comme "une brute épaisse manipulable et influençable", tandis qu'Afkir "serait plutôt le voyou pervers".

"Sachez que ce soir, après avoir rendu votre verdict, vous aurez jugé une des affaires les plus pénibles qu'on puisse voir dans une cour d'assises", a-t-il lancé aux jurés. "Je n'ai jusqu'à présent rien vu d'aussi horrible", a poursuivi l'avocat général, en écho aux discours du capitaine de police et du médecin légiste qui ont rapporté à la barre n'avoir jamais vu une telle violence "en 20 ans de carrière". "Il n'y a chez eux aucune empathie, aucun regret. La seule chose qui les intéresse, c'est de gagner quelques malheureuses petites années", a-t-il ajouté. 

"Domenika n'a pas été tuée, c'est peut-être la seule lueur de ce dossier, qu'ils ne soient pas allés au bout de l'horreur", a jugé l'avocat général.

L'HORREUR ABSOLUE :

Un policier a décrit une "logorrhée de violences obscènes", du "jamais vu en 20 ans de
carrière".

Evoquant l'audition de Karl Boulanger, le capitaine Nicolas Pajani, de la brigade criminelle de la police judiciaire de Nice, a déclaré : "C'était un moment surréaliste, il a tout déballé, c'était une logorrhée de violences obscènes, de perversités. A force d'entendre cela, on a eu la nausée, l'impression d'être dans un monde parallèle".
"Le plus troublant, c'était la décontraction avec laquelle il racontait cela, donnait des détails", a relaté le policier à la barre.

"En 20 ans de carrière, je n'ai jamais vu une violence si gratuite, si haineuse. (...) On a l'impression qu'ils ont mis en application les 120 journées de Sodome et les scènes les plus terribles, mais le marquis de Sade a passé 27 ans en prison, et simplement pour la création de l'oeuvre", a souligné le capitaine.
Même discours du côté du médecin légiste. "Cela fait 20 ans que je fais de la médecine légale, c'était la première victime vivante que je voyais avec autant de blessures" (plus d'une centaine recensées), a-t-il déclaré, chiffrant sa douleur ressentie "entre 5 et 6 sur une échelle de 7".

RAPPEL DES FAITS :

Le procès en appel de deux hommes condamnés en 2010 pour avoir torturé et violé une jeune Polonaise handicapée, dans un appartement à Nice en décembre 2008, s'est ouvert hier devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence.
Nabil Afkir, 37 ans, et Karl Boulanger, 30 ans, avaient été condamnés le 10 décembre 2010 en premier instance à respectivement 30 et 25 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises des Alpes-Maritimes, notamment pour enlèvement, séquestration, viols et extorsion avec torture ou acte de barbarie.

Le premier, qui se trouvait en état de récidive légale, a redit à l'audience qu'il "ne reconnaissait pas les faits", même s'il a "asséné quelques gifles et des coups de pied".
Le second, agent d'entretien de profession à l'âge mental d'un enfant de 7 ans, a avoué les faits.
Le 11 décembre 2008, Domenika Golec, jeune femme sous curatelle alors âgée de 33 ans et invalide à 80% au titre d'une pathologie psychiatrique, est transportée au service des urgences après avoir subi des sévices pendant trois jours.

Enfermée dans l'appartement de Boulanger, avec lequel elle avait eu une relation sexuelle, la victime, qui connaissait des problèmes d'alcool et de drogue, est violée avec différents objets et frappée à coups de ciseaux, de couteau et de manche à balai.
Son oreille droite est entaillée, un morceau d'un de ses orteils coupé, son crâne rasé, son visage brûlé sur une plaque électrique. Elle est contrainte à boire de l'eau de javel, de l'urine et à avaler cinq clés d'appartement, qui seront retrouvées dans son estomac.
Relâchée le 10 décembre par ses tortionnaires, elle est découverte le lendemain par sa curatrice à son domicile.
La cour s'est livrée hier à un examen de la personnalité des deux accusés.
Nabil Afkir, dont l'identité et le lieu de naissance sont entourés d'incertitudes, a fait le récit d'une enfance difficile. "A 14 ans, je suis parti de chez moi, mon père buvait énormément, tous les jours j'étais battu, ma mère a commencé à boire, c'était une spirale infernale".
Alcoolique "depuis l'âge de 15 ans", lui-même buvait "tous les jours, du matin au soir, de 4 à 5 bouteilles", et fumait "15 g de shit".
"Je me considère pas comme un violeur, un barbare, je regrette surtout d'avoir fréquenté des gens comme Boulanger (...) et toute la clique", a déclaré l'homme, condamné à de multiples reprises par le passé.

A ses côtés dans le box, Karl Boulanger, présenté par un de ses anciens collègues comme "un grand gabarit avec une cervelle d'enfant".
Suivi depuis tout petit par un psychiatre, il se décrit comme "coléreux", violent avec ses compagnes.
"J'ai essayé de le perdre (lors de sa grossesse, NDLR), sans résultat, on m'avait dit que le pastis faisait perdre les bébés", raconte sa mère à la barre.

Deux femmes, Guilaine Atihides, 36 ans - accusée d'avoir joué un "rôle initiateur" en déclarant à Boulanger que la victime, prétendument séropositive, lui avait probablement transmis le virus du sida - et sa mère Cléo, 81 ans, avaient été condamnées en première instance, l'une à 10 ans de prison pour complicité, l'autre à trois ans, dont un ferme, pour non-dénonciation de crimes. Elles n'avaient pas fait appel du jugement.

Verdict attendu vendredi prochain.
 

Voir le commentaire ci-joint de Josette Sanna

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