Législatives 2022 : le Rassemblement national peut-il gagner des députés en Vaucluse ?

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Le Rassemblement national est crédité de 21% d'intentions de vote, selon Ipsos, ce qui lui permettrait d'obtenir de 20 à 45 sièges et de former un groupe, pour la première fois depuis 1986-88. Qu'en est-il en Vaucluse, où Marine Le Pen fait parmi ses plus beaux scores nationaux?

Présent dans de nombreux duels du second tour en Provence-Alpes en 2017 sans obtenir d’élu, le parti de Marine Le Pen espère faire mieux cinq ans plus tard en confirmant ses bons scores de la présidentielle lors des législatives des 12 et 19 juin prochain.

Les sondages créditent le Rassemblement national de 20 à 45 sièges dans la nouvelle Assemblée nationale contre huit actuellement, aucun en Paca. Il ambitionne d'atteindre le seuil minimal de 15 députés pour pouvoir constituer un groupe.

Dans le Vaucluse, le RN a investi un candidat dans quatre des cinq circonscriptions, soutenant la candidate Ligue du Sud sortante dans la quatrième. Dans ce département, où Marine Le Pen a encore amélioré ses scores ces dernières années, la tâche s'annonce pourtant difficile.

  • De forts scores mais pas de député depuis 2012 

Le parti lepeniste n’a plus eu de député élu dans le Vaucluse depuis 2012. Parachutée à Carpentras par son grand-père Jean Marie Le Pen, Marion Maréchal, qui en revendiquait alors le patronyme, était devenue à 22 ans la plus jeune députée de l’histoire de la République française, en remportant la 3e circonscription de Vaucluse, tenue depuis 1986 par l’UMP Jean-Michel Ferrand.

Le Front national ne devait cette victoire, la seule en France, qu’à une triangulaire, la candidate socialiste Catherine Arkilovitch, ayant refusé de se désister au nom du front républicain. A l’encontre de la consigne de son parti.

Cinq ans plus tard, Marion Maréchal ne s'est pas présentée à sa succession, et le candidat FN Hervé de Lépineau arrivé deuxième du premier tour, a été battu par la candidate LREM Brune Poirson. 

  • La barre fatidique des 12,5% des inscrits

Dix ans après la victoire de Marion Maréchal, les triangulaires restent le scénario le plus favorable à l’élection d’un candidat RN. En 2017, sur l'ensemble du territoire, il n'a remporté que huit duels.

Mais la règle des 12,5% est très défavorable aux triangulaires, surtout en cas de forte abstention.

12,5% est le seuil que le candidat arrivé en 3e position ou 4e position doit obtenir pour pouvoir se maintenir au second tour dans une triangulaire, ou plus rare encore une quadrangulaire.

Aux municipales et aux régionales, ces 12,5% sont calculés sur les suffrages exprimés. Aux législatives, il s’applique sur le nombre d'électeurs inscrits, ce qui rend le maintien beaucoup plus difficile.

Plus l’abstention est forte, plus ce seuil est compliqué à atteindre. Ainsi, avec un taux d’abstention à 50 %, le candidat doit recueillir au moins 25% des voix.

Avec l’augmentation de l’abstention ces dernières années, les triangulaires sont devenues de plus en plus rares. Une seule en 2017 sur le territoire national (dans l’Aube) contre 32 en 2012.

Et en 2022, s'ajoute pour le RN la concurrence de Reconquête!, le parti d'Eric Zemmour.

"Les triangulaires vont être compliquées, explique Christel Lagier, maître de conférences en science politique à l’université d’Avignon. On a des candidats Reconquête! dans quatre circonscriptions sur les cinq".

S’il n’y en a pas dans la 4e, fief du fondateur de la Ligue du Sud Jacques Bompard (maire d’Orange), c’est que la candidate de la LDS, Marie-France Lhoro, a obtenu une union locale avec le soutien du RN et de Reconquête!. "Partout ailleurs, il y a de la concurrence, avec la présence de candidats de droite, ça va être compliqué pour RN d’avoir 12,5 % des inscrits, et pas que pour le RN d'ailleurs!".

  • La participation, arbitre des batailles du second tour

Pour rappel en 2017, l’abstention sur le département de Vaucluse se situait autour de 53 % au premier tour du scrutin, avec un pic à près de 57 % dans la 5e circonscription. Il n’y avait eu aucune triangulaire.

Les candidats macronistes avaient affronté l’extrême-droite dans trois des cinq duels du second tour, le FN dans la 1ère et dans le 3e circonscription, la Ligue du Sud dans la 4e.

