Marseille : un procès sur fond de bizutage

Le sergent Pisani a été condamné à un mois de prison avec sursis pour désertion. Celui-ci dénonce un bizutage humiliant.

Par Ghislaine MILLIET

Le sergent Benjamin Pisani a été jugé hier pour désertion par le tribunal des affaires militaires de Marseille. Il a été condamné à un mois de prison avec sursis. Mais le jeune sous-officier dit avoir quitté l'armée en raison d'un bizutage humiliant.

Le sergent témoigne

Ce brillant élève de l'école des sous-officiers de l'armée de l'air de Rochefort, est petit-fils de militaire, et fils de commandant de police. L'armée, il dit l'avoir choisie pour les valeurs qu'elle représente. Et l'avoir quittée pour la violence et l'humiliation qu'il a subies durant un bizutage.

Pour la première fois, après de longs mois de silence, il s'est confié à d'autres personnes qu'à sa famille, et a accepté d'être interviewé par notre équipe à ce sujet.
Benjamin Pisani explique avoir été affecté à l'escadron de chasse Limousin, de la base aérienne d'Istres, dans les Bouches-du-Rhône, le 21 octobre 2009. En même temps qu'un autre jeune collègue.Ce même jour, dit-il, un pot de départ était organisé pour un gradé. Une dizaine de personnes sont présentes. Il lui est demandé, ainsi qu'à son compagnon, de servir à boire.

Marseille : un procès sur fond de bizutage



La soirée pour le jeune sous-officier, prend alors des allures de cauchemar. Les jeux de leurs hôtes deviennent de plus en plus humiliants.

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Un procès pour désertion

Traumatisé, Benjamin ne dira rien, même pas à ses proches. Il décide plusieurs mois après, de quitter l'armée, mais cette dernière s'y oppose. Elle a besoin de gens spécialisés comme lui, et sa formation a coûté cher. Il prend alors le risque de partir et d'être déclaré déserteur. Hier, durant le procès, le vice-procureur chargé des affaires pénales militaires, expliquait que l'on ne quitte pas l'armée comme l'on veut. Et se montrait étonné que Benjamin n'ait pris la décision de partir que de nombreux mois après les faits qu'il raconte. Le magistrat reconnaissait toutefois qu'une enquête avait été ouverte sur l'affaire de bizutage, et que si les faits étaient avérés, ils recevraient une réponse pénale.

Patrick Pisani, le père de Benjamin, a tenu à expliquer pourquoi il a soutenu son fils, au risque d'être aujourd'hui poursuivi pour recel de déserteur.


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Benjamin Pisani ne croit plus à l'armée, et encore moins à sa justice. Il n'a pas encore témoigné dans le cadre de l'enquête sur le bizutage. Après l'annonce de sa condamnation pour désertion, à un mois avec sursis, il s'est estimé extrêment déçu par cette décision et a rappelé combien il restait méfiant vis à vis de l'armée, "un système qui fonctionne avec la peur et le silence".

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