Diabète : du capteur de glycémie à la pompe connectée... les nouvelles technologies au secours des patients

Vous avez sans doute déjà vu cette capsule blanche à l'arrière du bras d'une personne dans la rue ? Il s'agit d'un capteur de glycémie. Un outil qui a révolutionné le traitement des patients diabétiques. Un outil parmi tant d'autres.

En 26 ans de diabète, Tony en a vu de toutes les couleurs. Cet habitant d’Ajaccio qui se soignait en 1995 avec une seringue pour s’injecter de l’insuline et se piquait le bout des doigts pour analyser son taux de sucre dans le sang porte aujourd’hui une pompe à insuline connectée sur la cuisse et un capteur de glycémie derrière le bras. On est loin des débuts… et sa santé lui dit merci. 

12 000 diabétiques en Corse 

Tony fait partie des 3,7 millions de personnes diabétiques en France. En Corse, elles sont 12 000. Elles souffrent d’une maladie chronique caractérisée par la présence d’un excès de sucre dans le sang. 

Et si 92% d’entre elles sont diabétiques de type 2, dû à un épuisement du pancréas sur de longues années, 8%, comme Tony, souffrent du “type 1”, à cause d’une absence brutale de sécrétion d’insuline par le pancréas. Elles se retrouvent alors dépendantes à l’insuline - hormone qui fait baisser le taux de sucre - et nécessitent au moins 5 injections par jour, à vie. 

Le diabète, une maladie que l’on soigne depuis seulement 100 ans 

On ne peut vivre avec cette maladie que depuis 100 ans, grâce à la découverte de l’insuline par F. Banting, C. Best et J. MacLeod, en 1921. Et depuis… les avancées ont été spectaculaires. Il faut dire qu’on partait de loin. L’insuline injectée (très approximativement) aux patients était pendant 60 ans extraite de pancréas de boeuf et de porc, avant qu’on ne parvienne à obtenir de l’insuline humaine de synthèse. 

Depuis, les recherches des laboratoires autour du diabète n’ont plus cessé, améliorant considérablement la qualité de vie des patients. On doit tout cet investissement à une mauvaise nouvelle : la progression du diabète dans le monde - notamment du type 2. 

Selon le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’OMS, "le nombre de personnes atteintes de diabète a quadruplé au cours des 40 dernières années". Et ce n’est pas prêt de s’arrêter, si on en compte 425 millions aujourd’hui dans le monde, elles devraient être 622 millions en 2040, selon l’OMS. 

Innover pour réduire les risques de complications

Le diabète est devenu le deuxième plus grand marché pharmaceutique après le cancer. L’avancée significative de la recherche et l’innovation des outils de traitement devraient donc continuer leur envol. Et qu’il s’agisse de la pompe connectée ou du capteur collé au bras, on ne parle pas de gadgets mais d’outils efficaces pour obtenir une glycémie - taux de sucre dans le sang - proche de la norme (1 gramme de sucre par litre de sang) et ainsi prévenir les complications de cette maladie chronique qui en font sa gravité : le diabète fait partie des premières causes de décès dans le monde listées par l’OMS. Il comporte aussi un risque important de cécité, d’insuffisance rénale, d’infarctus du myocarde, d’accident vasculaire cérébral et d’amputation des membres inférieurs. 

De la seringue au stylo à insuline connecté

Tony, lui, a vu ses taux de glycémie baisser considérablement au fil des années et des avancées technologiques : “ils étaient chaotiques les premières années. Aujourd'hui, ils dépassent rarement 1,8 g/L". 

Lorsqu’il a été diagnostiqué, en 1995, “on en était encore aux seringues”. Tony devait planter une seringue stérile dans un flacon d’insuline puis se l’injecter dans le bras, le ventre, la hanche ou la cuisse. 

Il a ensuite bénéficier des “stylos à insuline”, avec de courtes et fines piqûres, bien plus pratiques à utiliser et transporter. 

Et bientôt… devrait arriver le stylo à insuline connecté développé par la société française Biocorp. Les données d’injection seront transmises directement sur un logiciel de surveillance de glycémie. Le but : améliorer le suivi du patient par son médecin. Ce nouvel outil concernera aussi les personnes atteintes de diabète de type 2. 

