Tourisme : A fidirazioni di l’uparaghji di u turisimu corsu demande la mise en place d'un crédit d'impôt exceptionnel

Pour la fédération di l’uparaghji di u turisimu corsu, le "tissu tourisitique professionnel familial" de la Corse est en danger. En cause, selon elle, le crédit d'impôt pour les investissements en Corse, mal contrôlé par les services de l'Etat, qui devrait être revisité.

La tenue de la conférence de presse devant la préfecture de région était "symbolique", indique César Filippi, président de la fédération.
La tenue de la conférence de presse devant la préfecture de région était "symbolique", indique César Filippi, président de la fédération. © Axelle Bouschon /FTV

Ni le lieu ni la date n’avaient pas été choisis au hasard. À la veille de la venue de la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, et du secrétaire d'État en charge du tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, à Ajaccio, la fédération di l'Uparaghji di u turisimu corsu a donné rendez-vous à la presse devant la préfecture de Corse, ce lundi 26 avril matin.

Un endroit symbolique : "On tenait à manifester à monsieur le Préfet notre existence. Il doit l’ignorer, parce que cela fait plus d’un an et demi depuis la création de la fédération, et nous n’avons jamais eu l’honneur de franchir cette porte", raille César Filippi, chef de file de la fédération.

Et tant pis si des travaux réalisés sur la voirie alentours ont compliqué les prises de parole. Le lieu de rencontre était non-négociable. "On verra si [Pascal Lelarge] entendra notre appel, ou pas.

Car César Filippi prévient d'emblée : "Si par la suite, le Préfet doute encore de notre existence, et les conditions actuelles persistent, nous aurons l’occasion de lui prouver que nous sommes bien là d’une autre façon. Peut-être même en se passant de son autorisation et en franchissant les grilles avec beaucoup de monde…"

Pratiques spéculatives

À quelques semaines de la saison estivale, l’hôtelier à Porto-Vecchio et ex-élu territorial nationaliste a dressé un tableau inquiétant du secteur du tourisme insulaire.

Dix hôtels seraient selon lui actuellement en vente en Corse, "du jamais vu". Quant aux autres établissements de l’île, la situation ne serait guère meilleure, notamment en ce qui concerne les 398 hôtels de moins de 22 chambres, qui constituent 80% du total de l’offre d’hébergement hôtelier.

À l’origine de cette déroute selon A fidirazioni di l’uparaghji di u turisimu corsu : le crédit d’impôt pour les investissements en Corse, "un extraordinaire outil au service des professionnels insulaires, qui est dévoyé de façon éhontée".

Ainsi, selon la fédération, cette aide d’État a "surtout profité aux grands et petits spéculateurs, appâtés par un montage alléchant : investir dans une résidence secondaire ou un appartement en Corse, s’improviser professionnel du tourisme, bénéficier des avantages fiscaux pour repartir au bout de cinq ans avec un joli pactole… Ni vu, ni connu".

Équilibre "rompu"

Des pratiques que le ministère de l’Économie et des Finances aurait choisi de "laisser faire", juge César Filippi. Décision curieuse, estimel'hôtelier, quand Bercy qualifie d’ordinaire "ce genre de pratiques devenues spéculatives d’enrichissement sans cause". Résultat : la Corse serait devenue un véritable paradis fiscal - hormis pour "ceux qui y vivent" et "ceux qui y travaillent dans l'hébergement touristique" , et l'ensemble du secteur professionnel du tourisme insulaire pâtirait d'une mauvaise réputation.

A fidirazioni di l’uparaghji di u turisimu corsu en est convaincue : "Cette dérive a causé un énorme préjudice au tissu professionnel existant.[...] L’Etat lui doit réparation !"

Et rétablir, enfin, l’équilibre "rompu" entre entreprises professionnelles installées hyper contrôlées et trop peu aidées, et visiteurs occasionnels fortement subventionnés "qui ne payent rien ou presque, et concurrencent fortement les professionnels."

Sans cette mesure, tous ces établissements disparaîtront dans des ventes à la bougie.

Pour se faire, la fédération demande la mise en place d’un crédit d’impôt exceptionnel de 50% pendant sept ans, à destination des professionnels "historiques". Une mesure de dernière chance pour "l’ensemble de l’offre réceptive professionnelle familiale existante, qui en a un impérieux besoin dans l’île", sans laquelle "tous ces établissements disparaîtront dans des ventes à la bougie, pour réapparaitre sous forme de résidences secondaires… ou bien sous la griffe acérée des majors de l’hôtellerie ou des multinationales", redoute la fédération.

A fidirazioni di l’uparaghji di u turisimu corsu n’a, à cette heure, pas reçu de réponse du Préfet. "On verra ce qu’il en est demain, avec la visite des ministres." En espérant que la mesure de sauvegarde ne se fasse pas trop attendre : "La survie de l’hôtellerie familiale en Corse est à ce prix".

Vision "transversale" de l'économie

César Filippi n’a pas fait seul le déplacement devant le Palais Lantivy, ce lundi matin. A ses côtés, notamment, le président de la chambre d’agriculture de Haute-Corse, Joseph Colombani.

L’occasion de rappeler que la fédération, qui vise à aboutir à un tourisme durable, opposé au "tourisme de masse actuellement observé", est ouverte à 22 secteurs d’activité, des hôteliers au agriculteurs, en passant par les commerçants. "Lors de notre dernière conférence, nous avions les présidents des chambres d’agriculture, ainsi que le patron des pêcheurs, des taxis, des chambres de métiers..."', rappelle César Filippi.

On est tous dans le même bateau, et il faut qu’on travaille ensemble.

Joseph Colombani, président de la chambre d'Agriculture de Haute-Corse

Pour Joseph Colombani, c’est cette "vision transversale de l’économie", impliquant l’ensemble des secteurs "pour donner une image positive de la Corse", qui est intéressante. "Il n’y a pas de tourisme durable s’il n’y a pas une production locale qui est mise en avant et reconnue, et en même temps le tourisme a besoin du développement de l’agriculture pour authentifier la destination Corse."

Au-delà du tourisme, ce sont aujourd’hui l’ensemble des acteurs qui partagent la même inquiétude liée à la crise sanitaire, selon Joseph Colombani : "On est tous dans le même bateau, et il faut qu’on travaille ensemble."

Pour redorer le blason des professionnels du tourisme, mis à mal par "les fraudes sur les locations au noir, qui font tant de mal au secteur et à l'île en général", comme celui des agriculteurs et autre secteurs d'activités. Et créer, enfin, "une véritable économie positive" au service de la région.

Des idéaux que A fidirazioni di l’uparaghji di u turisimu corsu entend continuer à porter, bien au-delà de la crise sanitaire.

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