Engie en Corse : il faut "sauver le gaz bastiais", un rassemblement réuni plus de 200 personnes

L'entreprise Engie, qui distribue le gaz pour 11.000 foyers de Bastia et son agglomération, a annoncé son désengagement fin mars 2021. Un "véritable cataclysme en prévision" pour les syndicats d'électriciens et gaziers, qui se sont mobilisés devant la préfecture de Haute-Corse, ce mardi 19 janvier.

Plus de 200 personnes s'étaient réunies devant la préfecture de Haute-Corse, puis la mairie de Bastia, à l'appel des syndicats, le mardi 19 janvier.
Plus de 200 personnes s'étaient réunies devant la préfecture de Haute-Corse, puis la mairie de Bastia, à l'appel des syndicats, le mardi 19 janvier. © Axelle Bouschon / FTV

Ils étaient environ 200, ce mardi 19 janvier, réunis devant la préfecture de Haute-Corse à l'appel de plusieurs syndicats électriciens et gaziers. Avec pour tous, le même mot d'ordre : il faut "sauver le gaz bastiais".

Au centre des inquiétudes, l'annonce d'Engie, fournisseur de gaz de la ville de Bastia et d'une partie de l'agglomération bastiaise, de se désengager de la région. 11.000 foyers de l'agglomération sont concernés.

"Vous imaginez un peu la situation, si dans deux mois, certaines familles ici n'ont plus d'accès au gaz, à l'eau chaude, parce que le fournisseur s'est retiré ?", se lamente Alain, électricien. "On ne peut pas s'empêcher d'imaginer le pire", glisse un autre manifestant.

Vous imaginez un peu la situation, si dans deux mois, certaines familles ici n'ont plus d'accès au gaz, à l'eau chaude, parce que le fournisseur s'est retiré ?

Une exploitation dépourvue de cadre contractuel

La nouvelle d'un possible retrait d'Engie, tombée le 12 janvier, n'a pas créé la surprise au sein des syndicats : le risque de voir l'entreprise d'énergie française quitter l'île de beauté était connu.

L'actuelle concession prend fin le 31 mars prochain. Une concession de fait, dépourvue de cadre contractuel et donc basée sur un accord tacite, et ce depuis plus de 27 années.

L'activité du centre mixte EDF Engie en Corse résulte ainsi de deux contrats de concessions d'une durée de 30 ans chacun. Le premier, signé en 1963 avec la ville de Bastia, et le second, signé en 1964 avec la ville d'Ajaccio. Des contrats arrivés de fait à expiration en 1993 et 1994 et qui n'ont depuis jamais été officiellement renouvelés.

Si une procédure d'appel d'offres a été lancée en octobre 2020 par la ville d'Ajaccio, appel public auquel le groupe Engie indique avoir favorablement répondu, à Bastia, les divers échanges amorcés depuis plusieurs années avec la municipalité n'ont "à ce jour toujours pas permis d'avancées concrètes'".

Activité déficitaire

Depuis 2014 au moins, l'activité gazière d'Engie en Corse est déficitaire : l'entreprise perdrait environ 10 millions d'euros chaque année, dont 4 millions d'euros pour la région bastiaise. Et les prévisions pour la suite ne sont en l'état pas bonnes, montrant au contraire une aggravation de la situation.

Pour l'union intersyndicale comme pour la municipalité de Bastia, la solution viendrait d'un système de compensation assuré par l'Etat. "Ce n'est pas l'affaire des communes, et ce n'est pas envisageable de faire assumer ce coût aux consommateurs, estime Pierre Savelli, le maire de Bastia. Avec 11.000 foyers, cela fait quasiment 400 euros par client [363 euros, nldr]".

Ce n'est pas envisageable de faire assumer ce coût aux consommateurs. Avec 11.000 foyers, cela fait quasiment 400 euros par clients.

Pierre Savelli, maire de Bastia

Problème, si François de Rugy, alors ministre de la transition écologique et solidaire (de septembre 2018 à juillet 2019) s'était bien engagé, assure Pierre Savelli "à faire en sorte que l'Etat puisse travailler à prendre en charge cette perte d'exploitation et mettre en place un système de compensation". En indiquant même "que l'Etat se rapprocherait des communes pour travailler avec elles sur la mise en place d'une nouvelle concession. Cela n'a pas été fait".

Pierre Savelli, au sujet du projet de cessation des activités gazières d'Engie à Bastia

Pour autant, Pierre Savelli est optimiste : le scénario catastrophe d'un black-out complet du gaz en ville et dans les communes alentours, qui se suivrait d'un arrêt total de l'électricité est à ce jour peu probable. "Au cours d'une dernière réunion que nous avons eu, Engie s'est engagée à recandidater pour être délégataire de la prochaine DSP, qui sera votée en septembre prochain".

Le maire insiste sur les trois objectifs de la mairie dans ce dossier : le maintien de la tarification, la continuité d'approvisionnement des foyers, et la pérennité des emplois menacés.

33 emplois menacés

Avec l'hypothèse d'une cessation des activités gazières d'Engie à Bastia, 33 emplois sont ainsi menacés. Voire même jusqu'à 150 "emplois directs ou indirects", selon les calculs du délégué syndical de la CGT énergie, Xavier Nesa. "Il n'est pas question pour nous qu'un seul emploi disparaisse pendant la période", tonne ce dernier.

En compagnie d'autres délégués syndicaux, il a été reçu, ce mardi 19 janvier, par le préfet de Haute-Corse, François Ravier. L'entretien a duré une trentaine de minutes et laissé les représentants syndicaux mitigés à son issue. Point positif, souligne Xavier "la préfecture ne ferme apparemment plus la porte" à un système de compensation.

Le préfet n'a pris aucun engagement, parce qu'il n'a pas de mandat pour répondre, aujourd'hui, de la part du gouvernement.

Xavier Nesa, représentant syndical CGT énergie

Mais aucune garantie concrète n'a été pour l'heure apportée : "le préfet n'a pris aucun engagement, parce qu'il n'a pas de mandat pour répondre, aujourd'hui, de la part du gouvernement. Et en ce qui concerne les emplois, il a renvoyé la balle dans le camp de l'entreprise Engie."

Un conseil municipal se tiendra le 4 février prochain pour entériner le début de la mise en application d'une procédure d'appel d'offre concernant l'activité gazière sur Bastia. Syndicats et municipalité espèrent désormais une réponse favorable de l'Etat.

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