De la pompe à insuline à cathéter à la pompe “patch” 

Puis, des stylos… Il est passé à la pompe à insuline. Il n’a pas connu la pompe à cathéter, qui est sortie entre-temps. Cette machine de la taille d’un gros téléphone à mettre dans sa poche délivrait continuellement de petites quantités d’insuline grâce à dispositif de perfusion avec cathéter. 

Tony est directement eu accès à la pompe “patch”, sans cathéter. Une pompe de la taille d’un petit paquet de mouchoirs qu’il colle sur la cuisse. Il la garde sur lui 24h/24 : pour dormir, se doucher, aller à la plage et doit la remplir d’insuline tous les trois jours. Lui qui la cache sous ses pantalons et short de bain amples la trouve plutôt discrète. En plus d'apporter une meilleure précision, cette pompe est plus esthétique, faisant même son apparition sur les podiums, collée à la cuisse de Lila Moss, la fille de la célèbre mannequin Kate Moss. 

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De la goutte de sang au bout du doigt au capteur de glycémie sur le bras

Pour établir la quantité d’insuline dont il a besoin à chaque injection, il lui faut connaître son taux de sucre dans le sang. Et de côté aussi, les lignes ont beaucoup bougé. 

Avant, la seule manière de le savoir, c’était de piquer le bout de son doigt, avec une lancette pour en faire sortir une goutte de sang. Il fallait ensuite poser la goutte de sang sur une languette insérée dans un lecteur. Une manipulation désagréable qui désensibilisait le bout des doigts, qui nécessitait d’avoir à disposition de l’eau et au savon (pour éviter que ce que l’on ait touché n’influence le résultat) et qui ne relevait pas de la plus grande discrétion. “On n’a pas envie d’avoir à faire ça quand on est à l’école, au travail”. 

La “révolution” du capteur Freestyle Libre 

Tout a changé en 2016 avec la “révolution” qu’a représenté l’apparition du capteur de glucose en continu. Une révolution pour Tony mais aussi pour des millions de diabétiques en France et dans le monde. Cette sorte de capsule circulaire nommée “Freestyle libre” commercialisée par Abott, remboursée par la sécurité sociale depuis 2017 est à coller sur le bras et doit être changée tous les 14 jours.


Avec un petit appareil - et maintenant même son smartphone - on scanne le capteur et en l’espace d’une seconde, on obtient son taux de glycémie. Ce scan peut même se faire à travers un vêtement, un manteau. Un outil facile à utiliser qui permet une meilleure surveillance et donc un meilleur équilibre du diabète. Et bien qu'on ait plusieurs fois demandé à Tony s'il s'agissait d'un patch pour arrêter de fumer, "jamais" il ne reviendra en arrrière. 

Une libération pour les parents d’enfant diabétique 

Révolution pour les patients mais aussi libération pour les parents des jeunes patients. Manon, 10 ans aujourd’hui, a été diagnostiquée diabétique de type 1 à l’âge de 8 ans. A l’époque, la petite fille qui habite à Ajaccio est hospitalisée à Nice pour se faire “appareiller” (installation de la pompe). C’est le choc pour sa famille qui va devoir vivre avec le diabète et ses contraintes au quotidien.

En plus d’une surveillance de son régime alimentaire, Manon doit effectuer chaque jour entre 4 et 10 injections d’insuline avec sa pompe et une quinzaine de scans de glycémie. Ça fait beaucoup pour une enfant de 8 ans. Alors ses parents prennent une grande partie de la charge mentale. Sa mère, Sophie Durazzo, se remémore les débuts angoissants, les premiers mois passés à se réveiller “10 à 20 fois par nuit” pour aller surveiller sa glycémie, de peur qu’elle ne fasse une grave hypoglycémie dans son sommeil. 

Sophie reçoit des notifications de la glycémie de sa fille sur sa montre connectée

Avec la version n°2 du capteur Freestyle libre, les deux parents reçoivent maintenant des alertes la nuit en cas d’hypo ou d'hyperglycémie. Un “soulagement énorme”, qui leur a permis de retrouver “un semblant de vie normale”. Et lorsque sa fille est à l’école, Sophie Durazzo continue d’avoir un oeil sur le diabète de Manon.

Lorsque l’enfant scanne son capteur en cours de maths, sa mère reçoit une notification sur son portable et sa montre connectée. “Je peux alors analyser le résultat et lui envoyer un SMS pour lui indiquer comment réagir. Si elle dépasse un certain taux, je lui dis de programmer telle dose d’insuline sur sa pompe et si elle est trop basse, je lui dis de se resucrer”. 

