Affaire Olivier Duhamel : le député Bruno Questel dit avoir subi un viol en Corse pendant son enfance

Dans le sillage de l'affaire Olivier Duhamel, politologue accusé d'inceste, lundi, le député Bruno Questel a révélé avoir été victime de viol dans un village de Corse alors qu'il était enfant. Il espère aujourd'hui une "libération de la parole" dans la société.

Dans le sillage de l'affaire Olivier Duhamel, politologue accusé d'inceste, lundi, le député Bruno Questel a révélé avoir été victime de viol dans un village de Corse alors qu'il était enfant.
Dans le sillage de l'affaire Olivier Duhamel, politologue accusé d'inceste, lundi, le député Bruno Questel a révélé avoir été victime de viol dans un village de Corse alors qu'il était enfant. © Jacques Demarthon / AFP

43 ans de silence, mais aujourd'hui le député de l'Eure a décidé de parler. Lundi, Bruno Questel a révélé dans un tweet avoir été victime d'un pédophile dans un village de Corse dont il est originaire. Il a alors 11 ans.

Depuis sa prise de parole publique le député enchaîne les interviews. Contacté par France 3 Corse ViaStella, il préfère décliner l'entretien "fatigué" par "tout ce qui remonte."

Dans les pages de plusieurs médias, Bruno Questel confie que le déclic s'est produit suite à la prise de position de Jack Lang sur Europe 1. Interrogé sur l'affaire Olivier Duhamel - éminent politologue accusé d'avoir abusé de son beau-fils - l'ancien ministre de la Culture répond : "Je ne peux pas m'indigner chaque minute. C'est une honte ce qui a été accompli par Olivier Duhamel."

Des propos "insupportables" pour le député de l'Eure. S'adressant à Jack Lang, il écrit : "Il n’était pas de ma famille, il était du village ; de ces lieux où la famille est grande. J’avais 11 ans. Je n’ai jamais oublié. Aucune excuse possible. Aucun pardon possible. Aucun repos pour les auteurs de ces actes. Il faut s’indigner toutes les secondes."

"La justice n'est jamais passée, car elle n'a jamais été informée"

Aujourd'hui âgé de 54 ans et père de famille, Bruno Questel décrit au quotidien Paris-Normandie les conséquences du viol qu'il a subi dans sa vie d'adolescent. "Le deux-trois années suivantes, j'ai perdu pied. Je faisais n'importe quoi au collège, je me suis retrouvé dans une formation de tourneur-fraiseur. Mais mon parcours de vie fait que, par rapport à d'autres victimes qui, elles, ne s'en sont jamais remises, je n'ai pas le droit de me plaindre."

En 2008, son agresseur, "un pauvre type qui avait fait l'Indo, vivait au crochet de sa mère, et que tout le monde connaissait au village", meurt. "C'est à ce moment que j'ai pris conscience qu'il me manquait quelque chose. Pour moi, la justice n'est jamais passée parce qu'elle n'a jamais été informée. Le frère de l'intéressé s'est excusé dans le village. Certains me mettaient la main sur l'épaule et me disaient discrètement : 'on sait'. L'omerta vous rend terriblement solitaire… Il ne peut pas y avoir de silence", livre le député de l'Eure dans le même journal.

Il assure n'avoir aucune "arrière-pensée politique" et espère participer à ce que  "les victimes[soient] mieux protégées, que les faits soient connus, reconnus, et que les auteurs ne puissent récidiver."

Comme pour se rendre justice lui-même, Bruno Questel a racheté la maison où il a subi les "attouchements". "J'ai tout pété dedans pour la refaire entièrement."

La Familia grande

Dans un récit autobiographique "La Familia grande", la fille de l'ex-ministre Bernard Kouchner, Camille Kouchner, accuse son beau-père Olivier Duhamel d'avoir violé son frère jumeau quand ils étaient adolescents à la fin des années 1980.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 5 janvier pour "viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans". Ces faits pourraient toutefois être prescrits.

Le livre de Camille Kouchner a lancé un débat sur l'inceste, sujet profondément tabou et encore minimisé alors qu'il serait massif en France avec près d'une personne sur dix potentiellement touchée. Sur les réseaux sociaux le mouvement #MeTooInceste libère la parole de dizaines de milliers de victimes.

Deux ans et demi après l'entrée en vigueur de la loi Schiappa contre les violences sexuelles et sexistes, le Sénat examinera jeudi une proposition de loi visant à créer un nouveau crime sexuel pour protéger les mineurs de moins de treize ans.

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