Recherche d'emploi : 10 Wonderwomen à l'épreuve de la création d'entreprise

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Elles sont dix, au chômage depuis un, deux ou trois ans... Et durant des mois, elles ont travaillé en équipe, pour imaginer un projet et suivre les démarches nécessaires pour le mener à bien. Une entreprise virtuelle, dont les bienfaits sont très réels, selon Pôle Emploi, qui a lancé ce programme.

"C'est un espace bien-être que l'on veut créer. Il proposera une piscine, 3, 4 cabines de massage, un espace convivialité, et puis, c'est l'un de nos petits plus, qui feront peut-être la différence, une boutique où l'on pourra trouver des produits naturels, 100 % corses, avec des producteurs locaux. On y tenait ! Cet espace ne sera pas uniquement bien pour nous, mais également pour la communauté."

Dans le grand bain

Carine, Cindy, Kaoutar, Manuella, Bernadette, Marie-Laure, Carole, Ibtissame, Béatrice, Mariama...
Elles sont dix, notes en main, à se succéder devant la petite table qui fait office de tribune, dans le square Nelson Mandela, à Montesoro, pour présenter le projet qu'elles ont élaboré dans le cadre du programme Passer'Elles, créé par l'agence Pôle Emploi de Bastia. 

Commerciale, comptable, relations clients, démarchage auprès des fournisseurs...
Les rôles sont déjà répartis, et chacune y va de son petit laïus.
"Nous nous constituerons en société anonyme simplifiée, explique Marie-Laure, en charge du financement et des statuts. C'est une formule qui nous donnera une souplesse lors de la création de notre société". 

La voix n'est pas toujours très assurée, le geste parfois hésitant...
L'exercice n'est pas facile, face à une poignée de journalistes, aux équipes de Pôle Emploi et à des représentants de la mairie de Bastia. 

Le plus dur, ça a été la Covid - Bernadette

Mais le regard, lui, est fier. Et le discours, solide. 
Ce projet, elles le portent depuis le mois de mars, c'est leur bébé. 
Elles l'ont peaufiné, jour après jour, en ont ajusté les contours, à grands coups de chiffres, de rencontres, de réunions...

"Ca n'a pas été tous les jours facile", nous confie Bernadette, après la présentation officielle, alors que les 10 "superwomen", comme Carine les appelle en souriant, se détendent enfin un peu.

"Le plus dur, ca a été la Covid. On venait à peine de commencer à travailler ensemble qu'il a fallu tout arrêter. Mais fin juin quand on s'est retrouvées, y avait une cohésion, une énergie impressionnantes. On avait eu le temps de réfléchir, chacune de notre côté, à ce que l'on voulait faire."
Cindy se joint à la conversation."On ne se connaissait pas, alors il a fallu qu'on s'apprivoise ! Et on est devenues amies, on se voit en dehors, on a fait des repas..." 
"Mais évidemment, quand on travaille en groupe, il y a toujours des tensions, mais on a formé une bonne équipe, on a eu de la chance !" 
précise Carine, dans un éclat de rire général. 

Des femmes volontaires

Alicia Liotta sourit en entendant la conversation. 
Ce n'était pas vraiment une question de chance.
La conseillère du Pôle Emploi est bien placée pour le savoir. 
Avec le psychologue du travail, Jean-Charles Carli, elle a multiplié les entretiens, pour former un groupe homogène et cohérent. 
"Il fallait trouver des profils complémentaires, autant dans le domaine des compétences, que dans celui des caractères. L'exercice auquel on s'est livrés, c'était presqu'une campagne de recrutement. Un voulait une équipe équilibrée, composée de femmes différentes, mais qui devaient toutes avoir un point commun. Etre volontaires". 

55 % de femmes parmi les demandeurs d'emploi - Estelle Cramona

C'est Estelle Cremona, la responsable d'équipe du Pôle emploi de Bastia, qui a porté le projet Passer'Elles. 
"Cela fait longtemps que l'on avait le désir de mettre en place quelque chose de plus spécialement ciblé sur le public féminin. Tout simplement parce que c'est plus difficile pour elles, sur le marché de l'emploi, que pour les hommes. Pour de multiples raisons.
A Bastia comme au niveau régional, on a 55 % de femmes parmi les demandeurs d'emploi. Alors on voulait trouver un projet qui mettrait en valeur leurs compétences, qui leur redonnerait confiance en elles, qui leur apporterait quelques techniques qui parfois font défaut aux femmes, comme le réseautage..."

Le projet Passer'Elles était né. 
Six mois après et un confinement plus tard, personne n'est dupe. 
L'espace bien-être des 10 superwomen ne verra jamais le jour. 
En tout cas pas sous cette forme.
 
Alicia Liotta, la conseillère de Pôle Emploi, nous le confirme. 
Il est difficile d'embaucher 10 personnes quand on créé une entreprise, il y a beaucoup d'inconnus, et ça demande beaucoup d'investissement financier. Mais une, ou deux personnes pourraient tenter l'aventure..."

Dans l'équipe, toutes en sont conscientes. Mais il n'y a aucune déception. Elles le savaient depuis le début. 
"Certaines d'entre nous pourraient tenter quand même quelque chose autour des produits cosmétiques naturels. Aujourd'hui ça nous semble possible, alors qu'en début d'année, c'était juste des idées comme ça. Maintenant ça nous semble possible. On l'envisage vraiment", confirme Carine. 

Reprendre confiance en soi

Estelle Cremona n'attendait pas que le projet qui allait naître du programme Passer'Elles devienne une réalité. 
Ce n'était pas le but premier. 
"Ce qu'on veut, c'est qu'elles soient en emploi rapidement. Tout simplement. En réfléchissant autrement, en prenant confiance. Et c'est le cas. Vous avez pu le constater vous-même, l'objectif est atteint. Elles ont toutes pris la parole, j'ai vu un collectif, du dynamisme, et ce n'était pas gagné au début, croyez-moi". 
 Alicia Liotta acquiesce.
"Il y a dans le groupe une personne que je suis depuis trois ans. Elle est très introvertie, elle n'a pas travaillé depuis 2015, elle a perdu confiance en elle. Elle avait besoin de collectif, de social, d'une communauté...
Et aujourd'hui elle a pris la parole en public. Jamais, six mois plus tôt, elle n'y serait parvenue. Désormais elle a repris confiance en elle, et ça va se voir quand elle va démarcher, passer un entretien. Elle est plus armée qu'avant pour trouver du travail." 


"On a compris une chose, c'est qu'il faut sortir de sa zone de confort. Il est possible de se réaliser autrement. Cindy, par exemple, s'est décidée à ouvrir son propre salon d'esthéticienne à Bastia... Et les autres filles ont toutes des idées. Ca nous a fait du bien, cette expérience" confirme Carine. 
 
Devant le succès de cette première session de Passer'Elles, une autre session va être lancée, à la fin du mois de septembre. 
Quiconque est inscrite au Pôle Emploi et intéressée doit s'adresser à son conseiller pour pouvoir postuler. 
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