Elle a commandé en ligne le dispositif suédois "Bubble" 

Pour avoir une vision complète de la santé de sa fille, Manon Durazzo a commandé sur internet un dispositif suédois à 200 euros pour voir en continu sur son téléphone la courbe glycémique de sa fille “pas seulement les alertes quand ça va pas”. 

Envahissant ? “Le diabète, dans une famille, est de toute façon une maladie envahissante. Manon va apprendre avec le temps. En attendant, c’est à nous de s’en occuper et ces applications nous aident bien”. 

La diabétologue peut accéder en temps réel au taux de sucre de son patient 

La seule diabétologue pédiatrique de Corse, Cécile Darnaud, suit 90 enfants sur la centaine que compte l’île. Basée à l’hôpital de Bastia, elle se déplace régulièrement pour consulter à Ajaccio, Corte et Ghisonaccia. 

Et si ses jeunes patients et leur famille sont aujourd’hui forcés de se rendre sur le continent lors de la découverte de la maladie, elle projette, avec des endocrinologues pour adultes, de créer un centre de pose de pompes sur l’île. 

En attendant, pour suivre ses patients sur le long cours, elle profite des avantages qu’offrent les nouvelles technologies : “quand ils checkent leur glycémie, je peux la voir en temps réel”, grâce à un dispositif destiné aux professionnels mis en place par Abott. Ça permet un accompagnement personnalisé : “quand un patient a un problème, il m’appelle et je peux le conseiller en direct”. 

La télésurveillance… quelle acceptabilité chez les patients ? 

Des nouveaux procédés qui ont certes montré leur efficacité, Cécile Darnaud le voit, ses patients réduisent les hypo et hyperglycémies et augmentent leur durée dans la cible... mais qui peuvent paraître intrusifs. “C’est une possibilité que l’on offre au patient. Une aide. Il a tout a fait le droit de refuser ou d’arrêter quand bon lui semble.” Et dans le cadre d’une maladie chronique qui dure dans le temps, il ne faut pas oublier que “le meilleur traitement, c’est celui qu’accepte le patient”. 

Une étude internationale auprès de 1010 patients diabétiques sur l’acceptabilité de la surveillance avec des objets connectés de leur diabète a été coordonnée par l’équipe du centre d’épidémiologie clinique de l’Hôtel-Dieu AP-HP et d’Université de Paris. Résultat : la surveillance en continu de la glycémie et de l’activité physique, permettant des conseils en temps réel par une intelligence artificielle, était considérée comme la technologie la plus acceptable. Les patients était en revanche plus réticents envers les applications qui surveillent leur alimentation et le stockage de données. 

Une nouvelle pompe “pancréas artificiel” grâce à l’intelligence artificielle 

Mais le fait est que les nouvelles technologies deviennent incontournables pour traiter son diabète. Et les avancées nourrissent un espoir considérable de la part des patients et des médecins. Et un nouveau dispositif pourrait combler bien des attentes : la pompe à insuline en boucle fermée, aussi appelée “pancréas artificiel”. Ou presque. 

Cette pompe analyse le taux de glycémie toutes les cinq secondes et le régule son débit d'insuline dès qu'elle a l'information, en quasi-autonomie, grâce à une intelligence artificielle qui évolue en fonction du patient. Car chaque patient réagit différemment à l’insuline. 

Selon la diabétologue Cécile Darnaud, ce système pourrait permettre d’atteindre des glycémies presque similaires à celles d’une personne non diabétitque. 

Mais ce “pancréas artificiel” nécessite encore une action du patient : renseigner le nombre de glucides que l’on va ingérer et son activité physique. 

Si pour l’instant, une poignée de patients en France en font l’expérience, cette nouvelle technologie, désormais remboursée par l’Assurance maladie, pourrait être, à terme, accessible à tous les patients diabétiques de type 1. Comme Tony qui compte bien en parler à son prochain rendez-vous chez le diabétologue. 

Pourra-t-on guérir un jour du diabète ? 

A la question “espérez-vous un jour pouvoir guérir du diabète grâce à ces nouvelles technologies ?”, l’Ajaccien répond que l’”utopie a ses limites”. 

Mais quand on voit les évolutions de ces 26 dernières années, depuis que Tony a été diagnostiqué, qui sait à quoi ressemblera le traitement du diabète quand Manon sera adulte ? 

Affaire à suivre. 

 

 

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