Tapinoma magnum, une invasion de fourmis menace la biodiversité dans les jardins, potagers et maisons de Corse

Plus on cherche à s’en débarrasser, plus elle résiste. Tapinoma magnum est une espèce de fourmi invasive qui crée des supercolonies sur tout le territoire de l’île. Elle s’en prend aux jardins, aux arbres fruitiers, aux autres insectes et peut même causer des morsures bénignes.

Tapinoma magnum en Corse : le développement de cette fourmi est favorisé par le réchauffement climatique.
Tapinoma magnum en Corse : le développement de cette fourmi est favorisé par le réchauffement climatique. © Office de l'environnement de la Corse
Elle ne mesure pas plus de trois millimètres en moyenne, mais c’est un véritable fléau. Tapinoma magnum -c’est son nom latin- se développe sur l’île et rien ne semble pouvoir l’arrêter.

On la distingue par la taille de ses colonies d’abord, elles sont géantes et se divisent rapidement, bien plus vite que la plupart des autres espèces. D’ailleurs, Tapinoma magnum n’aime pas les autres espèces de fourmis, qui peuvent être bénéfiques pour les sols, elle les pourchasse.

Une mauvaise odeur et des morsures

Autres caractéristiques : les Tapinoma magnum sont petites, noires, de tailles variables et quand on les touche, elles dégagent une très forte odeur de beurre rance.
Le pied d'un arbre attaqué par un nid de Tapinoma magnum.
Le pied d'un arbre attaqué par un nid de Tapinoma magnum. © Office de l'environnement de la Corse

Omnivores, elles peuvent s’attaquer aux arbres fruitiers comme aux jardins. Elles peuvent faire des élevages de puceron et éliminer les insectes régulateurs des écosystèmes comme, par exemple, les araignées. Si vous avez le malheur de leur marcher dessus, elles peuvent vous infliger des morsures non-venimeuses.

Je ne peux plus garer ma voiture sur mon allée, tondre ma pelouse, étendre mon linge.

Sur le site internet du Professeur émérite à l'IRBI, Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte, Alain Lenoir  une habitante de la rive sud du Golfe d’Ajaccio témoigne :  "Je ne peux plus garer ma voiture sur mon allée, tondre ma pelouse, étendre mon linge. Plusieurs de mes arbres fruitiers sont envahis et meurent. Elles détruisent mon potager. À la moindre vibration d’un pas, on se fait attaquer. Les compteurs électriques, les containers à poubelle sont envahis."

Une internaute nous a fait partager une vidéo de son jardin, où grouillent ces minuscules fourmis.
Tapinoma magnum en Corse-du-Sud, une fourmi invasive
 

Peut-on s’en débarrasser ?

"Comment faire pour m’en débarrasser ?", s’inquiète l’habitante d’Ajaccio qui a contacté le spécialiste des fourmis Alain Lenoir. "J’ai dépensé des centaines d’euros en poudres, liquides, bombes insecticides." Les Tapinoma ont résisté.

La plupart des gens aggravent le problème.

"La plupart des gens aggravent le problème, explique Cyril Berquier, entomologiste à l’Office de l’environnement de la Corse. Souvent ils mettent des produits qui détruisent les fourmis locales qui étaient encore là. Ils vont tuer quelques tapinoma mais l’année d’après ils en auront deux fois plus." Tapinoma magnum se développe sur des milieux dits "dégradés" : avec une faible biodiversité. C’est en cela que les insecticides peuvent étendre son empire et asseoir sa suprématie sur les autres types d’insectes.

Face à la véritable guerre que mènent certains particuliers ou agriculteurs de Corse contre la fourmi, Cyril Berquier conseille : "Connaître son ennemi (Tapinoma magnum), favoriser ses alliés (la biodiversité)."

"Il faut avoir une gestion plus équilibrée des jardins, poursuit le spécialiste des insectes. Si vous avez vraiment un gros problème de Tapinoma, il faut peut-être traiter de manière plus localisée, repérer où sont les fourmilières -souvent en bordure du béton- et traiter uniquement cette zone pour ne pas attaquer les autres fourmis. Si vous tondez votre pelouse à ras, tout le temps, vous diminuez aussi la diversité des fourmis et vous favorisez la Tapinoma, vous favorisez la sécheresse qui elle-même entretient son développement."

Pour lui, la bataille contre Tapinoma Magnum est perdue d’avance, ce qui ne signifie pas qu’il faut abandonner : "On ne reviendra plus à la situation d’avant. Mais on peut arriver à plus d’équilibre."

Favorisée par le réchauffement climatique

La première fois que cette fourmi a été observée en Corse, c’était à la fin du 19e siècle, en Plaine orientale et en Corse-du-Sud. A l’époque, l’observation des insectes est balbutiante, les Tapinoma ont peut-être toujours existé sur l’île. 

"Le développement s’est fait petit à petit, avec une accélération au cours de ces toutes dernières décennies", détaille Cyril Berquier. Le réchauffement climatique, l’urbanisation, sont une aubaine pour ces fourmis amatrices de milieux chauds, secs, et "perturbés".

La répartition sur l'île

L’office de l’environnement de la Corse a pu recenser dans le cadre, notamment, du programme européen ALIEM, pour limiter les risques de diffusion des espèces introduites envahissantes en Méditerranée, la répartition de Tapinoma magnum. Résultat : elle est partout, de 0 à 1800 mètres d’altitude. Avec une préférence tout de même avec les pourtours de l’île et à moins de 100 mètres d’altitude.
Tapinoma magnum : répartition en Corse.
Tapinoma magnum : répartition en Corse. © Office de l'environnement de la Corse

Ne pas confondre avec la fourmi d'Argentine

Quand les particuliers signalent la présence de fourmis invasives dans leur jardin, ils la confondent souvent avec une autre espèce plus médiatisée : la fourmi d’Argentine.

Pour éviter cette erreur et "connaître son ennemi", Cyril Berquier détaille : "La fourmi d’Argentine n’a pas d’odeur, elle est de couleur brunâtre, bien plus claire que Tapinoma. Tous les individus ont quasiment la même taille."

Plus elle se développe, plus elle crée un environnement favorable à son installation.

Alors que la fourmi d’Argentine se déploie largement en France, elle a rencontré en Corse un adversaire de taille : "Tapinoma magnum a tellement pris de place que la fourmi d’Argentine a tendance à régresser. En tant qu’espèce méditerranéenne la première est favorisée", précise Cyril Berquier.

Sur l’île Tapinoma magnum est entraînée dans un cercle vicieux de notre point de vue, vertueux pour elle : "Plus elle se développe, plus elle crée un environnement favorable à son installation."
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