Racket et discothèques à Aix

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Écrit par G. Bézie avec AFP

Douze hommes, liés au grand banditisme corse et soupçonnés d'avoir racketté des boîtes de nuit d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), comparaissent à partir du 6 novembre devant le tribunal correctionnel de Marseille pour extorsion de fonds en bande organisée et association de malfaiteurs.

Deux d'entre eux sont en détention provisoire, notamment Toussaint Acquaviva, 62 ans, lieutenant du parrain corse Ange-Toussaint Federici, 53 ans, surnommé le berger-braqueur de Venzolasca (Haute-Corse), condamné à 30 ans de réclusion criminelle dans l'affaire de la tuerie du bar des Marronniers, en 2006, à Marseille.

L'enquête, baptisée "Calisson", du nom de la friandise spécialité de la cité du roi René, dont la recette reste secrète, a été menée par la Jirs (Juridiction interrégionale spécialisée) sur la base des dénonciations d'un "collecteur" d'argent, Didier Guadagna, dit "Doudou".

Craignant pour sa vie, "Doudou" avait révélé le racket à la suite de l'assassinat, en novembre 2009, de son mentor, Jacques Buttafoghi, qui en était la cheville ouvrière. Malfaiteur notoire, également membre des bergers-braqueurs, Buttafoghi avait aussi été impliqué dans l'affaire du cercle de jeu Concorde.

"Doudou", adjoint administratif à la présidence du Conseil général des Bouches-du-Rhône de 1993 à 1998, parti en "congé maladie", après sa "mise au placard", a décrit aux policiers, le fonctionnement du réseau de racket d'une dizaine de boîtes de nuit d'Aix-en-Provence, mis en place, a-t-il dit, de 2005 à 2012, par Ange-Toussaint Féderici et Jacques Buttafoghi.
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L'affaire de racket de discothèques aixoises en appel

Des milliers d'euros par mois

Après l'emprisonnement du premier, en 2007, et la mort du second deux ans plus tard, Toussaint Acquaviva et un autre lieutenant, Jean-Pierre Anastasio, 48 ans, également en détention, condamné à six reprises dans d'autres affaires, avaient pris la suite. Mais "la réorganisation ne s'était pas faite sans difficulté", selon les enquêteurs.

Deux autres figures, aixoises, avaient alors émergé: Christophe D'Amico, 45 ans, collaborateur d'agent de footballeurs, décrit comme un professionnel du monde de la nuit aixoise dont l'enquête a révélé le rôle central, et Yvan Facini, 45 ans, restaurateur d'origine corse.

A compter de l'année 2005, Ange Toussaint Federici et ses amis ont repris à leur compte certains des établissements auparavant sous la coupe de Francis "le Belge" et de ses héritiers, selon l'accusation les malfaiteurs allant parfois jusqu'à mettre la main sur l'établissement lui-même.

La plupart des membres de la bande a été arrêtée en février 2012, Anastasio qui avait pris la fuite a été arrêté à Paris en juin de la même année. Les perquisitions avaient permis de saisir des armes, des munitions, plusieurs voitures et montres très haut de gamme et de l'argent liquide.

Les exploitants des discothèques ont tous affirmé avoir obtempéré pendant des années sous la menace et par la crainte de représailles du clan de Francis Vanverbegue, dit Francis Le Belge dans les années 1980 auquel des "clans" corses ont selon eux succédé.

L'un d'entre eux a expliqué avoir remis 2.000 euros par mois aux racketteurs depuis 2007. Un autre exploitant parle quant à lui de 5.000 euros par mois. "Doudou" a avoué avoir extorqué 10.000 euros par mois pour le compte de Buttafoghi. 

Ange-Toussaint Federici, dont le nom a été largement cité dans cette affaire, n'a finalement pas été mis en examen par le juge d'instruction selon lequel l'enquête "n'a pas permis de démontrer qu'il a continué à percevoir les fruits du système qu'il a mis en place et que sa réputation a fait perdurer", selon l'accusation.

Le procès des 12 hommes doit durer jusqu'au 22 novembre. Ils risquent entre 5 ans et 20 ans de prison.