Pour le scrutin de juin prochain, la participation sera à nouveau l’arbitre des batailles du second tour. Tout dépendra de la capacité du RN, comme de la NUPES, à mobiliser les électeurs.

"Si on suit la logique de 2017, on devrait avoir une très forte abstention, à moins que la NUPES arrive à remobiliser une partie de l’électorat, mais on a vu sur la présidentielle que ni la candidature Macron, ni la candidature Le Pen ne créait de l’engouement", souligne Christel Lagier, qui ne croit pas vraiment à la mobilisation des plus jeunes sur un scrutin "dont ils restent éloignés". "Et s’ils y vont, ce ne sera pas pour des candidats du RN", ajoute-t-elle.

  • Le mirage des scores de la présidentielle 

A l’élection présidentielle, Marine Le Pen est arrivée en tête dans 110 communes sur 151. Et dans 91 d’entre elles, elle fait plus de 20 % des inscrits au premier tour. Mais ces bons scores sont-ils transposables aux législatives ?

Non selon Christel Lagier, et pour plusieurs raisons. "Son score a été meilleur en pourcentage des suffrages exprimés mais en nombre de voix par rapport à 2017 en fait, elle perd des voix sur le Vaucluse".

Sur l’ensemble du département, Marine Le Pen comptabilise un peu plus de 89.000 voix contre près de 96.000 cinq ans auparavant. Et cela malgré l’effondrement des Républicains. La concurrence de Reconquête! n’explique pas, tout selon la politologue: "on voit à Avignon qu’Eric Zemmour est allé chercher plutôt cette frange très à droite de la droite républicaine".

"En fait, on constate qu’il n’y a pas d’élan pour Marine Le Pen, explique la politologue, elle conserve son socle électoral, alimenté par des électeurs qui ne votent pas toujours pour elle".

Pour Christel Lagier, le problème de Marine Le Pen est qu’"elle n’arrive pas à faire voter pour elle les plus diplômés et elle ne progresse pas dans ces catégories qui continuent à voter."

Christel Lagier rappelle aussi qu’en 2017, entre les présidentielles et les législatives, Marine Le Pen avait perdu la moitié de ses voix sur la région Paca.

Difficile aussi de calquer les législatives sur la présidentielle qui les précède. "On est sur des scrutins très différents, fait remarquer la politologue, même s’il y a un effet nationalisation très fort qu’a joué Jean-Luc Mélenchon pendant sa campagne, autour de « Elisez-moi Premier ministre ». Il a voulu conserver le bénéfice de la nationalisation du scrutin des présidentielles autour de son nom, pour essayer de créer un mouvement sur les législatives, mais Marine Le Pen n’a pas joué cette carte".

Rappelons qu'en 2017, au niveau national, Marine Le Pen avait obtenu près de 34% des voix au second tour de la présidentielle mais seulement 8 sièges aux législatives.

  • La guerre fratricide avec Reconquête!

"C’est très compliqué pour Marine Le Pen parce qu’il y a quand même un certain nombre de gens qui sont partis chez Reconquête! et le RN a déjà eu du mal à avoir le nombre de candidats voulus sur un département où il fait des scores électoraux quand même assez élevés", analyse encore Christel Lagier.

Le RN ne peut compter que sur quelques "figures" bien implantées, comme Joris Hébrard, le maire RN du Pontet, qui a peut-être ses chances dans la 1ère circonscription. Mais Reconquête! lui oppose une candidate, Ophélie Nau. "Et s'il est élu, il devra quitter sa mairie", note Christel Lagier.

Autre "figure", Hervé de Lépineau, ex-binôme de Marion Maréchal, dans la 3e. Il est concurrencé par le candidat zemmouriste Christian Montagard.

Les candidats lepenistes "ont des candidats de droite en face, ce qui limite leur marge de progression", selon la spécialiste du RN, et "c'est ce qui complique leur implantation de manière forte sur ce territoire". 

Quant à la nièce de Marine Le Pen, qui a rejoint Eric Zemmour, elle apporte sa notoriété comme suppléante au fondateur de Génération Zemmour, Stanislas Rigault, parachuté dans la 2ème face à la conseillère régionale Bénédicte Auzanot. 

"Marion Maréchal est très populaire sur le département, et c’est une circonscription sur laquelle les scores de l’extrême-droite sont très élevés, note Christel Lagier. En s’affichant comme ça, elle pulse la candidature de Stanislas Rigault".

Retrouvez les 58 candidats qui se présentent aux élections législatives du 12 et 19 juin en Vaucluse.